7.5/10

Max et les Maximonstres - DVD

Sortie en DVD de Max et les Maximonstres, l'un des films majeurs de l'an dernier malgré une exposition un peu réduite. On revient dessus.

Si vous désirez découvrir la critique du film sous l'angle d'une initiée, autrement dit au parfum du roman de Maurice Sendak, il faudra se tourner vers l'excellent article de Hiddenplace (je ne suis pas chien, je vous donne l'adresse exacte). Ici bas, il s'agira davantage de spontanéité, de découverte, d'ignorance, et peut-être d'un brin d'insolence. Car non seulement je n'ai pas lu livre, mais en plus, je ne savais même pas de quoi parlait vraiment le film avant d'en avoir mangé les 20 premières minutes. Ah, le nom du réalisateur me disait quelque chose, je n'étais pas non plus dans le noir complet ; et de toute façon, ce genre d'exercice a du bon, puisqu'il évite les préjugés un peu foireux (même si la jaquette véhicule elle-même des valeurs qui incitent à l'anticipation : c'est quoi ce truc immonde en fourrure ?).

Max a donc neuf ans. Et comme beaucoup de gamins à neuf ans, il vit dans un monde infantile que l'adolescent renie et que l'adulte ne comprend qu'à moitié. D'ailleurs, son adolescente de sœur le repousse, et sa mère a du mal à gérer l'univers du gamin. Du coup, Max fait une fugue, vole une barque, et se retrouve sur une île déserte... ou presque. Une bande de monstres plus gros que deux sumos se balade dans le coin, tristes et désespérés, tellement désespérés qu'ils prennent Max comme roi...


Enfance. Un terme simple mais qui revêt de nombreux aspects, qui dissimule une situation d'une extrême complexité. Nous avons tous eu neuf ans, et nous pouvons tout à fait concevoir l'essence même du malaise qui s'installe chez Max. A différentes échelles, les grandes personnes semblent ne pas le comprendre, ne pas adhérer à son univers, ne pas s'en préoccuper. L'adolescente a évolué, n'a plus les mêmes centres d'intérêts, les mêmes préoccupations, n'a plus trop d'affinités avec son propre frère ; la mère fait des efforts, essaye de pénétrer le monde particulier de son fils, mais ne peut y consacrer son existence entière sans se perdre elle-même. Max se sent donc négligé, incompris, et son hyper-émotivité ne semble rien arranger.
Sur un coup de tête, il quitte le foyer familial et se retrouve en plein milieu des « maximonstres ». Spike Jonze prend un parti graphique d'entrée de jeu : son univers sera concret au possible. Les monstres ne sont donc pas numérisés mais bien réels, nous renvoient aux créations des années 80 où la bête fantastique n'était que la symbiose entre un acteur exubérant et un costume en peluche. Le résultat à l'écran nage entre deux eaux. D'un côté, l'aspect esthétique fait un peu arriéré, refoule d'une certaine manière ; et d'un autre, il confère une humanité à ces hideuses créatures, les rend attachantes malgré leur apparence repoussante. L'interactivité avec le personnage humain de Max en est plus poussée, plus facile ; et l'animation digitale des visages permet d'obtenir une palette d'expressions beaucoup plus vaste que de simples animatronics.


Cette ambivalence, Jonze la cultive tout au long de son film. L'aspect fantastique est assumé sans être véritablement considéré en tant que tel. Max imagine-t-il cet univers, ou bien s'agit-il contre tout bon sens de la réalité ? Aucune réponse à cette question, le film n'en a pas besoin, son premier degré suffisant à lui attirer une certaine sympathie bienveillante. Les aventures du garçon au sein de cette troupe, parfois allègre, parfois colérique, demeure captivante malgré la terne teneur des péripéties, celles-ci ressemblant davantage à une joyeuse colonie de vacances. Le film ne présente même pas de morale, ne résous aucun problème, il les met seulement en image et laisse à chacun la libre interprétation de ce qu'il voit et en comprend. Comme Max.
Et pourtant, ce second degré existe bel et bien. Les maximonstres sont-ils tout simplement le reflet de l'existence de Max, de ses doutes, ses contradictions, ses poussées de colère et son hyperactivité ? Il est facile de dresser un parallèle entre l'enfant et Carol, le maximonstre avec qui Max se lie d'amitié d'emblée. Les deux personnages sont turbulents, parfois agressifs, réagissent par instinct et non par raison, font preuve de jalousie. Quant à cet autre maximonstre, KW, n'est-elle pas le parallèle de la propre mère de Max, avec cet attitude un peu détachée de son univers, parfois carrément absente, mais indéniablement protectrice ? Il est aisé de dresser des équivalences, et d'en tirer une explication, même si la compréhension totale du film n'est pas nécessaire au plaisir qu'il apporte. Un plaisir un peu vain, peut-être, puisqu'il ne fait qu'orchestrer un état d'esprit maintes fois abordé sous différentes coutures, mais sa condition de divertissement demeure intact tout du long.
Et il serait réducteur de ne pas consacrer un (petit) paragraphe à l'interprétation de Max Records. L'enfant est d'un naturel désarmant, d'une expressivité touchante, et projette un plaisir évident à jouer la comédie. Les relations qu'il dresse avec ses maximonstres sont crédibles et palpables, sonnent constamment juste. Un élément majeur de la réussite du film, indéniablement.

DVD un peu chiche mais très fonctionnel. La qualité technique est au rendez-vous, mais ne présente pas un panel de bonus renversants. A peine quinze minutes sur le format DVD, un peu plus du triple sur le Blu-Ray. Néanmoins, en dépit de cette maigreur (un commentaire audio n'aurait pas été de refus), les quelques petites featurettes ont un capital de sympathie énorme, pour la simple et bonne raison qu'elles montrent véritablement l'envers du décor. J'ai une certaine affection pour ces quelques minutes passées en compagnie de l'équipe de film, s'évertuant à obtenir pour un plan de quelques secondes une image d'un chien courant et aboyant en même temps.

Un film sur l'enfance, pertinent et bien construit, pêchant un peu sur l'esthétisme et n'apportant finalement pas grand chose au débat - pour peu qu'il y en ait un.  La sincérité du jeu de Max Records, et l'interprétation à plusieurs niveaux que l'on peut tirer du scénario, font de ce film une œuvre très réussie, à mi-chemin entre le fantastique et la comédie dramatique, esquivant sans peine les lieux communs du genre (notamment l'exposition moralisatrice, ou l'explicatif à outrance).


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Mammuth

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2 commentaires

  • Anonyme

    27/02/2010 à 11h24

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  • riffhifi

    02/08/2010 à 23h19

    Répondre

    Apparemment le DVD est maigrelet, mais le Blu-ray contient un très bon court-métrage d'une vingtaine de minutes sur le voyage initiatique d'un chien.


    Et Max et les maximonstres, of course, est excellent.

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