7.5/10

Macadam cowboy

Jon Voight est le cowboy du macadam dans ce parcours désillusionnant sur la face cachée de l'American Dream. Dustin Hoffman sert essentiellement à lui donner la réplique, mais sa composition de boiteux bidouilleur est mémorable.

En 1969, Dustin Hoffman est essentiellement connu pour son rôle de puceau dans Le Lauréat, qui vient de lui valoir une nomination à l'Oscar. Avec son air juvénile et innocent de WASP complexé, il est donc loin d'occuper la tête de liste pour le directeur de casting chargé de trouver l'interprète d'un personnage italo, boiteux, maladif et combinard. Astucieux, Hoffman donne rendez-vous à un des cadres de United Artists à un coin de rue, où il l'attend déguisé en zonard ; le type ne le reconnaît pas jusqu'à ce qu'il se présente, et Ratso trouve son interprète. Pourtant, malgré la présence de Dustin Hoffman en première place dans le générique et sa performance incroyable qui passe par une métamorphose complète de sa voix, le personnage central de Midnight Cowboy (étrangement traduit en français par Macadam Cowboy) est celui de Jon Voight, grand échalas idéaliste qui promène sa carcasse dans un New York inhospitalier. Les deux hommes seront nominés à l'Oscar du meilleur acteur en 1970, mais c'est John Wayne qui l'emportera grâce à Cent dollars pour un shérif... Macadam Cowboy s'en sortira avec les prix du Meilleur scénario, Meilleure réalisation et surtout Meilleur film. Suffisant pour en faire une ligne prestigieuse sur un CV.

Just a gigolo


"Quand je serai grand, je
serai le papa d'Angelina Jolie."
Joe Buck (Jon Voight) quitte son Texas avec des bottes et un chapeau pour aller faire le gigolo à New York. Se berçant d'illusions, il pense que les femmes mûres vont se jeter sur lui pour lui arracher le slip et le couvrir de pognon. La réalité est plus cruelle, et Joe se demande rapidement s'il ne va pas devoir se tourner à nouveau vers un boulot de plongeur dans un restau minable. Il rencontre alors Enrico Salvatore Rizzo, dit ‘Ratso' (Dustin Hoffman), un escroc miteux qui l'entube de vingt dollars et disparaît. Les deux paumés vont entretenir une relation étrange faite d'animosité et d'entraide, naviguant dans un monde qui ne se soucie pas d'eux.

Sur l'air de la fameuse chanson Everybody's talkin', Joe Buck mène un périple sur la route du malheur ; pourtant, il le fait avec le sourire et une bonhomie indéboulonnable, malgré un passé proche que l'on devine difficile. A travers les flash-backs d'une scène de violence, on ressent le malaise et la frustration du personnage, qui se dit prêt à exploser lorsqu'on lui fait du tort. A y bien regarder, on peut se demander si ces visions sont réellement des souvenirs, ou s'il s'agit exclusivement de fantasmes alimentés par son mal-être, de la même manière que ceux où Ratso apparaît comme son persécuteur. Malgré ces ouvertures vers le mental du héros, et la scène très datée au cours de laquelle Buck et Ratso se trouvent en pleine célébration baba-cool, le film n'est pas à proprement parler psychédélique, car il ne lâche jamais les amarres pour s'engouffrer dans un trip
"Mais mon grand, tu es déjà grand !"
sans fin. Inversement, il a la dignité de ne pas verser dans le misérabilisme, même lorsque Ratso tousse à s'en décoller les amygdales (Dustin Hoffman s'est même fait vomir lors d'une prise). Filmé avec tendresse par John Schlesinger, qui retrouvera Dustin Hoffman pour l'angoissant Marathon Man en 1976, Macadam Cowboy est au bout du compte un double portrait émouvant et fort, bien que celui de Ratso ne soit qu'un catalyseur à l'évolution de Buck ; la nature exacte de leur relation est laissée à l'appréciation du spectateur, qui peut voir une homosexualité non assumée dans leurs récriminations constantes sur le sujet (« Les cowboys sont des pédés... » « Tu veux dire que pour toi, John Wayne est un pédé ?... » - dialogue cocasse quand on sait que The Duke leur soufflera l'Oscar). Deux grands acteurs en début de carrière, dans un film qui leur laisse les moyens de s'exprimer mais porte désormais les marques du temps.

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2 commentaires

  • Anonyme

    24/10/2008 à 11h06

    Répondre

    Very beautiful film, dustin est super ds ce role de gringalet sympathique et perdu. Belle et juste critique  mais je ne trouve pas ça si vieillot( dés que les vetements  ne sont plus tendances tu parles de marques du temps, le fond comme la forme fonctionnent et j'aimerai voir plus de film qui parle de l'amitié (car meme si on fait planer l'ambiguité c'est l'amitié que j'y ai perçu plus que l'homosexualité)comme ça).Je vais regarde si tu as fait Marathon Man comme critique, car j'ai pas aimé du tout (et pourtout Sir laurence Oliver ds le limier, lol)

  • riffhifi

    24/10/2008 à 11h22

    Répondre

    J'ai adoré Marathon Man la première fois que je l'ai vu, et moins la deuxième. Mais les deux remontent à quelques années, il me faudrait une troisième vision. Il y a quand même la scène "Is it safe ?", qui est rentrée dans la mémoire collective

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