7.5/10

Morse

Morse est un beau film, calme et fluide comme un hiver en Suède, où la violence rouge sang tache l'épais manteau neigeux.

Oskar est une jeune tête blonde suédoise, un des gamins qui préfèrent lire plutôt que de jouer avec leurs camarades, et qui du coup sont les souffre-douleur des petites brutes en herbe. Un de ces solitaires magnifiés par Bastien de L'histoire sans fin dont ne sait trop s'ils sont seuls par nécessité ou par choix. L'arrivée d'un père et de son enfant, Eli, dans l'appartement juste à côté de chez Oskar, va considérablement changer la donne.

Art gothique ?

Philippe Katherine jeune
Philippe Katherine jeune
Eventons tout de suite le faux suspense. De toute façon, ce n'est pas vraiment un suspense vu que Morse a été primé au Festival de Gérardmer, on se doute qu'il y a du fantastique là-dessous. Eli est un vampire. Les vampires sont en général totalement glamour, vêtus de noir, voire d'une ample cape, l'air mélancolique avec un regard chargé du poids des siècles, et dont le seul but est de boire le sain calice sanguin d'une douce et innocente jeune fille (les jeunes filles sont toutes douces et innocentes). Parfois le côté monstrueux, animal ressort quand le vampire oublie son côté humain pour se délecter, un sourire aux lèvres, de l'abominable breuvage rouge. Ici Eli ressemble à une jeune fille de 12 ans, souvent revêtue d'un pyjama. Le cercueil dans lequel le vampire dort est pour le moins original. Morse n'hésite pas à passer outre le fatras gothique accompagnant généralement : pas de regard de braise venu du passé, pas de vêtements en cuir à la Underworld, pas de crucifix brandis contre le monstre. Seul la presque habituelle histoire d'amour, un amour impossible évidemment, subsiste encore et toujours. Oskar et Eli, tous les deux solitaires, se lient vite d'amité avant que de nouveaux sentiments émergent. Mais quand quand la faim prend le vampire, une faim d'ailleurs assortie de jolis gargouillis dans Morse, le monstre ressurgit, brisant l'espoir né de l'amour.

Froid, neige et sang

L'école de la vie
L'école de la vie
Mais ce qui surprend le plus dans ce film, c'est que du début à la fin, il n'a rien d'un film vampirique conventionnel. Au contraire, son esthétique et son rythme tiennent plus du film d'art et d'essai que du film d'horreur. La Suède enneigée des années 80, véritable linceul recouvrant traces et preuves, et ouatant la nuit d'un silence salvateur, donne à Morse une atmosphère particulière, où les couleurs froides et la tristesse règnent en maîtres. Le réalisateur se plait aussi dans de longs plans artistiques, filmant pendant de nombreuses secondes la neige qui tombe ou les arbres couverts de neige, secoués par le vent. Il laisse ainsi le film se dérouler sans heurts, tout en fluidité... Seules les attaques d'Eli secouent cet univers tranquille. Et secouent la vie d'Oskar. Pour lui, l'arrivée du vampire est l'occasion de se libérer de ses jeunes agresseurs, de sa famille même. Le petit enfant est en train de devenir adulte. Il y a d'ailleurs une certaine tension sexuelle entre Oskar et ce vampire qui semble avoir 12 ans (mais qui est certainement plus âgé), et on peine à connaître la relation entre Eli et son "père". Apparemment le livre dont est tiré le film va encore plus loin dans cette idée, puisqu'il aborde de front la pédophilie. Mais sans doute le sujet était trop délicat pour le cinéma.

Morse, en adoptant une forme plutôt originale, propose une vision plutôt inhabituelle du mythe du vampire, loin des clichés gothiques, sans s'éloigner de ce qu'est un vampire : une créature tiraillée entre une humanité oubliée et une monstruosité difficile à assumer. Mais surtout c'est l'histoire d'un enfant libéré par une histoire d'amour ambiguë.

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A propos de l'auteur

Intéressé par beaucoup trop de sujets, nazonfly est en charge de la partie Musique Krinein depuis quelques années. Ce qui ne l'empêche pas de visiter les territoires des livres, du cinéma, des médias et même de sciences et tech.

3 commentaires

  • Anonyme

    25/02/2009 à 08h50

    Répondre

    Il est sous-entendu ici que le roman dont est tiré le film est assez dur (pédophilie ...). Et bien avec le film on en est loin, parce qu'il est d'une mièvrerie confondante.


    Ce n'est pas parce qu'un film a été primé à Gé­rard­mer qu'il es forcément bon. La preuve. Malgré un travail visuel irréprochable et un ton intimiste intéressant (un film de vampire qui nous épargne les crucifix, les pompes en cuir et "le fils de satan", c'est quand même sympa), on se retrouve face à une bleuette cucul la praline.

  • Anonyme

    25/02/2009 à 18h35

    Répondre

    "une bleuette cucul la praline" ??? "Une mièvrerie confondante" ????


    Euuuuh je crois qu'on a pas du voir le même film ou plutôt que tu as été totalement hermétique et raté (selon moi) une grande partie de l'intérêt de ce dernier...


    Car tout est présent, mais en effet pas avec des gros sabots de blockbuster, mais en sous-entendus, au deuxième plan et c'est justement ce qui a fait que le film a marqué mon esprit...


    Pour ne citer que quelques exemples :  tellement bleuette que le fait que Eli manipule totalement le petit Oskar pour en faire sa chose me semble plus qu'être une hypothèse émise dans le film, idem que la relation entre Eli et son "père" (qui n'est évidement rien d'autre qu'un reflet de ce que sera Oska dans 30 ans), le côté "SM" de ce(s) dernier(s), etc...


    Mais bref comme je l'ai dit, rien n'est donné, jeté comme un indice dans un T3 ou un Harry Popers .. et c'est ce qui fait la beauté de ce film.. et provoquera (avec sa "lenteur") plus que la moyenne une imperméabilité chez certains qui ne rentreront pas dutout dedans.. et c'est leur droit le plus strict

  • Veterini

    27/02/2009 à 17h08

    Répondre

    Un film de vampire à la sauce Kaurismaki,  ça à l’air cool dit comme ça. Et ça l’est.

     

    Mouais, la pédophilie n'est pas traité, mais la relation entre la fille et la «  goule » faute de meilleur terme est pas très clair. Et même si j’ai complètement loupé ce que spoile  Palmer, il y a quand même énormément de matière sexuelle à se mettre sous la dent



    L’homosexualité assez peu explicite entre les deux pré-ado. Ou les conséquences de l’abus sexuel sur les enfants, et de leur reconstruction sexuelle par exemple.



    Cela étant on peut considérer que tous ces thèmes ne sont qu’effleurer. Mais personnellement, j’y vois une certaine grâce, il y a beaucoup de thèmes, la sexualité des pré-ado la violence à l’école, les vampires, la relation père-fille, le tout sous forme de vignette. Il n’y a aucune volonté de didactisme, mais une libre interprétation, où le réalisateur en jette un peu : « prenez ça, et pensez-en ce que vous voulez ! »



    Par contre, au niveau mise en scène c’est très réussi avec des séquences parfois très forte (la piscine ça tue), une photo très sympa avec la neige et le sang qui contraste.


    88/100




    Par contre, éviter de faire comme moi, et de guetter pendant tout le film qu’un gros morse apparaisse à l’écran, à la fin on a l’air très con.

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