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Lucky Luke - 1991

Un remake du dessin animé Daisy Town, réalisé comme une suite poussive de Mon nom est Personne. Terence Hill acteur s'autoparodie, et Terence Hill réalisateur réédite l'échec de Don Camillo.

En décembre 1991, la première version live de Lucky Luke atteignait les écrans français. Chic, le héros est joué par Terence Hill, qui a incarné dans les années 70 l'archétype du cow-boy nonchalant et farceur dans Mon nom est Personne et une tripotée de Trinita (vrais ou faux, car certains ne comptent ce nom dans leur titre qu'en raison de l'opportunisme des distributeurs). Faire un western italien de cette bande dessinée belge paraissait cohérent, et permettait d'espérer une L'ombre et el Hombre
L'ombre et el Hombre
approche "européenne" réjouissante... Pas de chance, le résultat est mou et dépourvu de personnalité, assemblant sans conviction les éléments de la bande dessinée à ceux de la filmographie de Terence Hill. A la décharge de l'acteur-réalisateur (qui passait là pour la seconde fois derrière la caméra, après le faible Don Camillo en 1983), le film dut se faire sans son fils adoptif Ross Hill, qui devait interpréter Billy the Kid mais trouva la mort en janvier 1990 dans un accident de la route. Lucky Luke lui est dédié, mais on trouve sans peine dans cet évènement la raison du sourire triste arboré par Terence Hill à l'écran.

Le scénario, remanié tardivement (et signé Lori Hill, la femme de), propose finalement un simple remake du dessin animé de 1971 Daisy Town : on assiste à la naissance d'une ville de l'ouest, puis à l'arrivée d'un Lucky Luke qui accepte le poste de shérif pour y faire régner l'ordre, et enfin à l'irruption des quatre frères Dalton bien décidés à semer la terreur. Reprenant la trame de l'intrigue et conservant intacts bon nombre de gags cartoon, Terence Hill y juxtapose son univers à l'aide d'une réalisation très spaghetti et de clins d'œil à ses fans : la présence de Neil Summers (l'homme aux grandes dents de Mon nom est Personne), la récurrence du plat de haricots, le thème musical de la Horde Sauvage pour introduire les Dalton (incarné par quatre acteurs dissemblables, une erreur impardonnable qui sera reproduite, en pire, par Eric et Ramzy en 2004)... La démarche est finalement assez identique à celle d'Alain Chabat sur Mission Cléopâtre (bien que ce dernier ait mieux réussi l'essai). Bien entendu, on Tagada tagada...
Tagada tagada...
remarquera également l'absence complète de ressemblance entre le personnage de BD et son interprète, puisque le premier est un jeune homme brun avec une houppette et un court veston noir, tandis que le deuxième est un quinquagénaire blond avec un mulet et un long manteau blanc. Cerise sur le gâteau, Luke est affublé d'une relation semi-amoureuse avec la tenancière de saloon Lotta Legs !

L'excès de références, l'absence de personnalité propre et le manque de fidélité à la personnalité du cow-boy solitaire ne sont pas les seules raisons de l'échec du film. Le problème majeur est à chercher dans la réalisation, dont le rythme anémique et la musique répétitive désamorcent impitoyablement la plupart des gags. On est en droit de préférer la courte série (7 épisodes) qui suivit en 1993, dans laquelle les intrigues ont le bon goût de ne pas dépasser 50 minutes. Certains épisodes sont adaptés d'albums existants (Ma Dalton, La fiancée de Lucky Luke), d'autres reposent sur des scénarios originaux (quoique le terme "original" ne semble pas le plus adéquat dans le cas présent).

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