Les trois mousquetaires : toujours meilleurs en escrime qu'en maths

« Un pour tous, tous pour un ! » Grâce à trois romans (et non un), les trois mousquetaires (qui sont quatre) d'Alexandre Dumas ont fourni au cinéma et à la télévision de quoi offrir aux spectateurs des centaines d'heures de spectacle. Avec un bonheur inégal.

Alors qu'Hollywood annonce une nouvelle adaptation des Trois mousquetaires pour 2012 avec Orlando Bloom, Christoph Waltz et Milla Jovovich (réalisée en 3D par Paul W.S. Anderson, quelle idée !), passons à la loupe une filmographie d'une centaine d'années... A la base, on trouve un solide matériau fourni par Alexandre Dumas au XIXème siècle : trois pavés parus en l'espace de cinq ans, respectivement intitulés Les trois mousquetaires, Vingt ans après et Le vicomte de Bragelonne. Si le premier reste le plus célèbre et le plus fréquemment porté à l'écran, les deux autres contribuèrent également à populariser les figures de d'Artagnan, Athos, Porthos et Aramis, et à inspirer diverses incarnations cinématographiques du Masque de fer.

Les grosses productions

The Three Musketeers (1921)
The Three Musketeers (1921)
La première version mémorable des Trois mousquetaires date de 1921 : après avoir quasiment inventé le film d'aventures avec Le signe de Zorro l'an d'avant, la vedette Douglas Fairbanks se donne le rôle du fougueux d'Artagnan, et reprend les clés du succès en travaillant de nouveau avec le réalisateur Fred Niblo, qui a pour consigne essentielle de mettre en valeur ses cabrioles et son joyeux cabotinage. La filmographie de Fairbanks laissait présager cette adaptation : dans A Modern Musketeer (1917), il jouait déjà un jeune homme enthousiasmé par les héros de Dumas.
En 1929, l'acteur interprète de nouveau d'Artagnan dans Le masque de fer (The Iron Mask), qui sera son dernier grand succès et son dernier film muet (à l'exception d'une séquence parlante). On y retrouve plusieurs acteurs des Trois Mousquetaires de 1921, notamment Marguerite de la Motte en Constance Bonacieux, et Léon Bary en Athos.

En 1922, le Français Henri Diamant-Berger propose une adaptation de Vingt ans après décomposée en plusieurs épisodes. Curieusement, il tourne Les trois mousquetaires onze ans plus tard... avec les mêmes acteurs. On retrouve ainsi Henri Rollan en Athos, Pierre de Guingand en Aramis et Charles Martinelli en Porthos, onze ans plus vieux que dans Vingt ans après, alors qu'ils devraient être vingt ans plus jeunes... (vous suivez ?). Ce film en deux parties (plus de quatre heures en tout) est, soit dit en passant, la première adaptation entièrement parlante du roman.

The three musketeers (1948)
The Three Musketeers (1948)
En 1948, la main repasse aux Américains, avec la luxueuse version couleur (ultra-colorée, même) de George Sidney. Tout en carton-pâte et en incohérences hollywoodiennes (le panneau « Musketeer's Headquarters » à Paris, délire de décorateur), ces Trois mousquetaires bénéficient d'un casting bien glamour : Gene Kelly en d'Artagnan acrobatique et presque dansant, Van Heflin en Athos, Vincent Price en Cardinal Richelieu, Lana Turner en Milady de Winter et Angela Lansbury dans le rôle de la reine Anne donnent au spectacle sa personnalité.

Retour en France : c'est en 1953 qu'André Hunebelle tourne une adaptation écrite et dialoguée par Michel Audiard, avec Georges Marchal en d'Artagnan, Gino Cervi en Porthos, et surtout Bourvil dans le rôle du valet de d'Artagnan, Planchet ; ce dernier constitue l'argument de vente principal d'un film qui aurait été par ailleurs oubliable.

