Mort et voyeurisme : la télé-réalité selon le cinéma

La télé-réalité fait souvent débat, mais dans le monde du cinéma c'est tout vu. Lorsque les réalisateurs s'emparent du sujet c'est la plupart du temps pour dénoncer copieusement les dérives qu'amène une telle pratique.

 

La meilleure manière de faire de l'audience

Commençons par un petit voyage dans le temps, en 1951. Billy Wilder met alors en scène le jeune et pimpant Kirk Douglas dans Le Gouffre aux chimères. Bien-sûr, il n'est pas à ce moment question de télé-réalité, mais on peut déjà percevoir dans l'œuvre du cinéaste un coup de gueule contre un système médiatique attiré par le sensationnel et le morbide.


Douglas fait durer le spectacle.
Le scénario sonne désagréablement actuel : Kirk Douglas est un journaliste renommé mais marginalisé par les rédactions en raison de son comportement excentrique. Il est envoyé au milieu du désert pour couvrir une quelconque manifestation ennuyeuse lorsqu'il tombe en chemin sur une auberge victime d'un léger souci. En effet, le patron s'est retrouvé coincé lors de l'éboulement d'une caverne et s'il est possible d'aller lui tenir compagnie, il faut l'intervention des secours pour le sortir de là. Dans sa quête d'histoires sensationnelles à raconter, Douglas fait durer un maximum les opérations pour sortir le pauvre homme. Il modifie la réalité à sa convenance pour créer une histoire qui plaise au chaland et où il est le héros.

Bien-sûr, tout ne se termine pas comme prévu et on voit là la dérive d'un système qui va jusqu'à sacrifier des vies humaines pour faire de l'audimat. Douglas manipule l'opinion et fait des malheurs de l'homme une source de fascination.

On voit toujours ce voyeurisme exacerbé en 1975 dans La course à la mort de l'an 2000. Un film avec Sylvester Stallone considéré aujourd'hui comme visionnaire. Et je dois dire que je suis très fier d'avoir mis « visionnaire » et « Stallone » dans la même phrase mais là n'est pas le sujet… Dans ce film d'action, le monde entier est fasciné par une gigantesque course mortelle retransmise en direct où il faut écraser le maximum de gens sur le trajet.

 

La vie privée c'est pour les nuls

Mais la télé-réalité ce n'est pas qu'une vague déferlante de violence à la portée de tous. C'est aussi une violation sans précédent de nos vies privées. On voit bien ici comment les cinéastes ne portent pas ce type d'émission dans leur cœur… La plus célèbre illustration est bien sûr The Truman Show où Jim Carrey est totalement manipulé, chacun de ses faits et gestes étant matés à son insu à travers le monde. Truman n'a pas droit à la vie privée, depuis sa naissance, chaque partie de sa vie est sous contrôle, ses amis, ses parents, ses voisins… Tous sont des acteurs qui le manipulent selon un scénario fait pour plaire à un maximum de téléspectateurs.
Truman dans "l'intimité".

Même traitée sous l'angle de la comédie, on perçoit ce malaise. C'est notamment le cas avec En direct sur EdTV, avec Mathieu McConaughey au départ content de devenir une star de la télé-réalité mais qui déchante rapidement quand tout se retourne contre lui.

Car finalement, être une star c'est bien ce qui préoccupe tous ces gens passionnés par ce que la télé-réalité a à nous offrir. C'est la meilleure motivation et ce pourquoi ils sont prêts à sacrifier toute notion de vie privée. Ceci est particulièrement bien traité dans un film italien sorti en 2012, Reality. Le personnage principal, Luciano, ne parvient justement pas à être sélectionné pour une célèbre émission et devient peu à peu fou, persuadé que les producteurs le surveillent pour savoir s'il ferait un bon candidat.

 

Comme on peut le voir, le risque c'est que bien souvent, le but premier de ces films est de dénoncer les dérives d'un tel système. Ils sont donc au départ dans une logique de caricature éhontée visant à faire prendre conscience du raisonnement sous-jacent de ce goût pour la télé-réalité. Mais finalement, la réalité finit par rattraper puis par dépasser la fiction, et la caricature n'en devient que trop réaliste.

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A propos de l'auteur

Je regarde plein de films et sur mon temps libre je suis journaliste. J'ai eu peur devant Paranormal Activity et je me suis endormi devant Interstellar. Mes goûts n'engagent que moi.

1 commentaires

  • nazonfly

    22/05/2013 à 15h21

    Répondre

    En voyant le paragraphe sur le film de Douglas, je me suis demandé si la critique de la télé-réalité n'a pas pris le pas sur la critique de la télé tout court.

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