Machin movie, Les machins en folie : formules toutes prêtes pour titres de comédies loufoques

Une dizaine d'années après Very Bad Things, la formulation devient subitement une mode : en à peine plus d'un an, on essuie successivement Very Bad Trip, Very Bad Deal (direct-to-dvd), Very Bad Cop (idem) et Very Bad Cops (à ne pas confondre avec le précédent), qui sont tous dûs à l'imagination (?) débordante des traducteurs français, aucun des titres anglais ne comportant la mention "very bad". Désignant indifféremment des films policiers ou des comédies (voire des comédies policières), le titre en "very bad" est le dernier d'une famille de préfixes et suffixes utilisés à la chaîne pour créer entre les films une parenté artificielle. On pourrait se pencher sur les "last", les "piège" ou les "fatal", mais la comédie constitue la cible privilégiée de cette tendance.

La formule la plus ancienne est probablement le "... en folie", utilisé dès 1925 pour
un film de Buster Keaton : Seven Chances devient ainsi Fiancées en folie, ouvrant la voie à plusieurs décennies de titres français sur le même modèle : on le retrouve pour L'explorateur en folie en 1930 (qui cache en réalité le Animal Crackers des Marx Brothers), Hollywood en folie (Variety Girls, avec Bob Hope et Bing Crosby) en 1947, puis pour les pochades des Charlots : Les bidasses en folie (1971), Les charlots en folie : A nous quatre Cardinal (1974) et Le retour des bidasses en folie (1983) contribuent fortement à ringardiser la tournure. On note également le film de Peter Sellers La clinique en folie (1972), la série de John Cleese L'hôtel en folie (Fawlty Towers, 1974), la comédie italienne Le bataillon en folie (1976), le film Le golf en folie (1980) réalisé par Harold Ramis avec Bill Murray (avant la marmotte d'Un jour sans fin, les deux zigs chassaient les taupes), Les croque-morts en folie (1982) de Ron Howard avec Michael Keaton, et L'exorciste en folie (1990), une parodie de L'exorciste avec Leslie Nielsen (on y reviendra plus loin). Depuis 1990, la formule est tombée en désuétude en France, bien qu'on la retrouve en 2007 pour l'une des suites dtv d'American Pie : Campus en folie.

Le Canada, quant à lui, fait du zèle : le Clerks de Kevin Smith y est retitré Commis en folie, Brooklyn Boogie en (attention les yeux) La tabagie en folie, et Ecole paternelle devient Garderie en folie.

Entre-temps, on n'a pas échappé aux joyeux films érotiques des années 70, dont les titres subtils laissent planer autant de poésie que de mystère : Les chattes en folie, Les zizis en folie...



Sous-catégorie peu représentée, le "Chérie, ..." mérite néanmoins d'être remarqué. Sa première utilisation date de 1952 : Chérie, je me sens rajeunir est alors la traduction de Monkey Business, une comédie fantastique de Howard Hawks avec Cary Grant, Ginger Rogers et Marilyn Monroe. On retrouve le préfixe en 1960 pour Chérie, recommençons (Once more, with feeling!), une comédie musicale avec Yul Brynner dans le rôle d'un pianiste qui doit reconquérir sa femme. Mais en 1989, le célèbre Chérie, j'ai rétréci les gosses constitue bien la traduction littérale de Honey, I shrunk the kids, et pas une extravagance des Français ! Suivront Chérie, j'ai agrandi le bébé en 1992, Chérie, nous avons été rétrécis en 1997 et la série télé Chérie, j'ai rétréci les gosses de 1997 à 2000. Entre-temps, la comédie romantique Speechless (1994, avec Michael Keaton, Geena Davis et Christopher Reeve) en profite pour se rebaptiser chez nous Chérie, vote pour moi.