Le film en deux parties tourné par Bernard Borderie en 1961 a le mérite, par rapport à son prédécesseur, d'être suffisamment long pour faire justice à l'intrigue des Trois Mousquetaires : Les ferrets de la reine s'intéresse à la rencontre des 1961
1961
personnages et à leur première aventure, La vengeance de Milady développe les relations de la fameuse femme fatale avec Athos et d'Artagnan. La distribution rassemble Gérard Barray en d'Artagnan, Georges Descrières en Athos, Mylène Demongeot en Milady, Jean Carmet en Planchet et Guy Tréjean en Louis XIII.

Dès l'année suivante, un d'Artagnan vieillissant revient sur les écrans français sous les traits de Jean Marais : Le masque de fer réalisé par Henri Decoin est traité sur un mode léger, proche de la comédie et assez loin des écrits de Dumas ; on y croise un Jean Rochefort non moustachu qui en est encore à ses débuts.

C'est à nouveau sans ses trois amis que d'Artagnan revient en 1964, dans un crossover appelé Cyrano et d'Artagnan. Crossover ? Oui, mais signé Abel Gance ! Cyrano est joué par José Ferrer, et d'Artagnan par Jean-Pierre Cassel ; Philippe Noiret incarne Louis XIII (on retrouvera l'acteur dans les années 80 en Mazarin, et dans les années 90 en d'Artagnan !).

Après une dizaine d'années de versions mineures, Les trois mousquetaires reviennent enfin en 1973 dans un diptyque de haut vol. Pourtant, le projet s'annonçait biscornu : le réalisateur anglais Richard Lester, responsable de deux films à succès avec les Beatles dans les années 60 (Help! et A Hard Day's Night), est d'abord chargé de réunir le quatuor dans pour incarner d'Artagnan, Athos, Porthos et Aramis (ami lecteur, joue à répartir toi-même les rôles entre John Lennon, Ringo Starr, George Harrison et Paul McCartney). Heureusement, les The three musketeers (1973)
The Three Musketeers (1973)
producteurs se décident finalement à produire une adaptation "crédible" du roman d'Alexandre Dumas, en laissant simplement carte blanche à Lester pour y distiller une bonne dose d'humour. Le casting final est composé du jeune Michael York en Gascon impétueux, Oliver Reed en Athos décadent mais foncièrement noble, Richard Chamberlain en Aramis précieux et séduisant et Frank Finlay en Porthos braillard et dingo. Pour les personnages secondaires, le haut du panier a été convié : Faye Dunaway en Milady, Christopher Lee en fourbe Rochefort, Charlton Heston en cardinal Richelieu, Raquel Welch en Constance, le comique Spike Milligan en Bonacieux, Geraldine Chaplin en reine Anne et Jean-Pierre Cassel en Louis XIII ; on note également que Joss Ackland, qui incarnait d'Artagnan six ans plus tôt dans une série télé, joue ici son père. Tournée dans la foulée, la suite On l'appelait Milady s'avère aussi fraîche et audacieuse que la première partie, avec un soupçon de drame habilement distillé en sus.

Quinze ans plus tard, aucune vision n'étant venue supplanter celle de Richard Lester, le gaillard réunit le même casting pour Le retour des mousquetaires, dont le scénario suit plus ou moins l'intrigue de Vingt ans après. Kim Cattrall y joue la fille de Milady (dans le roman, il s'agit d'un fils !), sortant de l'ombre pour faire tourner en bourrique Raoul, le fils d'Athos. Philippe Noiret incarne le cardinal The three musketeers (1993)
The Three Musketeers (1993)
Mazarin (on vous l'avait bien dit), tandis que Jean-Pierre Cassel vient faire une apparition en Cyrano de Bergerac (juste retour des choses, puisqu'il jouait d'Artagnan dans Cyrano et d'Artagnan).

En 1993, les USA remettent la main sur le sujet, en offrant au réalisateur Stephen Herek un gros budget et un casting ‘cool' composé de Chris O'Donnell (d'Artagnan), Kiefer Sutherland (Athos), Charlie Sheen (Aramis), Oliver Platt (Porthos), Tim Curry (Richelieu), Rebecca de Mornay (Milady) Gabrielle Anwar (la Reine Anne) et Julie Delpy (Constance Bonacieux). Le tout est produit par Disney et soigneusement policé.

