6/10

Little Children

"Petit enfants". Avec un titre pareil et la présence à l'affiche de Patrick Wilson (récemment remarqué dans le perturbant Hard Candy), on pouvait s'attendre à un film dur sur la pédophilie. Que nenni ! Plongeant son film dans une petite communauté de bourgeois américains, le réalisateur Todd Field livre une oeuvre esthétiquement irréprochable, scénaristiquement inégale et qui laisse une sensation indéniablement désertique.

Des héros gâtés
Ils sont beaux, riches (ou presque) et vivent dans le microcosme ensoleillé de la côté Est des Etats-Unis. Ici, seuls l'ennui et la peur exacerbée d'autrui semblent rythmer le quotidien. Cette atmosphère n'est pas sans rappeler celle d'American Beauty. On y suit des personnages qui s'écartent du bonheur par manque de réflexion sur la qualité de leur vie présente. Cachent-ils des secrets terrifiants, des passés douteux, des blessures irréparables ? Pas vraiment, ce sont justes des héros un peu gâtés et tristes d'une vie luxuriante qui n'échappe pas non plus aux répétitions de la vie. Face à cela, à un moment T, nos dits "héros", très charismatiques et absolument tous beaux (ou tout du moins magnifiquement mis en valeur par une caméra experte), tombent dans les excès de comportements, les angoisses et les fantasmes. En résultent des infidélités, des questionnements sentimentaux, des problèmes de couple et des tensions entre voisins. En tache de fond, une douce histoire de pervers donne un peu de profondeur à deux histoires de couple qui se rencontrent sans jamais parvenir à faire sortir le jus sulfureux de leur pénétration. D'un côté, le conte du couple Brad Adamson (Patrick) et Kathy Adamson (Jennifer Connelly) permet de développer un soupçon d'intérêt sur la lassitude de la perfection physique. D'un autre, le récit de la vie de Sarah Pierce (Kate Winslet) et Richard Pierce (Gregg Edelman) est bâclé en quelques scènes ridicules sur une erreur du mari que les scénaristes oublient cruellement de pousser.

Capter des instants de l'ordinaire
Lentement, Little Children ajoute les scènes les unes aux autres, sans véritable fil conducteur. C'est parfois drôle, tendre et fort mais tout autant prétentieux, risible et vide. L'utilisation des ralentis est subtile et précise, arrivant à faire de n'importe quelle scène anecdotique un potentiel régal visuel. Et c'est bien là ce qui sauve le long métrage de ses défauts, car il parvient parfois à capter de beaux instants de l'ordinaire, comme lors de scènes d'amour ou de scènes de famille. La narration récurrente vient adjoindre à ces moments des fractions de lignes de texte bien écrites et percutantes. Au final, on ne regrette vraiment que la mollesse, l'inaction et la grosse impression de voir un beau soufflé qui tombe par manque de contenu. La fin se passe ainsi dans une espèce d'indifférence totale où l'on se dit : « Ah ouais... et sinon, pourquoi ils étaient pas contents déjà ? »

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Des grands classiques aux films d'actions hollywoodiens. Pas de tabous chez Krinein cinéma, hormis, peut-être, les films français qui sont trop souvent oubliés.

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