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Michel Vaillant

Michel va-t-en (pas de moi, hélas)

C'est en 1957 que Michel Vaillant apparaît pour la première fois dans un monde dominé par les détectives privés, les aventuriers, les super-héros, et encore autres journalistes/justiciers. Un pari plus que risqué, compte tenu de l'engouement mitigé vis à vis du sport automobile dans les années 50, bien loin de tout le tapage médiatique que l'on pourrait en faire actuellement. Pourtant, la série BD tient bon, affichant maintenant une colossale collection d'une soixantaine d'albums appréciée par plusieurs générations différentes, qui ne manqueront pas de transmettre à la suivante la saga familiale des Vaillant.

L'intérêt d'un portage cinéma peut alors en paraître évident. Tout du moins pour un Luc Besson, producteur et co-scénariste du film. Un film de courses, pourquoi pas, nombreux s'y sont essayés et cela n'a pas toujours donné de mauvais choses. Surtout que, qui dit besson, dit moyens. Et qui dit moyens, dit pouvoir. Et c'est ainsi, anecdote étonnante, que l'équipe de production ne s'est vu accorder le droit de filmer aux 24H du Mans qu'à condition qu'ils participent à la course, ce qui incluse concours d'une écurie, préparation de deux voitures, et qualification aux essais. L'effort, loin d'être indispensable à la bonne tenue d'un film de course, présente après visionnage un intérêt plus que certain, en considérant le nombre important de défaut qui sied en général aux productions Besson.

Après une série de collisions violentes, la Vaillante de Michel (Sagamore Stevenin) heurte la Leader n°13 et s'écrase à plusieurs mètres de là, bientôt suivi d'une impressionnante explosion. Un cauchemar, certes, mais un cauchemar beaucoup trop réel pour Elisabeth Vaillant (Béatrice Agenin), la mère de Michel, qui se soulage de sa voir que non seulement son fils ne participera pas aux 24 Heures du Mans, faute de moteur potable, et que l'écurie Leader n'existe plus depuis près de 5 ans. Mais le sort semble en vouloir autrement. Henri Vaillant (Jean-Pierre Cassel) parvient à récolter un moteur, et l'écurie Leader fait son grand retour sur le devant de la scène, menée par Ruth (Lisa Barbuscia), la fille Leader, visiblement bien déterminée à emporter la victoire. Et cela, par n'importe quel moyen...

Depuis le temps qu'on nous l'annonce le Michel, il était qu'il nous montre ce dont il était capable sur grand écran. Et surtout, comment Besson allait pouvoir nous faire tenir plus de deux heures avec une histoire de courses automobiles comme on a en déjà vu des caddies entiers. Car on le sait tous : Michel est le meilleur. On ne manque pas de nous le répéter. Il va le gagner le Mans, et ce n'est pas les petites magouilles top-tendances-originales de Ruth et sa clique qui vont l'empêcher de passer la ligne d'arrivée. Le bonhomme peut même faire un tour de piste les yeux fermés, si ça le chante. « C'est impossible ! », s'écrie alors Julie Wood, la veuve pas si éplorée et finalement pas mal libertine (Diane Kruger, blue eyes for ever). « Mets tes mains sur mes yeux, Julie, et indique moi seulement les panneaux 100. », lui répond alors le finaud pilote prêt à tout pour impressionner la galerie. Fallait pas le chauffer, le Michel. Avec un peu de culot, en le titillant encore un peu, c'est sans les mains qu'il chauffera le bitume. Baaah. De toutes façons, ce ne sera pas le pilotage qui posera problème, mais bel et bien l'écurie Leader, qui ne faillira pas à sa réputation sous le chef de Ruth (« je parle seulement en anglais, mais vous pouvez me parler en français »). Sans véritable moteur, sans véritable pilote, leur dernière option possible était de compromettre les chances de l'écurie Vaillant, et ce par tous les moyens. Un peu le genre de scénario passe-partout, prêt à filmer, principalement dans les séries américaines un peu vieillottes comme l'homme qui tombe à pic ou K-2000, pas fait pour tenir plus d'un heure, comme on le constatera assez rapidement. La dernière partie grappille les minutes comme elle peut, cherche à crédibiliser son intrigue, et tente la fin-tiroir à suspense un peu trop macéré dans le pot à ridicule.
Justifions la note, Louis-Pascal Couvelaire assure côté réalisation, sobrement et posément, bien épaulée par une photographie majoritairement dé-saturée, grisâtre, en net amalgame aux superbes plans nuageux que ne manquera pas de nous montrer le réalisateur.

Une longue attente pour finalement pas grand chose, scénario ultra-typé et donc de peu d'intérêt. Le soin de la photographie et l'effort relatif sur la réalisation jouent néanmoins, sur une petite mesure, en la faveur de Michel, assez pour que le calvaire ne se transforme qu'en un apparent épisode moyen de série télévisée anecdotique et démesurément long. Les amoureux de la course automobile y trouveront probablement leur compte, les fans de la BD seront peut-être moins enthousiastes en constatant les légères déviations qu'ont prise les personnages sous la coupe de Besson.

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