En 1994, Bertrand Tavernier s'éloigne de son registre habituel pour remplacer Riccardo Freda sur le tournage de La fille de d'Artagnan, une fantaisie ennuyeuse aux faux airs de téléfilm, avec Philippe Noiret en d'Artagnan et Sophie Marceau dans le rôle de sa fille. On y croise Jean-Luc Bideau, Raoul Billerey et Sami Frey The man in the Iron Mask (1998)
The Man in the Iron Mask (1998)
en Athos, Porthos et Aramis.

La balle aux USA pour L'homme au masque de fer en 1998 : Randall Wallace, ancien chef op de Stanley Kubrick, livre une adaptation du Vicomte de Bragelonne avec un casting d'enfer : Leonardo diCaprio en Louis XIV, Gérard Depardieu en Porthos, Gabriel Byrne en d'Artagnan, John Malkovich en Athos et Jeremy Irons en Aramis sont encadrés de Judith Godrèche, Anne Parillaud, Peter Sarsgaard et Hugh Laurie (vous prendrez bien un petit digestif avec ça ?).

En 2001, c'est le drame : d'Artagnan (The Musketeer), réalisé par Peter Hyams, The Musketeer (2001)
The Musketeer (2001)
met en scène le jeune Justin Chambers dans le rôle-titre, entouré de Mena Suvari en ‘Francesca' Bonacieux, Catherine Deneuve en reine, Jean-Pierre Castaldi en Planchet et Tim Roth dans le rôle d'un certain Fèbre ("l'homme en noir"). Les trois mousquetaires sont réduits à l'état de figurants tandis que d'Artagnan se bat à la façon de Jackie Chan contre les hommes du cardinal. Navrant. En tout cas, plus aucune grosse sortie n'a suivi jusqu'à présent ; le film de Paul W.S. Anderson rendra-t-il ses lettres de noblesse au mythe ?...

Les oubliés

Avec un peu d'imagination, on trouve la première version filmée dès 1898, sous la forme d'un très court métrage appelé Fencing contest from the Three Musketeers. Mais la première adaptation revendiquée est italienne (I tre moschettieri) et date de 1909, suivie en 1911 d'un essai américain en deux parties, puis en 1912 du 1939
1939
premier film français consacré aux Trois Mousquetaires. Suivront à nouveau deux moyens métrages américains (1914, 1916) et un italien (1918) avant que Douglas Fairbanks ne sorte la version muette qui fait désormais autorité en la matière. En 1923, l'Allemagne sort une adaptation du Vicomte de Bragelonne appelée Der Mann mit der eisernen Maske ; encore une fois, c'est la version jouée par Fairbanks quelques années plus tard qui marquera les esprits.

Les années 30 sont émaillées de quelques séries B américaines consacrées aux trois mousquetaires : Rowland V. Lee en réalise une version en 1935, Allan Dwan une musicale en 1939, avec Don Ameche en d'Artagnan et Lionel Atwill en Rochefort, tandis que James Whale, réalisateur de Frankenstein et La fiancée de Frankenstein, tourne The Man in the Iron Mask en 1939 avec Louis Hayward.

Dans les années 40, c'est l'Amérique du sud qui manifeste de l'intérêt pour le sujet : un film mexicain et un argentin sortent respectivement en 1943 et 1945, sous le même titre hispanique Los tres mosqueteros.

Les années 50 sont en grande partie italiennes pour les personnages de Dumas : Milady et les trois mousquetaires en 1952 (Il boia di lilla), Il visconte di Bragelonne 1939
1939
en 1954 (avec Georges Marchal dans le rôle-titre de Raoul, un an après avoir joué d'Artagnan pour André Hunebelle), Le masque de fer la même année (Il prigioniero del re), et cinq films reprenant un même casting mené par Jeffrey Stone en d'Artagnan : I cavallieri de la regina (1954), Le avventure dei tre moschettieri (1957), La spada imbattibile (1957), Le imprese di una spada leggendaria (1958) et Mantelli e spade insanguinate (1959).

