7.5/10

Lions et agneaux

Trois histoires parallèles pour un sujet, sur lequel le discours tenu est bien plus subtil qu'on pourrait le croire.

Sous ses apparences de film "réalisé et interprété par Robert Redford", Lions et Agneaux est essentiellement une œuvre de scénariste. Matthew Michael Carnahan s'est surpris à zapper les documentaires consacrés à l'Irak à la télévision, et s'est demandé dans quel mesure les gens avaient pris l'habitude d'éluder la question de cette guerre. Et les conséquences de cet aveuglement...

Trois histoires parallèles.
Stephen Malley (Robert Redford), professeur de sciences politiques, convoque un de ses élèves (Andrew Garfield) qui a pris l'habitude de sécher ses cours.
Arian (Derek Luke) et Ernest (Michael Peña), deux anciens élèves de Malley, se sont engagés pour partir en Afghanistan. Ils se retrouvent coincés dans la neige à la suite d'une opération commando qui tourne mal.
Janine Roth (Meryl Streep) est reçue par le sénateur Jasper Irving (Tom Cruise) pour une interview d'une heure au cours de laquelle le discours républicain de l'un va se heurter à la sensibilité libérale de l'autre (républicain et libéral étant à prendre au sens américain du terme, le premier étant de droite et le deuxième de gauche - grosso modo).

Trois histoires, trois degrés différents pour l'approche d'une même thématique : quel est le niveau d'engagement que chacun exige de soi ? Le dialogue entre Redford et son élève relève de l'abstraction, celui de Tom Cruise et Meryl Streep aborde de front la gestion du conflit et celui des deux soldats montre la réalité du terrain. La grande qualité du film est de ne pas verser dans le discours partisan,
"I shall sign no treaty, senator!"
contrairement par exemple à ce que Michael Moore a pu faire avec Fahrenheit 9/11 ; s'il est évident que les sympathies du scénariste et du réalisateur sont du côté libéral, ils ne musellent pas pour autant les partisans de la guerre, et la confrontation entre la journaliste et le sénateur se révèle à ce titre la partie la plus passionnante du film. Argument contre argument, chacun doit reconnaître la part de mauvaise foi dont il a fait preuve par le passé, et s'interroger sur celle dont il fait encore preuve aujourd'hui, sans pour autant laisser à son "adversaire" la possibilité de percer ses défenses. Tom Cruise manie à merveille le sourire dents blanches et le côté Public Relations exacerbé, et parvient à se retenir d'en faire des caisses dans les moments de trouble (les yeux humides de Mission: impossible 3, Redford a dû lui dire qu'il ne fallait pas en abuser), face à une Meryl Streep toujours impeccable.

A ne pas confondre avec Bob Ford le lâche
A ne pas confondre avec Bob Ford le lâche
La partie consacrée au professeur et à l'élève est elle aussi captivante, bien que plus consensuelle et prévisible ; Robert Redford ne laisse pas deviner un seul instant ses 71 ans dans ce dialogue énergique, qui laisse voir au passage le gouffre qui existe entre la France et les USA en matière de rapports élèves-professeurs (essayez donc de parler aussi librement avec un prof français, vous allez vous faire recevoir).

Du coup, la partie située en Afghanistan a presque tendance à freiner le film, bien qu'il s'agisse des seules scènes de suspense et d'action proprement dites. Mais l'image sombre et enneigée, la situation angoissante mais statique donnent plutôt envie de retourner aux scènes de dialogue infiniment mieux maîtrisées.

En fin de compte, le message du film est simple et énoncé clairement : il est nécessaire de s'engager, de lutter pour ses convictions, pour pouvoir se dire qu'on a une place dans son environnement. Mais cet engagement n'est facile ni pour le jeune adulte qui préfère se voiler la face, ni pour la journaliste en fin de carrière qui se heurte à des années de compromissions. Ni pour le politicien qui s'oblige à faire abstraction de l'opinion publique et d'une partie de son humanité pour respecter la logique en marche.

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2 commentaires

  • Bzhnono

    07/11/2007 à 11h13

    Répondre

    Dans la critique de riff 


    scénariste. Matthew Michael Carnahan


     


    Y a-t-il un rapport avec un certain Joe Carnahan, réalisateur de son état?


     Pour revenir au film j'ai vu la bande annonce et ça m'a vraiment donné envie de voir le film. J'aime bien Redford réalisateur. De plus Tom Cruise, tous les 3 ou 4 ans, a un rôle vraiment marquant, le genre de tôle qui montre que M Cruise n'est pas que "un-scientologue-qui-aime-la-vie-et-fait-des-films-d-action (et saute sur les canapé de temps à autre), mais qu'il peut être vraiment bon acteur et mériter l'exhorbitance coutumière de ses cachets. C'était le cas de Magniolia et de La guerre des mondes (pas de M:I :1-2-3).


    Bref ça me tente bien.

  • riffhifi

    07/11/2007 à 12h01

    Répondre

    Rapport il y a : c'est son frère

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