6/10

Mondovino

Un documentaire qui manque singulièrement de tanins et à la robe un peu trop floue pour convaincre l'amateur.

La Coffe attitude a le vent en poupe depuis quelques années. Le retour à un paradis perdu de la bouffe se fait de plus en plus sentir. Le manger mieux devient presque un credo. Dernièrement, France 3 s'était même fendue d'un reportage fort bien réalisé sur le fromage et la « guerre » entre partisans du lait cru et fanatiques du lait pasteurisé (Ces fromages qu'on assassine). Une émission qui avait fait polémique puisqu'une des grandes marques de fromage avait exercé des pressions sur la chaîne. En France, il n'y a qu'un pas du fromage au vin. Il était donc tout à fait normal qu'un réalisateur se penche sur la situation du vin dans le monde, choisissant le côté du producteur plus que celui du consommateur.

France - Mondavi : 0-1 ?

Car le monde du vin est en train de rapidement changer : les vins français ont de plus en plus de mal, même dans l'hexagone, face à l'arrivée de vins chiliens, australiens ou californiens. Sans poser réellement la question, le journaliste s'interroge sur les raisons de cet état de fait. La consommation de vin en France diminue tandis qu'elle augmente en Italie ou aux USA, et les exportations de vins AOC augmentent de nouveau après des mois de baisse.
Comme souvent dans ce genre de reportage, le coupable apparaît clairement identifié. L'ennemi semble ici américain, l'affreuse, au sens moral comme physique, famille Mondavi aussi sympathique qu'une porte de prison, qui oublie le notion de terroir pourtant couramment présentée comme essentielle dans le vin. Le monde dépeint ici est manichéen : il y a Mondavi est ses alliés (qui sont parfois français, comme les Mouton-Rotschild) et les petits producteurs à l'ancienne (du truculent Hubert de Montille au vieil Aimé Guibert). Le novice en vin apprend dans Mondovino de nombreuses choses sur un monde qui se limitait auparavant à une vague connaissance des grands crus. On découvre ainsi l'expert oenologue Michel Rolland dont l'influence sur le goût du vin mondial est présentée comme essentielle, puisqu'il travaille autant avec les Bordeaux qu'avec les vins du Nouveau Monde et son ami, le critique anglais Robert Parker, spécialiste des vins, qui fait et défait les modes, avec en filigrane l'histoire d'Aniane, ce petit village dont le maire communiste qui, tel un Gaulois au casque ailé, a résisté et a repoussé l'envahisseur américain.
Au final, comme dans ce fameux reportage de France 3 sur le fromage, le conclusion est la même : le goût des bonnes choses s'est uniformisé et aseptisé pour plaire à un marché mondial de plus en plus demandeur.

Un cinéma foulé aux pieds

A la vue de ce documentaire, une première question vient immédiatement à l'esprit : le documentaire doit-il être objectif ou ne doit-il présenter qu'une facette préalablement choisie par le réalisateur ? Certes souvent l'angle choisi est louable car en général sous-exploité dans les médias traditionnels, mais le spectateur reste souvent sur sa faim quant à la connaissance générale du problème. En bref, ce qu'on peut reprocher aux oeuvres de Michael Moore (Fahrenheit 9/11, Bowling for Columbine) peut être reproché à Mondovino, même si le côte rentre-dedans de l'Américain est quasiment absent chez Nossiter. Le débat entre les pro-objectivité et pro-subjectivité est loin d'être terminé.
Mais plus que le fond, ce qui dessert principalement Mondovino est la forme. Là où Moore maîtrise son image, Nossiter a décidé de tourner caméra à l'épaule. Mais on semble plutôt loin d'une démarche artistique, car le résultat tend simplement vers l'irregardable. La caméra ne tremblote pas, elle est prise de spasmes parkinsoniens. Les zooms sont aussi appropriés et maîtrisés que dans un film de vacances amateur. Et les flous pseudo-artistiques voulant mettre en relief une partie de l'image ne rajoutent qu'à l'impression d'amateurisme de Mondovino.

Alors que la sortie de Mondovino avait fait grand bruit (relativement parlant, on est loin de The dark knight, mais il était présenté hors compétition à Cannes en 2004), la forme dessert tellement un fond un peu trop orienté mais néanmoins intéressant qu'on est en train de se demander franchement si le concert de louanges adressé au film était mérité.

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A propos de l'auteur

Intéressé par beaucoup trop de sujets, nazonfly est en charge de la partie Musique Krinein depuis quelques années. Ce qui ne l'empêche pas de visiter les territoires des livres, du cinéma, des médias et même de sciences et tech.

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