Les autres pays n'oublient pas pour autant de participer à la fête, puisque l'Angleterre produit une mini-série télévisée de six épisodes en 1954, le Brésil deux autres courtes séries appelées Os três Mosqueteiros (1957) et Máscara de Ferro (1958), le Mexique un film titré Cuatro contra el imperio (1957), et la France un téléfilm réalisé en 1959 par Claude Barma avec dans le rôle de d'Artagnan... un Jean-Paul Belmondo débutant, qui n'a pas encore joué dans A bout de souffle.

En 1960, Vincent Price reprend le rôle de Richelieu douze ans après le film de George Sidney : cette fois, c'est pour un simple téléfilm avec une poignée d'inconnus. La même année, les Philippines produisent la comédie Tres mosqueteros, qui ne dépasse pas plus les frontières que les autres productions d'Amérique latine. En 1962 et 1963, l'Italie commet coup sur coup Le secret de d'Artagnan (Il colpo segreto di d'Artagnan) et D'Artagnan contro i tre moschettieri ; le premier imagine que Porthos et d'Artagnan complotent pour renverser Louis XIII, The Man in the Iron Mask (1977)
The Man in the Iron Mask (1977)
et le second oppose le plus jeune membre de la troupe à ses trois amis. De 1966 à 1967, la BBC propose deux mini-séries : The Three Musketeers et The Further Adventures of the Musketeers ; Brian Blessed joue Porthos dans les deux, et la première permet de voir Jeremy Brett (qui sera connu vingt ans plus tard pour être l'interprète "ultime" de Sherlock Holmes) en d'Artagnan. La télévision poursuit son exploration du thème : le belge De drie Musketiers et la mini-série The Man in the Iron Mask en 1968, le canadien The Three Musketeers et le français d'Artagnan en 1969 ; ce dernier est signé Claude Barma (voir plus haut) et met en scène le comédie Dominique Paturel, habituellement cantonné au doublage. Puis vient un téléfilm espagnol en 1971 (Los tres mosqueteros), téléfilm espagnol, avant que le petit écran ne déserte les personnages de Dumas durant quelques années. En 1977, le téléfilm de Mike Newell L'homme au masque de fer vient remettre un peu de cire sur le blason : le casting réunit Richard Chamberlain (troquant provisoirement la défroque d'Aramis pour le double rôle de Louis XIV et de Philippe), Louis Jourdan, Ian Holm et Patrick McGoohan. De quoi éclipser largement la mini-série française d'Artagnan amoureux, produite la même année avec Henri Virlojeux en Richelieu.

D'Artanyan i tri mushketyora (1978)
D'Artanyan i tri mushketyora (1978)
En 1978, le téléfilm russe D'Artanyan i tri mushketyora connaît un beau succès national, qui lui permet de connaître une stupéfiante descendance : le casting sera réuni en 1992 pour Mushketyory 20 let spustya (adaptation de Vingt ans après), en 1993 pour Tayna korolevy Anny ili mushketyory 30 let spustya (adaptation du Vicomte de Bragelonne), et en 2009 pour Vozvrashchenie mushketyorov, ili Sokrovishcha kardinala Mazarini, une extrapolation des aventures des mousquetaires, qui porte à 31 ans la longévité des comédiens dans les rôles d'Athos, Porthos, Aramis et d'Artagnan. Un record qui n'est égalé que de justesse par Michael York, qui a lui aussi incarné d'Artagnan à quatre reprises en 31 ans.

Sous le titre Le cinquième mousquetaire (The Fifth Musketeer, 1979), on trouve en réalité une adaptation approximative du Vicomte de Bragelonne, avec une distribution séduisante regroupant Beau Bridges, son père Lloyd Bridges, l'interprète d'Emmanuelle Sylvia Kristel et la Bond girl Ursula Andress.