Le "Y a-t-il ...", inauguré à l'orée des années 80, a connu une belle popularité durant vingt ans, avant de disparaître subitement au profit du "... Movie" en 2000. Utilisé pour la première fois en 1980 avec le célèbre Y a-t-il un pilote dans l'avion ? du trio Zucker-Abrahams-Zucker (ZAZ), il ressert bien entendu pour la suite produite deux ans plus tard (Y a-t-il enfin un pilote dans l'avion ?), mais également pour deux films français de la même période, sans qu'il soit possible de déterminer s'il s'agit de coïncidence ou d'opportunisme : Y a-t-il un Français dans la salle ? (1982) est un film de Jean-Pierre Mocky écrit par Frédéric Dard, et Y a-t-il
un pirate sur l'antenne ?
(1983) une comédie vite oubliée avec Paul Préboist. En 1986, le Ruthless People des ZAZ est titré en France Y a-t-il quelqu'un pour tuer ma femme ?, puis leurs trois Naked Gun deviennent Y a-t-il un flic pour sauver la reine ? (1988), Y a-t-il un flic pour sauver le président ? (1991) et Y a-t-il un flic pour sauver Hollywood ? (1994). Le pauvre Leslie Nielsen, héros du premier "avion" et des trois "flic", restera associé à la formule : L'exorciste en folie est renommé Y a-t-il un exorciste pour sauver le monde ? lors de sa sortie vidéo, Le Détonateur est titré en Belgique Y a-t-il un fugitif à bord ?, et l'ignoble 2001 A Space Travesty (avec Ophélie Winter !) sort en France sous le titre Y a-t-il un flic pour sauver l'humanité ?, bien qu'il n'ait aucun lien avec les trois autres "flic". Dernier abus en date avec Nielsen : Y a-t-il un joueur pour sauver la Junior Ligue ?, une comédie sportive de 2008 sortie directement en vidéo.

Notons également Y a-t-il un commandant pour sauver la navy ? (titre vidéo du Touche pas à mon périscope de 1996), Y a-t-il un commandant à bord ? (1997) et Y a-t-il un parrain pour sauver la mafia ? (1999, avec Christopher Walken).


En 2000, la sortie et le succès de Scary movie, parodie lourdingue de Scream par les frères Wayans, créent une nouvelle mode. Quelques mois plus tard, un ersatz intitulé Scary Scream Movie met en scène Coolio et quelques nazes du même genre. S'ensuivent les inévitables Scary movie 2 (2001), Scary movie 3 (2003) qui marque l'arrivée de David Zucker et Leslie Nielsen, symboles de la période "Y a-t-il" et enfin Scary movie 4 (2006). Dans la même fournée, les distributeurs français nous refilent en 2001 un des premiers films des frères Wayans, daté de 1996, retitré Spoof Movie pour l'occasion.


En 2005, My Big Fat Independent Movie (inédit en France) est un des plus gros bides de tous les temps : un budget de 3 millions de dollars, pour moins de 5 000 $ de recettes en salles... A partir de 2006, les tâcherons Jason Friedberg et Aaron Seltzer décident de parodier tous les succès du moment, sans s'occuper de la qualité de leurs gags ou de leur narration. En trois ans, leurs oeuvres successives auront pour titre Sexy Movie (en anglais : Date Movie), Big Movie (en anglais : Epic Movie), Orgie movie (sorti au ciné sous le titre Spartatouille, en anglais : Meet the Spartans), et Disaster Movie (inédit en France).

En 2008, Super-héros movie est produit par David Zucker, et laisse paraître un Leslie Nielsen traditionnel en simili-Oncle Ben. La même année, News Movie sort en vidéo, et cache en réalité The Onion Movie, une comédie où apparaît Steven Seagal). En 2009, outre le Dance Movie de la famille Wayans, on voit sortir en DVD le curieux Space Movie - La menace fantoche (un film allemand de 2004 avec Til Schweiger), tandis que Spanish movie reste inédit en France, malgré un cameo de l'increvable Leslie Nielsen.


A présent, il reste à prendre les paris : Mords-moi, la parodie de Twilight signée Friedberg et Seltzer (sortie le mois prochain), sera probablement retitré pour le marché de la vidéo ; faut-il miser sur Vampire movie, Les vampires en folie, ou Y a-t-il un vampire pour sucer le monde ? Peut-être serait-il plus judicieux de se rabattre sur le tout simple Very Bad Movie...

A propos de l'auteur

12 commentaires

  • Anonyme

    28/10/2010 à 18h34

    Répondre

    Y a-?t-?il un Fran­çais dans la salle ? est adapté d'un livre de Frédéric Dard, donc pas d'opportunisme à son sujet !

