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Leur morale... et la nôtre

Epingler le Français mesquin, raciste, médisant et antipathique, c'est facile. Trop facile même, et en l'occurrence pas très réussi. Reste le duo marrant formé par André Dussollier et Victoria Abril.

Quand on a sur son CV les scénarios des films de Etienne Chatiliez La vie est un long fleuve tranquille, Tatie Danielle et Le bonheur est dans le pré, on n'a pas de mal à se lancer dans la réalisation avec la bénédiction des producteurs, à plus forte raison quand on les écrit. C'est ainsi que Florence Quentin a pu réaliser J'ai faim !!! en 2001 (trois points d'exclamation, gros bide) et Olé ! en 2005 (un seul point d'exclamation, Gad Elmaleh et Depardieu, un peu plus de succès), avant de livrer ce nouveau film au titre étrange, Leur morale... et la nôtre (pas de point d'exclamation, le stock était épuisé), qui réunit André Dussollier et Victoria Abril. Une comédie pleine d'enfonçages de portes ouvertes, qui porte la patte de la scénariste (qu'on a connue en bien meilleure forme) mais trahit la faiblesse de la réalisatrice.

André Gustin (André Dussollier) et sa femme Muriel (Victoria Abril) sont un couple de radins magouilleurs et mesquins : ils tiennent dans leur maison une épicerie clandestine alimentée par tous les produits qu'ils se font rembourser ou qu'ils achètent à l'aide de bons de réduction, et médisent des gens de leur quartier en Ce sont les caddies de Gascogne
Ce sont les caddies de Gascogne
attendant l'héritage de leur voisine Sabine Lamour (Françoise Bertin). Un héritage qui leur passe pourtant sous le nez, au profit d'un inconnu appelé Boualem Malik (Samir Guesmi) ; persuadés qu'il y a quelque chose de louche chez cet Arabe, le couple commence à l'espionner...

Après un démarrage erratique et un peu décousu où l'on retrouve avec plaisir le ton vachard de ses collaborations avec Chatiliez, Florence Quentin (et son coscénariste de fils Alexis) se perd dans une parodie franchouillarde de Fenêtre sur cour, qui peine à avancer faute de munitions. L'humour finit vite par tourner autour du racisme des personnages, un thème louable mais ô combien tarte-à-la-crème, qui ouvre la porte à tous les clichés et amène notamment un recyclage à peine voilé du gag de Rabbi Jacob « Comment Salomon, vous êtes juif ? » Un bon gag, certes, mais vieux de 35 ans... Le fait de transférer le sujet des Juifs aux Arabes est évidemment symptomatique de l'évolution des problèmes, mais le Les prix de nos jours, c'est le coup de fusil.
Les prix de nos jours, c'est le coup de fusil.
traitement laborieux et peu inventif ne contribue pas à servir le propos.

A peu de choses près, on aurait pourtant accepté d'avaler cette comédie peu exigeante au développement approximatif. Le couple vedette est amusant à défaut d'être attachant (les personnages de Florence Quentin le sont rarement, on est habitué), et les personnages secondaires complètent agréablement le paysage. Mais le « final surprise » catastrophique et l'épilogue cucul-la-praline ruinent sans espoir de retour un équilibre déjà précaire... On flaire l'histoire écrite à la va-vite, sans grand enthousiasme, par deux scénaristes qui pensaient faire reposer un film entier sur deux personnages intéressants. Mais les Gustin n'ont pas les épaules suffisantes pour sauver un rythme asthmatique et un dénouement bidon... On aurait aimé plus de pêche et de cruauté, à défaut d'originalité !

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