1979
1979
En 1991, Christophe Malavoy tient le rôle-titre du téléfilm d'Artagnan, vite oublié ; en 1998, une version de Man in the Iron Mask est produite en parallèle du film avec diCaprio, option cheap et resté inédit en France ; et en 1999, un nouveau téléfilm américain simplement appelé Three Musketeers passe lui aussi inaperçu. Lorsque la France se pique d'adapter à nouveau le premier roman en 2005 (en même temps que le Danemark sous le titre De tre musketerer), c'est pour rassembler Vincent Elbaz en d'Artagnan, Tchéky Karyo en Richelieu et Emmanuelle Béart en Milady ; le tout s'appelle d'Artagnan et les 3 mousquetaires, pour rappeler au public imbécile que les trois mousquetaires étaient bien quatre.

Les animés

Ayant acquis au fil du temps le statut de classique "pour la jeunesse" (bien que désormais les collégiens rechignent à l'étudier en décrétant qu'il ne s'y passe rien - !), Les trois mousquetaires a connu de multiples adaptations en dessins animés, reprenant directement l'histoire d'origine ou y ajoutant un zeste de distanciation humoristique. On notera que ni Vingt ans après ni Le vicomte de Bragelonne n'ont inspiré les animateurs à ce jour ; il faut croire que les personnages vieillissants n'ont pas vocation à exister sous ce format.

Les trois mousquetaires (1981)
D'Ar­ta­can y los tres mos­que­per­ros (1981)
Si le premier dessin animé date de 1936 et nous vient d'Italie (I quattro moschettieri), c'est celui que produisent Hannah et Barbera en 1968 pour la télévision qui marque durablement les jeunes spectateurs américains ; ils furent compilés en 1973 en un long-métrage. En 1974, surfant sans doute sur le succès des films de Richard Lester, sort un opus français doublé par Francis Perrin et Michel Duchaussoy, diffusé indifféremment en tant que Les trois mousquetaires ou D'Artagnan l'intrépide. La première série à connaître un succès international est celle de 1981 (D'Artacan y los tres mosqueperros), coproduction Espagne / Japon / UK où les personnages sont incarnés par des chiens. Les années 80 sont décidément clémentes pour les mousquetaires animés, puisqu'après une version destinée à la télévision australienne en 1986, le Japon sort une nouvelle série de qualité appelée Sous le signe des mousquetaires (Anime san juchi, 1987-1989).

En 1990, une suite de la série canine est tournée sous le titre El retorno de d'Artacan (en français, pour sa diffusion tardive de 1997 : Au service de sa majesté), mais connaît un succès moindre que son aînée. En 1993, un nouveau Albert le cinquième mousquetaire (1993)
Albert le cinquième mousquetaire (1993)
dessin animé américano-japonais est produit pour le marché de la vidéo ; la même année, la série française Albert le cinquième mousquetaire voit le jour : les héros n'étaient donc pas quatre, mais cinq ! Ce membre inconnu s'appellerait Albert de Parmagnan, et serait le plus débrouillard du lot...

Depuis le début des années 90, les trois tentatives d'animation observées sont une version Disney en 2004 (avec Mickey, Donald et Dingo), un film letton produit en 2006, et le surprenant Barbie et les trois mousquetaires édité en 2009 (version féminine où Barbie tient la place de d'Artagnan auprès de trois copines adeptes de la rapière).

Les parodies et autres détournements

Trouver des mousquetaires dans un titre n'indique pas forcément une adaptation d'Alexandre Dumas, même s'ils sont trois. Il peut s'agir d'extrapolations hautement fantaisistes, de pastiches, voire même... de films mettant en scène d'autres L'étroit mousquetaire (1922)
L'étroit mousquetaire (1922)
mousquetaires !

Dès 1903, on trouve un de ces faux amis dans la filmographie de Georges Méliès : Les mousquetaires de la reine ne sont pas spécialement ceux de Dumas. En revanche, L'étroit mousquetaire tourné par Max Linder en 1922 est bien une parodie du roman. Exemple flagrant de titre mensonger, The Three Musketeers avec John Wayne (1933) raconte l'histoires de légionnaires en plein désert... L'année suivante, Les quatre mousquetaires est une comédie belge en bonne et due forme.

