8.5/10

Little Big Man

En tant que western de réhabilitation, Little Big Man n'a peut-être pas la popularité et la rigueur de Danse Avec les Loups, mais il y a quelque chose dans ce film que les autres réalisations de ce genre n'ont pas.

Dans un hospice vit un américain âgé de 121 ans. Il se dit être le dernier rescapé de la bataille de Little Big Horn, lieu historique où le général Custer et sa cavalerie ont été massacrés par les Indiens de Sitting Bull. Interviewé par un journaliste qui s'intéresse à cet évènement, le vieil homme raconte alors son voyage initiatique tumultueux, entre le monde des visages pâles dans lequel il est Jack Crabb (Dustin Hoffman) et les campements des peaux rouges où il fut Little Big Man.


« Grand Petit Homme ». Vous ne trouvez pas que les noms que se donnent les Indiens sont beaux et poétiques ? Ils respirent la simplicité, la pertinence, le rêve. Dire que l'empire Hollywoodien a longtemps sous-exploité la richesse de cette culture... Il faut attendre 1950 pour qu'enfin, Delmer Daves réalise The Broken Arrow (La Flèche Brisée), le premier western de rectification. Dès lors, l'Indien est libéré de l'image sanguinaire dans laquelle on l'a enfermé. Il retrouve toutes les nuances de sa personne. Il redevient un être humain qui lutte pour survivre sur sa terre grignotée par l'homme blanc.


Ecrit à partir du roman Mémoires d'un visage pâle de Thomas Berger, Little Big Man de Arthur Penn (1970) est un film délibérément pro-indien qui magnifie plus qu'il ne «réhabilite». Le réalisateur affirme également que sa réalisation fait écho à la guerre du Vietnam dans laquelle les Etats-Unis sont embourbés depuis 1961. Parabole ou pas (il faut reconnaître que tous les films qui sont sortis dans les années 70 se disent être une critique de ce conflit), Little Big Man n'est pas tendre avec Oncle Sam. D'abord, les grandes figures historiques que sont Calamity Jane, Wild Bill Hickok, Buffalo Bill et surtout le général Custer en prennent pour leur grade. Ensuite, la famille, la religion, le négoce, la propriété, la politique, la stratégie militaire, toutes ces valeurs sont filmées sous le prisme de la dérision. Le message est tellement clair et dérangeant qu'Arthur Penn a dû attendre une dizaine d'années pour trouver des partenaires financiers avec qui monter son projet. Au final, Little Big Man se présente aussi comme une satire de l'american way of life qui cède facilement aux péchés capitaux tout en voulant se persuader de l'inverse. La critique n'est pas nouvelle...


Le film n'en reste pas moins original dans sa façon de traiter le sujet puisqu'il unit le burlesque au drame. Cela aurait tendance à déstabiliser. En fait, Arthur Penn se sert de ces deux atmosphères pour équilibrer son histoire. Le cinéaste évite ainsi à sa réalisation de se situer dans le tout pathétique. Et cet alliage fonctionne bigrement bien. Pas évident de retenir ses larmes devant le génocide des Cheyennes par la 7e cavalerie du général Custer sur le sol même d'une réserve indienne, spécialement offerte par le gouvernement américain en guise de paix. A contrario, difficile de ne pas s'esclaffer de rires pendant la période « Roi du revolver » et dans laquelle le jeune Jack Crabb, rebaptisé pour l'occasion Kid Limonade, se découvre un talent inné pour le tir et projette de devenir un tueur à gage. Le choix de Dustin Hoffman pour interpréter Jack Crabb - Little Big Man est impeccable. Son physique singulier colle à ce personnage hors norme qui n'a rien à voir avec les grandes carrures qui traversent habituellement les vastes plaines du Western. Un être hybride, sans véritable attache et capable du meilleur, mais souvent du pire ! Il n'est pas vraiment un modèle de courage. Il n'hésite pas à retourner sa veste pour survivre face à un destin qui le balade d'un monde à l'autre. Dustin Hoffman passe adroitement de l'adolescence à la vieillesse, de la clownerie à la tragédie. S'il joue ici son premier grand rôle, sa performance d'acteur tient en grande partie le film sur ses épaules et la vision du grand petit homme qu'il deviendra par la suite de sa carrière crève les yeux ! L'humour n'oublie pas de croquer tendrement la communauté indienne, Petit Cheval, ni-homme ni-femme, et Ours des Montagnes, malchanceux et ennemi juré de Little Big Man, étant au coeur de cette volonté de faire danser tout le monde autour de la cocasserie.

En tant que western de réhabilitation, Little Big Man n'a peut-être pas la popularité et la rigueur du Danse Avec les Loups de Kevin Costner, mais il y a quelque chose dans ce film que les autres réalisations de ce genre n'ont pas. Une humanité toute simple, avec des défauts qui sont des qualités. Une oeuvre cinématographique qui fait à la fois pleurer et rire, tout en déclenchant de la réflexion sur ce qui nous est essentiel ou pas dans une courte vie, c'est ce que j'appelle une vision qui convient à mon grand petit esprit.

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Manderlay

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1 commentaires

  • Anonyme

    01/04/2010 à 23h07

    Répondre

    Bravo pour votre analyse de ce film , little big man que j'avais vu au cinema dans les années 70 et que j'ai acheté à sa sortie sur dvd , maintenant copié sur .avi je regarde regulierement ce film . bravo encore pour votre sitechesneaux@msn.com 

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