5/10

Lust, Caution

Huge length, caution

Pendant la seconde guerre mondiale, alors que le Japon occupe la Chine, un petit groupe d'étudiants passionnés de théâtre décide de participer à l'effort de résistance, et d'assassiner l'un des chefs de la collaboration chinoise, Mr Yee (Tony Leung). Wong (Tang Wei) est chargée de séduire l'homme et de l'attirer dans un piège, un guet-apens qui mettra plus de quatre ans à se mettre en place, au cours duquel la jeune femme se transformera progressivement...


"Je vous jure, c'est la pluie qui
a fait ça sur mon pantalon."
Et pourtant, c'était bien marqué sur l'affiche, de faire attention ! Personnellement, je l'aurais écrit plus gros, mais bon, il faut se l'avouer, le côté Lust est lui aussi assez bien fourni. Au moins, les trois petits mots ajoutés au titre, "Amour - Luxure - Trahison", révèlent pertinement ce que contiendra le film, et on leur en sied gré. le problème, ce qu'ils ne nous disent pas, c'est qu'Ang Lee compte développer cette intrigue tri-lexicale sans se soucier de la durée. Alors oui, Ang Lee est un bon réalisateur, il sait manier une histoire, l'habiller, n'a pas besoin d'expliciter les choses et maitrise le non-dit à la perfection; oui aussi, Ang Lee est un bon metteur en scène, il choisit avec soin les acteurs qu'il va diriger pendant plusieurs mois, et les encadre avec un très grand professionnalisme ; et oui, enfin, Tony Leung est un grand acteur, on le savait déjà, et Tang Wei assume intégralement sa condition de jeune première avec panache et sens de la mesure. Mais cela valait-il le coup de s'étaler sur presque trois heures, en occultant quasi-intégralement le contexte socio-politique de l'occupation chinoise ? Pardon, la bonne question est en fait : le film était-il destiné à l'exportation massive internationale ? Le ton est donné dès les premières minutes, une assez longue scène de Mah-Jong assez hermétique pour les profanes - et ils doivent être nombreux. Bien sûr, nous dira-t-on, ce n'est pas le jeu qui importe dans une scène comme celle-ci, mais ce qui est dit et ce qui est entendu. Cet exemple me parait néanmoins approprié pour exposer la véritable nature du film, où le spectateur ne trouve généralement pas sa place, oscille entre la fascination, la consternation, le dégoût, l'ennui, et au final l'expectative - rien que ça. Luxure, il y aura, par le biais de scènes sexuelles plutôt explicites, le mot est faible, et donc posées en contradiction avec l'aspect sentimental du film qui lui se montre plus ambigü, surtout alimenté par des sous-entendus. Réside ici le point le plus intéressant du film, à savoir la relation entre la jeune résistante, bouffée par une situation qui semble lui échapper, et l'apparemment flegmatique collabo, happé par le désir et restreint par la prudence. Leung montre son plein talent en passant d'une extrêmité à l'autre, volant d'une placidité dédaigneuse à une passion et une violence exacerbée ; ce qui ne suffit pas à cacher les trop nombreuses lourdeurs du film, plombant du même coup la relation amoureuse que se voue les protagonistes, et effritant sur la durée l'intérêt du spectateur qui aurait parfois préféré avoir une version courte (ou au moins avoir le choix, mince).

Lust, Caution est susceptible de générer beaucoup d'émotions contradictoires, certes, dommage que parmi celles-ci certaines ne soient pas de très bon goût. Ang Lee livre une oeuvre serrée où se mêle jeux de regards et scènes de sexe violentes, un mélange qui aurait pu être d'un tout autre intérêt sur une durée moins importante, ou si la relation ambigüe alimentée par les personnages principaux était accompagnée de quelques considérations contextuelles.

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