L'Amérique se paie la fiole des héros à deux reprises dans les années 50 : d'abord avec la comédie musicale brésilienne Todos por um (1950), puis avec la comédie mexicaine Les trois mousquetaires et demi (Los tres mosqueteros y medio, 1957). Plus intéressant, Les fils des mousquetaires (At sword's point, 1952) est un gentil nanar qui fait fi de Vingt ans après pour inventer un enfant à chacun des At Sword's Point (1952)
At Sword's Point (1952)
personnages ; on y trouve Maureen O'Hara dans le rôle de la fille d'Athos.

La même année 1963, l'Italie nous gratifie simultanément de la comédie Le quatrième mousquetaire (I quattro moschettieri) avec Georges Rivière, et du crossover nanardesque improbable Zorro et les trois mousquetaires (Zorro e i tre moschettieri) avec Gordon Scott en justicier masqué.

Les années 70 commencent en fanfare pour les compères, grâce à la version coquine germanique Les exploits amoureux des trois mousquetaires (Die Sexabenteuer der drei Musketiere, 1971), seule exploitation érotique connue du sujet ; on attend encore celui qui osera une version marine appelée Les trois mousses queutards. En 1973, Li chiamavano i tre moschettieri... invece erano quattro est une version italienne façon western spaghetti, dont le titre interminable se traduit littéralement par On les appelle les trois mousquetaires... mais ils sont quatre. En revanche, le film parfois connu sous le titre The Three Musketeers of the West (1973 aussi) est bel et bien un western spaghetti fourre-tout, appelé en réalité Tutti per uno... botte per tutti et distribué en France sous le titre Les rangers défient les karatékas (ça ne s'invente pas).

Zorro e i tre moschettieri (1963)
Zorro e i tre moschettieri (1963)
En 1974, vingt ans après son adaptation sérieuse du bouquin, André Hunebelle est recruté par les Charlots pour réaliser deux comédies bas du front où les comiques jouent les valets des mousquetaires : Les quatre Charlots mousquetaires, où l'on croise également Paul Préboist et Bernard Menez, et Les Charlots en folie : à nous quatre, Cardinal. Dans cette lignée franchouillarde de haut vol, Francis Perrin tient la vedette du téléfilm comique L'escrime ne paie pas en 1979.

Les années 80 ne laissent passer qu'une seule comédie sur les mousquetaires, l'espagnole La loca historia de los tres mosqueteros (1983), et il faut attendre le début des années 90 pour voir déferler la folie. Jugez plutôt : après The three Muscatels, une comédie avec Richard Pryor, et I tre moschettieri, une version télé comique italienne, toutes deux en 1991, on bouffe en 1992 le téléfilm Les nouveaux mousquetaires (Ring of the Musketeers), une version modernisée mettant en scène les descendants des héros, avec David Hasselhoff en John Smith d'Artagnan, entouré de Ann Marie Athos, Peter Porthos et Burt Aramis. Entre-temps, le Zorro incarné par Duncan Regehr dans une série télé a rencontré les arrières-petits-enfants de Porthos, Athos et d'Artagnan dans l'épisode One for All (et a vécu avec eux une aventure rocambolesque réglementaire).

1971
1971
Deux autres modernisations suivent : dans le thriller d'action Musketeers forever (Mousquetaires pour toujours, 1998) avec Michael Dudikoff en "d'Artagnan", le rapport avec le roman de Dumas est apparemment lointain ; quant au téléfilm MK3 (2000), on en sait peu de choses sorti de son budget dérisoire et de sa faible diffusion. La même année, on croise un d'Artagnan et un Porthos dans un épisode de la série The secret adventures of Jules Verne.

En 2001, le film La jeunesse des trois mousquetaires (Young Blades) présente une bande de jeunes gueules vite oubliées ; il faut croire que les producteurs tenaient au concept, puisqu'une série voit le jour en 2005, dans laquelle on trouve notamment Michael Ironside en Mazarin (oui, pour une obscure raison, l'action est située sous Louis XIV et non sous Louis XIII). En 2002, c'est dans Blanche de Bernie Bonvoisin que l'on trouve d'Artagnan (Gérard Depardieu) et ses trois potes, avant que la télévision flamande n'offre une version musicale de leurs aventures l'an suivant (3 musketiers - De musical).

