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Locataires : une parenthèse de quiétude

Laissez derrière vous ce monde bruyant, violent, et laissez vos sens se faire emmener ailleurs par la beauté de Locataires. Pour une parenthèse de félicité dans un monde qui agresse constamment les sens.

Locataires ou l'histoire de Tae-Suk, un jeune homme à l'étrange passion : s'introduire dans des appartements abandonnés pour un temps par leurs
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propriétaires. Au gré de ses différentes visites, le spectateur découvrira les petits rituels de Tae-Suk : réparer les choses cassées, laver le linge abandonné, comme le bon esprit de la fable. Et toujours sans prononcer le moindre mot. L'élément perturbateur du monde de Tae-Suk est une femme rencontrée par hasard dans un de ces appartements abandonnés, une femme battue par son mari violent. Ensemble, Tae-Suk et Sun-Hwa continueront d'explorer, toujours sans ouvrir la bouche, ces maisons délaissées, vides de leurs occupants. Ils vivront même une partie de la vie de leurs hôtes inconnus, passant du plus beau des jardins zens au plus affreux des taudis, sans jamais se départir de ce calme apaisant. Dans le petit vase clos de ces deux vies, le monde extérieur ne peut s'introduire que de façon bruyante et violente, consolidant les liens entre les deux êtres perdus. Jusqu'à un final d'une symbolique profonde.

Au cinéma, on croise souvent de ces films tout en explosions, en action débridée et bruyante, visuellement agressifs. Locataires est à l'exact opposé de
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ce genre de cinéma : ici la douceur, alliée aux couleurs pastels et à une musique planante, prime. Comme dans Printemps, été, automne, hiver... et printemps, précédent film du réalisateur, le talentueux Kim Ki-Duk sait jouer avec les images et les sons pour élever le spectateur à une dimension touchant au nirvana, au zen absolu. À tel point qu'à la sortie du film, on a simplement envie de rester muet et de profiter du silence mental ainsi créé pour se remémorer encore et encore les scènes du film, pour rester dans cet état étrange que peu de films parviennent à créer. Sofia Coppola parvient presque à toucher cette sublimation de l'esprit dans Lost in translation, sans y parvenir entièrement et il faut aller chercher du côté du magnifique film de Tran Anh Hung, À la verticale de l'été, ou encore du superbe documentaire de Philip Gröning sur les moines de la Chartreuse, Le grand silence, tellement bien nommé. Dans ce genre de films, la voix paraît à chaque fois grossière et rugueuse et brise toujours le calme et la quiétude installés par des ambiances remarquables.

Nous n'aurons donc qu'un conseil : laissez derrière vous ce monde bruyant, violent, et laissez vos sens se faire emmener ailleurs par la beauté de Locataires. Pour une parenthèse de félicité dans un monde qui agresse constamment les sens.

A propos de l'auteur

Intéressé par beaucoup trop de sujets, nazonfly est en charge de la partie Musique Krinein depuis quelques années. Ce qui ne l'empêche pas de visiter les territoires des livres, du cinéma, des médias et même de sciences et tech.

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