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Let the Bullets Fly

Cannes 2011 : Marché du Film. Un western asiatique (un "eastern", donc) avec Chow Yun-Fat en despote et l'acteur-réalisateur Jiang Wen en bandit vengeur.


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Acteur depuis 25 ans, Jiang Wen est passé à la réalisation en 1998, et signe ici son quatrième long métrage (sans compter son segment du film collectif New York I love You). Après avoir reçu le Grand Prix du Jury en 2000 pour Les démons à ma porte, et avoir lui-même fait partie du jury de la compétition en 2003, il se retrouve cette année hors de toute sélection, simple électron libre baladé au Marché du Film de façon aussi confidentielle qu'un Ultraman Zéro ou un Little ghostly adventures of the Tofu Boy. Pourtant, son "eastern" n'a rien à envier au coréen Le bon, la brute et le cinglé, qui avait eu les honneurs de la sélection officielle il y a trois ans. Et Let the Bullets Fly, sorti en décembre dernier en Chine, y a déjà remporté un beau succès... reste à savoir s'il se trouvera un distributeur pour le montrer en France.

Au cours des années 1920, la Chine ressemblait apparemment au Far West des années 1880 : c'est donc avec le souci du folklore que 'Pocky' Zhang (Jiang Wen) attaque des trains en compagnie de sa horde de bandits, qui sont tous des fils adoptifs numérotés (rappelant en cela les enfants du détective Charlie Chan). Mais cette fois, il récolte pour tout butin une veuve (Carina Lau : 2046, Detective Dee et le mystère de la flamme fantôme) et un baratineur (Ge You : Adieu ma concubine, Vivre), qui l'incitent à prendre la place d'un défunt gouverneur pour extorquer de l'argent aux contribuables d'une ville voisine. Arrivé sur place, il a la désagréable surprise de comprendre que le véritable pouvoir est détenu par le dangereux Huang (Chow Yun-Fat, qu'on ne présente plus). Un bras-de-fer plein de malice et de cadavres se noue entre les deux hommes et leurs équipes...

A première vue, le film rappelle un certain nombre de codes westerniens, et présente des similitudes avec des personnages de fictions occidentaux : Chow Yun-Fat joue un despote muré dans une tour d'ivoire, dans la lignée du Gene Hackman de Mort ou vif ; Zhang est un bandit au grand coeur qui s'enferre
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dans une situation compliquée, de la même manière que Burt Lancaster dans Le corsaire rouge... Pourtant, aussi accessible que soit l'ensemble, avec ses fusillades et ses scènes de chevauchées, Let the Bullets fly présente un aspect humoristique typiquement chinois, du genre qui peut laisser à la rue une partie du public. Ceux qui ont vu la version longue de Shaolin Soccer savent que cet humour, qui aime à tutoyer le cartoonesque sans prévenir, se révèle parfois déconcertant, au risque de mettre en péril la compréhension ou le rythme du récit (voir ici la séquence interminable durant laquelle Zhang et ses hommes s'acharnent à tirer sur une porte). Heureusement, le film de Jiang Wen possède une trame suffisamment universelle pour rester passionnant : manipulations, traîtrises, affrontements... Les rebondissements s'essoufflent dans la deuxième partie, mais sur plus de deux heures, on passe le plus clair de son temps à s'amuser.

Extravagant et dynamique, généreux en humour noir, c'est un divertissement rondement mené que propose le réalisateur du Soleil se lève aussi. Connaîtra-t-il une exploitation chez nous, et se fera-t-elle au prix de quelques coupes ou libertés de traduction ?


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2 commentaires

  • Canette Ultra

    13/05/2011 à 08h06

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    ça donne envie de voir la film. Même la séquence de la porte qui se fait flinguer trèèèèèèèèèès longtemps pourrait me plaire. http://cinema.krinein.com/let-the-b ... 16013.html

  • nazonfly

    13/05/2011 à 08h48

    Répondre

    Quoi ? Il y a une version longue (ou courte ?) de Shaolin Soccer ?!

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