  • nazonfly

    28/10/2010 à 21h40

    Répondre

    Après Fiat and Furious, pourquoi pas un Chérie, y-a-t-il une very bad movie pour sauver la planète en folie ?

  • Anonyme

    29/10/2010 à 10h08

    Répondre

    Leslie Nielsen s'est aussi attaqué aux films de vampires avec "Dracula, mort et heureux de l'Etre" (prrrrrreeeeennd cette croix !!!)  de Mel Brooks, il aura donc déjà tout fait...

  • hiddenplace

    30/10/2010 à 13h17

    Répondre

    Hahaha, très bonne rétrospective, mis les uns à côté des autres, c'est quand même bien ridicule, tous ces titres français^^ (déjà que tout seuls...)


    Et puis, souvent  les titres originaux sont quand même (pas toujours c'est vrai, mais plus souvent que leur traduction) plus portés sur le sens véritable du film, son propos, ou même parfois un côté symbolique ou poétique (quand il y en a^^), qui disparaît complètement dans l'esprit vendeur du titre traduit.

  • Anonyme

    31/10/2010 à 02h31

    Répondre

    Je n'aime pas trop ces films. J'avais revu "Y a-?t-?il enfin un pi­lote dans l'avion ?' j'ai été deçu. À part 2 ou 3 gags c'est vide. Il faudrait faire comme les émissions de maintenant (SAV par exemple): un best-of des gages. Sinon, 2 ou 3 films auraient pu lancer une mode:

    [list=1]
    [*]Le silence des Jambons (Le silence de[x] XXX)
    [/*:m][*]Alarme Fatale (XXX Fatal[x])
    [/*:m][*]Hot Shots: 2 épisodes[/*:m][/list]

  • Anonyme

    04/12/2010 à 14h08

    Répondre

    Il y a quelques semaines, Shaun of the Dead est passé en Belgique sous le titre "Y'a-t-il un zombie dans la salle?". Jamais je n'en avais entendu parler sous ce titre, je me demande vraiment d'où c'est sorti (Québec,probablement).

  • riffhifi

    29/12/2010 à 11h35

    Répondre

    Derniers ajouts en date : Blonde Movie sorti en direct-to-video (traduction de Hard Breakers), et Very Cold Trip (traduit du finnois), en salles le 9 février...

  • riffhifi

    12/04/2011 à 09h44

    Répondre

    "tandis que Spanish movie reste inédit en France, malgré un cameo de l'increvable Leslie Nielsen"
    ça y est, il sort chez nous en DVD ce mois-ci.

  • riffhifi

    12/04/2011 à 14h39

    Répondre

    Encore un ajout ! Hot Tub Time Machine, après une sortie ciné sous le titre La machine à démonter le temps (original et bien trouvé), vient d'être édité en DVD en tant que... Very Hot Tub. Imagination, quand tu nous tiens...

  • nazonfly

    12/04/2011 à 16h05

    Répondre

    Il est sorti au ciné peu de temps après La machine à remonter le temps?

  • riffhifi

    12/04/2011 à 16h14

    Répondre

    Attention, faux ami ! Il n'existe pas de film appelé La machine à remonter le temps ! En revanche, il y a deux versions de La machine à explorer le temps (1960 et 2002), adaptées du bouquin d'H.G. Wells.

  • riffhifi

    26/12/2012 à 18h55

    Répondre

    Ajout tardif : Funny about love, un film de Leonard Nimoy avec Gene Wilder, est sorti en France sous le titre Chéri, dessine-moi un bébé...

Participer à la discussion

Nous nous réservons le droit de ne pas publier les commentaires qui ne nous semblent pas appropriés (netiquette, loi, point godwin, imbécillité profonde, etc.). Et ne venez pas crier à la dictature !

Vous allez commenter en tant qu'invité-e :

Krinein cinéma, c'est l'actualité et les critiques de films qui sortent au cinéma, en dvd et en bluray .

Des grands classiques aux films d'actions hollywoodiens. Pas de tabous chez Krinein cinéma, hormis, peut-être, les films français qui sont trop souvent oubliés.

Rubriques