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Lettres d'Iwo Jima

A la recherche de nouvelles expériences, Clint Eastwood avait décidé de raconter une même histoire de deux points de vue différents. Cette histoire, c'est celle de la bataille d'Iwo Jima qui se déroula de février à mars 1945. Après une première partie qui racontait cet événement selon les assaillants (Mémoires de nos pères) et la façon dont un acte, l'installation du drapeau américain au sommet du Mont Suribachi, allait servir l'effort de guerre ; voici maintenant la guerre du côté japonais dans Lettres d'Iwo Jima. La mission des Nippons est simple : repousser les yankees ou mourir. Pour une question d'honneur, aucun soldat ne doit survivre s'ils venaient à échouer.

Différent dans la forme et similaire sur le fond à Mémoires de nos pères, Lettres d'Iwo Jima vient rappeler une nouvelle fois l'horreur et la vacuité de la guerre. Quel que soit le côté, les soldats sont les mêmes. Ils ont les mêmes buts, les mêmes pensées, les mêmes motivations et les mêmes peurs. Tous n'aspirent qu'à retrouver un foyer auquel on les a enlevé. Alors pourquoi se battre ? Pour une nation qui les envoie mourir pour des raisons qui les dépassent ? Pour un gouvernement qui perd le contrôle de la situation mais ne peut fléchir ? Pour un capitaine au grand coeur et pour les compagnons d'armes qui ont déjà sacrifié leur vie ? Oui, c'est pour tout cela et c'est ce que veulent évoquer ces deux films. Traité avec humanité et simplicité, Lettres d'Iwo Jima démontre une nouvelle fois l'étendue du savoir faire de Clint Eastwood tant au niveau émotionnel qu'esthétique. D'un gris poussiéreux, l'image accentue le côté apocalyptique de cette île qui ne prend des couleurs qu'avec l'explosion de mortiers ou de l'utilisation de lance-flammes ravageurs. Au milieu d'une violence réciproque et de ce chaos, c'est le message de paix qui retient au final notre attention.

Certes, la guerre est moche des deux côtés et peut prendre un aspect ahurissant suivant la culture des combattants (la scène de la suicide à la grenade restera longtemps un moment fort du cinéma) mais cela reste la guerre. Au final, Lettres d'Iwo Jima n'apporte pas grand-chose de plus que Mémoires de nos pères. Les scènes de guerre sont sensiblement les mêmes et leur traitement ne diffère en rien. Seule changement notable, le film ne se consacre qu'à la défense de l'île hormis de courts passages où les héros se rappellent leur vie dans le civil. A ce titre, Mémoires de nos pères se révélait plus original et mieux rythmé grâce à la partie où les trois soldats sont de retour aux Etats-Unis. Lettres d'Iwo Jima prend parfois trop son temps, en particulier dans la première partie, et aurait pu sortir 6 mois après la première version. Il est donc sûrement plus préférable de voir ce film sans être passé par la case Mémoires de nos pères.

Il n'y a pas à dire, Clint Eastwood sait faire des films et raconter des histoires. Seulement, on commence à connaître la recette et sur ce coup, la sauce manque de surprises et de piquants. Il n'en reste pas moins un bon film mais pas assez original pour en faire un grand film.

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2 commentaires

  • ciel23

    28/02/2007 à 07h45

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    Le sujet me plaît ! j'espère le voir bientôt.
    Clint est vraiment un Grand réalisateur !

  • rotko

    19/03/2007 à 11h49

    Répondre

    ce film est conçu comme une tragedie, avec sa construction, ses personnages et les valeurs humaines qu'il defend.

    On reste donc dans la dignité et le respect de l'adversaire.

    Les Americains ne sont pas accablés alors que l'aveugle fanatisme des Japonais est bien montré - sauf chez le protagoniste principal qui a connu les USA et dopte en toute circonstance une belle attitude.

    D'ailleurs les Japonais rendent finalement justice aux Americains, ils en avaient, disent-ils une image fausse, à travers la propagande. L'hommage au courage des Japonais reste beaucoup plus discret.

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