En 2004, le téléfilm en deux parties La femme mousquetaire (La Femme Musketeer) possède une histoire inédite et capillotractée, mais un casting 2004
La Femme Musketeer (2004)
intéressant : Depardieu en Mazarin (après avoir été Porthos en 1998 et d'Artagnan en 2002), Susie Amy en Valentine d'Artagnan, Nastassja Kinski en ‘Lady Bolton', John Rhys-Davies en Porthos et surtout Michael York de nouveau en d'Artagnan. On note que l'acteur, qui clôt ainsi 31 ans dans la peau du personnage, est ici le plus vieux des quatre comédiens incarnant les mousquetaires (un comble). La même année, outre un épisode de Louis la Brocante appelé Les deux mousquetaires dans lequel Victor Lanoux rencontre un dénommé d'Artagnan et un Portos, la France se fend d'un téléfilm appelé Milady réalisé par l'inévitable stakhanoviste Josée Dayan, avec Florent Pagny en d'Artagnan (encore une fois, le plus vieux des quatre acteurs jouant les mousquetaires), Arielle Dombasle en Milady, Martin Lamotte en Richelieu, Julie Depardieu en Constance, Guillaume Depardieu en Athos et Asia Argento en ‘Sally la chèvre'. Un casting de fou pour clore ce dossier.


Médailles d'honneur :

  • Mikhail Boyarsky, Venyamin Smekhov, Valentin Smirnitsky et Igor Starykgin pour avoir joué respectivement d'Artagnan, Athos, Porthos et Aramis quatre fois sur une période de 31 ans
  • Michael York pour avoir joué d'Artagnan quatre fois en 31 ans
  • Richard Chamberlain pour avoir joué Aramis trois fois, le double rôle de Philippe et Louis XIV en 1977 et le comte de Monte Cristo en 1975
  • Gérard Depardieu pour avoir joué Porthos, le comte de Monte Cristo, d'Artagnan, Mazarin et Alexandre Dumas lui-même entre 1998 et 2010
  • Philippe Noiret pour avoir été successivement Louis XIII, Mazarin et d'Artagnan, de 1964 à 1994

Présence des mousquetaires à l'écran
Présence des mousquetaires à l'écran

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6 commentaires

  • Anonyme

    31/07/2010 à 22h01

    Répondre

    Les versions de Richard Lester, pour l'excellente adaptation et surtout les acteurs, Oliver Reed étant un Athos plus vrai que nature. En d'Artagnan vieillisant, je préfère Noiret à York. Un peu sévère la critique à propos de La Fille de D'Artagnan. Certains dialogues y sont directement tirés des livres!

  • Anonyme

    04/08/2010 à 16h28

    Répondre

    tres bonne chronologie

  • riffhifi

    16/05/2011 à 00h55

    Répondre

    La version "Asylum" est prévue pour octobre. Je vous donne le pitch savoureux de cette version modernisée : "Alexandra d'Artagnan, officier junior de la NSA, a vent d'un complot pour assassiner le Président des Etats-Unis, et enrôle trois dangereux espions internationaux pour déjouer la menace." L'affiche montre des avions, des gros flingues et des super-nanas.http://cinema.krinein.com/les-trois ... -9973.html

  • nazonfly

    16/05/2011 à 07h52

    Répondre

    Au vu d'un tel pitch, je dirais que ça va faire 4-5M d'entrées en France.

  • naweug

    16/05/2011 à 09h43

    Répondre

    Gamine, j'étais fan de la version animée espagnole. Sympa cet article, il y a eu de bonnes bouses quand même de faites..

  • Anonyme

    24/03/2015 à 19h55

    Répondre

    les trois mousquetaires et demi (version mexicaine) m'avait plu par le nombre d'anachronismes volontaires

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