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Mammuth

Un Delépine / Kervern, c'est comme un bon vin. Ça a un goût légèrement acide, c'est rond en bouche et finalement on y revient forcément. A déguster.

Mammuth est le nom d'une moto mythique, mais c'est surtout le surnom de Serge Pilardosse, ouvrier boucher dans une petite entreprise familiale. Serge a travaillé toute sa vie, enchaînant les petits boulots : videur, ouvrier métallurgiste, vigneron... Pour lui, l'heure a sonné : il est assez vieux pour prétendre à une retraite bien méritée. Mais dans sa nouvelle vie, il est comme un ours en cage, rongé par l'inactivité, inadapté à une vie oisive. L'espoir viendra de la complexité de l'administration : il doit partir à la recherche de ses trimestres perdus pour toucher sa pleine retraite. Chevauchant sa moto, Mammuth prend la route d'un passé oublié.

J'ai mal à mon travail

Gégé on the road again
Gégé on the road again
Echappé de Groland, le duo Kervern / Delépine en est déjà à son quatrième film. Avec le temps, leur oeuvre brosse un portrait grinçant de notre société, l'attaquant parfois de manière frontale (Louise Michel), parfois de manière plus détournée. C'est le cas de Mammuth qui ne s'appesantit pas sur le sujet des retraites, sujet pourtant porteur ces dernières années. Au contraire, le film s'interroge plutôt sur le travail en lui-même, comment il règle nos vies, comme il les emplit et nous laisse déboussolé quand il s'arrête. Pilardosse n'a ainsi jamais cessé de travailler, ne s'est jamais accordé de véritables loisirs. Ses rares instants libres étaient mis à profit pour se reposer des semaines fatigantes des ouvriers. Difficile ainsi de lever la tête du guidon pour voir un autre horizon que son travail et sa paye misérable. Pilardosse, comme la majeure partie des autres personnages de Mammuth, est un forçat des temps modernes, un esclave exploité par ses patrons, mais aussi dans le même temps un salaud de privilégié puisque retraité. Etrange paradoxe d'un monde dans lequel les plus pauvres se battent contre les plus pauvres.

Art brut

Il a pas un peu forci Léo ?
Il a pas un peu forci Léo ?
Mais Mammuth c'est surtout le portrait d'un homme hanté par son passé. Campé par Gérard Depardieu qui rejoint ainsi une bande de comédiens bien installés dans cet univers (Yolande Moreau, Bouli Lanners, Bruno Lochet, Benoît Poelvoorde), Serge Pilardosse est à la fois puissant et fragile, et toujours d'une naïveté étonnante et touchante. Le passé qui remonte le met devant ses doutes et ses cauchemars, et notamment cette ancienne petite amie aux yeux bleus et au visage ensanglanté, jouée par une Isabelle Adjani déroutante. Mais c'est pourtant cette folle chevauchée qui va lui permettre de rencontrer sa nièce, longtemps oubliée. Une nièce autiste et artiste qui va lui ouvrir les yeux et le changer de fond en comble, lui permettre d'exprimer ce que sa massive carcasse cache. Cette rencontre qui change Pilardosse donne aussi une nouvelle dimension au film qui s'ouvre sur l'art brut, censé être en dehors de toute influence artistique. Miss Ming dont la figure lunaire traversait déjà Louise Michel se fait le chantre de cet art dérangé et dérangeant.

Comme les précédents films de Gustave Kervern et Benoît Délépine, Mammuth est une œuvre humaniste qui parvient à toucher le spectateur. Certes pour plonger dans cet univers, il vaut mieux commencer avec Louise Michel, mais Mammuth reste un film qui réussit à attirer la sympathie du spectateur.

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A propos de l'auteur

Intéressé par beaucoup trop de sujets, nazonfly est en charge de la partie Musique Krinein depuis quelques années. Ce qui ne l'empêche pas de visiter les territoires des livres, du cinéma, des médias et même de sciences et tech.

6 commentaires

  • Anonyme

    15/05/2010 à 12h55

    Répondre

    Moi qui n'ai vraiment pas aimé Louise Michel, devrais je donner sa chance à Mammuth ?

  • Anonyme

    15/05/2010 à 13h33

    Répondre

              shingo demande "devrais-je donner ma chance à Mammuth ?


    Si tu ne fais pas trop de grossophobie..... parce que Depardieu est obèse, les scènes de masturbations lourdingues, les gags vulgaires, l'histoire est pesante et les extraits que j'ai vus (je n'irai sûrement pas voir le reste) étaient plutôt démago-ploplo .  Pour Depardieu mieux vaut peut-être en rester aux valseuses ? c'était plus frais.

  • nazonfly

    15/05/2010 à 13h38

    Répondre

    Quelqu'un qui donne un conseil sans avoir vu le film c'est un peu


    Je sais pas trop ce que tu appelles d'ailleurs démago-ploplo...


    Pour shingo, je dirais que tout dépend des raisons pour lesquelles tu n'as pas aimé Louise Michel. Si c'est pour les personnages, pour le côté un peu loser de ceux-ci, alors oui il vaut mieux passer outre. De même si  c'est parce que l'image de Louise Michel n'était pas top, pas de Mammuth


    Mammuth est encore plus déstabilisant que Louise Michel avec notamment des scènes qui s'enchaînent sans réel lien (j'ai lu qu'on avait parfois la sensation d'un film à sketch, ce n'est pas forcément faux).

  • Anonyme

    15/05/2010 à 17h58

    Répondre

    démago...ploplo ? oh ça doit être quelquepart entre le populisme de Bourdieu et le misérabilisme de Santet, les 2 Pierre qui se sont penchés sur la sociologie quand le Gérard-Obélix rigolait chez Astérix.


    Mais je donnais surtout mon point de vue sur l'acteur gros et gras, filmé dans des scènes d'une finesse heu.... épaisse. Chacun ses goûts bien sûr. Désolé si les échantillons m'ont suffi, je ne dis plus rien, j'attends de lire d'autres points de vue.

  • gyzmo

    15/05/2010 à 22h20

    Répondre

    "je ne dis plus rien"


    Chiche

  • Anonyme

    16/05/2010 à 15h37

    Répondre

    j'ai pas aimé Louise Michel, car les personnages n'etaient pas credibles du tout. J'etais attiré par l'idée de départ, j'aime bien Yolande Moreau, mais au final ce film m'a rapidemment ennuyé  car trop de surenchère dans le n'importe quoi moi ca me fatigue.


    Donc Mammuth ca a l'air d'etre un peu la meme sauce et je vais éviter : )

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