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Louise-Michel

Louise-Michel fait partie de ce cinéma drôlement grinçant, né quelque part entre Belgique, Nord et Picardie, un cinéma de la lose diablement rafraîchissant.

Que fait une simple ouvrière qui découvre, du jour au lendemain, qu'un patron voyou a déménagé l'usine dans laquelle elle travaillait, avec ses collègues depuis 20 ans, en laissant une prime de seigneur de 100 euros par année dans l'entreprise ? S'associer avec les autres ouvrières et disposer d'un petit pécule. Dans quel but ? Monter une pizzéria ? Ou bien trouver quelqu'un pour buter son patron ? C'est en tout cas cette dernière idée qui est retenue dans Louise-Michel, quatrième film de Benoît Delépine, ex-Guignols de l'Info et surtout connu comme Michael Kael dans le doux pays de Groland. Comme pour Aaltra et Avida, il s'est associé avec Gustave Kervern, vu aussi dans la Présipauté. Des poids-lourds de l'humour grinçant, noir et touchant néanmoins juste. Et quand leurs acteurs principaux s'appellent Bouli Lanners et Yolande Moreau, et que Mathieu Kassovitz (producteur du film), Benoît Poelvoorde, Francis Kuntz, Christophe Salengro, Albert Dupontel ou encore Philippe Katherine, on se dit qu'il est temps d'arrêter de lâcher des noms et qu'on peut presque aller voir ce film les yeux fermés. A eux tous, ils ont développé un certain monde fait de poésie, de misère et de gueules d'incroyables losers.

Chacun cherche sa route ; nous cherchons la nôtre et nous pensons que le jour où le règne de la liberté et de l'égalité sera arrivé, le genre humain sera heureux.

Ainsi font font font...
Ainsi font font font...
Car losers ils le sont tous un peu. De Louise analphabète bêtasse qui traîne sa grande carcasse d'un bout à l'autre du film, en mangeant limaces, pigeons et lapins crus (jouée par une Yolande Moreau toujours au top dans ce genre de rôles, des années après les Deschiens) à Michel, mythomane qui habite dans une caravane et fait laver son linge par ses parents (Bouli Lanners toujours excellent dans le rôle du bourru sympathique), c'est un véritable bestiaire de la lose, une tribu de doux-dingues à laquelle on rend visite, avec Benoît Poelvoorde dans un rôle d'ingénieur métallurgiste que n'aurait pas renié Bigard (vous comprendre la relation quand vous aurez vu le film, na !). Pourtant, cette galerie de portraits laisse, comme souvent dans ce genre de films, un arrière goût amer, comme de la pitié pour la tristesse et la misère de ces gens. Car c'est bien de misère que nous parle Louise-Michel, de la misère humaine à la misère sociale causée par ces patrons qui nous mentent, qui nous spolient, A ce titre, il est intéressant de noter sur Louise Michel est une anarchiste activiste, une figure importante de la Commune de Paris.

Un jour on nous a mis dans la rue, maman et moi. Elle disait : c'est les créanciers. Moi, je ne savais pas ce que c'était, je croyais que c'étaient des bêtes. Aujourd'hui je le sais.

Ce matin un lapin...
Ce matin un lapin...
En effet, Louise-Michel, en plus de son côté humoristique décalé, est aussi un moyen pour Delépine/Kervern de lancer une pique sur le capitalisme tel qu'il est appliqué aujourd'hui. Des patrons voyous qui déménagent leurs usines sans prévenir à ces entreprises qui, à force de fusions, séparations, acquisitions, finissent par ressembler à des hydres dont les têtes repoussent toujours. Et encore quand on arrive à les toucher... C'est au final un constat désabusé que dresse le duo de réalisateurs. Il est difficile de faire une révolution quand il n'y a rien à viser, quand les dirigeants sont des entités mondiales intangibles. En ce sens, les échecs et réussites de Louise et Michel sont évocateurs de ce combat déséquilibré, le Petit Poucet affronte cette fois l'Hydre de Lerne et ne peut vaincre seul. Pourtant, il reste toujours un peu d'espoir. Quand un révolutionnaire disparaît, il y en a toujours un (ou une en l'occurrence) qui naît et se lève à la place. C'est du moins de cette façon qu'on pourrait interpréter les deux dernières scènes (et n'oubliez pas de rester à la fin du générique, bande de malotrus).

Comme Enfermés dehors, Cowboy, Eldorado, J'ai toujours rêvé d'être un gangster, Louise-Michel fait partie de ce cinéma drôlement grinçant, né quelque part entre la Belgique, le Nord et la Picardie, un cinéma de la lose d'une saveur typique, porté par des acteurs à la bouille improbable mais diablement rafraîchissant dans leurs maladresses, leur naïveté, leur innocence, leur générosité et leur humanité. Du cinéma comme on en voudrait tous les jours.

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A propos de l'auteur

Intéressé par beaucoup trop de sujets, nazonfly est en charge de la partie Musique Krinein depuis quelques années. Ce qui ne l'empêche pas de visiter les territoires des livres, du cinéma, des médias et même de sciences et tech.

2 commentaires

  • Anonyme

    03/01/2009 à 23h08

    Répondre

    Film déjanté mais super marrant, et très moral en définitive.

  • Anonyme

    14/01/2009 à 08h56

    Répondre

    Film déjanté, certes, des outrances qui font rire, mais une grande pauvreté globale, un scénario à peu près vide, pas grand intérêt, de là à parler d'un film moral, bof...


    Que les patrons soient très souvent des voyous, certes, et alors... Le portrait du gros porc qui dicte ses ordres de vente achat dans son jardin est très bon....

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