Les sept mercenaires : du Japon à l’espace

La sortie récente des 7 mercenaires en Blu-ray est une bonne occasion de recenser les diverses déclinaisons du concept... qui sont plus nombreuses que ce que l'on pourrait penser !

Incontestablement, le chiffre 7 est chargé d'un pouvoir sacré qui en fait le protagoniste de moult histoires mythiques : Blanche-neige et les 7 nains, Seven, Le septième sceau, Sept ans au Tibet, Le septième voyage de Sinbad, La légende des 7 vampires d'or, 7 à la maison... En 1954, Akira Kurosawa donna l'impulsion d'une saga destinée à traverser les âges, les genres et les frontières, avec un film d'aventures de 3 heures appelé Shichinin no samurai. Sorti chez nous sous la traduction littérale Les sept samouraï, il raconte comment, suite aux déboires d'un
village médiéval japonais pillé par un brigand et ses troupes, sept samouraïs sont engagés pour défendre les récoltes à grands coups de katana. Le concept est ludique, et la structure du récit impeccable : exposition, recrutement des membres de l'équipe (à commencer par le chef Shimada, incarné par un Takashi Shimura qui s'illustre la même année dans le premier Godzilla), formation des villageois appelés à se battre aux côtés des samouraïs, et enfin confrontation finale avec les bad guys. Outre Shimura, la figure dominante du film est Toshiro Mifune, dans le rôle d'un samouraï autodidacte excité qui vole la vedette à ses cinq comparses plus zen. Le film est un festin royal, et restera le plus gros succès populaire de son réalisateur, de même que le titre le plus connu de sa filmographie ; à la fois récit d'aventures et fable sur la valeur des hommes (les paysans persécutés ont autant de mérite que les guerriers), Les sept samouraï s'impose rapidement comme un classique, et attire l'œil d'un Hollywood déjà prompt à pratiquer le remake.

En 1960, à peine quatre ans après la sortie du film de Kurosawa sur le sol américain, les spectateurs voient débarquer la version western : Les sept mercenaires (The Magnificent Seven) est réalisé par John Sturges (Règlement de comptes à OK Corral, Le dernier train de Gun Hill), et raconte comment, suite aux déboires d'un village de paysans américains pillé par le brigand Calvera (Eli Wallach) et ses troupes, sept mercenaires sont engagés pour défendre les récoltes à grands coups de colts. Le film fait partie de ces rares remakes qui non
seulement tiennent la comparaison avec leur modèle, mais leur disputent même le statut de l'œuvre la plus culte... Autour de Yul Brynner incarnant le leader Chris Larabee (l'équivalent de Shimada dans l'original), on trouve Steve McQueen, Charles Bronson, James Coburn, Robert Vaughn, Horst Buchholz et Brad Dexter. Bien qu'ils aient déjà tâté du western télévisé précédemment, c'est à ce film que Wallach, Bronson et Coburn doivent leur renommée, que Sergio Leone se chargera de cristalliser par la suite (respectivement dans Le bon la brute le truand, Il était une fois dans l'ouest et Il était une fois la révolution) ; on remarque également que John Sturges réunira trois de ses mercenaires dans La grande évasion en 1963 : McQueen, Bronson et Coburn. Mais la réussite ne tient pas seulement à ses interprètes, qui campent chacun un cow-boy à la personnalité efficacement brossée (le lanceur de couteau, le jeune impétueux, etc.) : la musique solaire d'Elmer Bernstein et la réalisation rigoureuse de Sturges forment un écrin de choix pour le scénario, qui colporte finalement les mêmes thèmes que Les sept samouraï (le courage des paysans, la solitude des mercenaires, tout ça).


Il faut attendre six ans pour qu'une suite des 7 mercenaires se concrétise. Titrée Le retour des sept (Return of the Seven), celle-ci est réalisée par le faiseur Burt Kennedy, et surtout scénarisée par le jeune Larry Cohen (qui sera l'an d'après le créateur de la série télé Les envahisseurs, puis le réalisateur de perles horrifico-nanardesques comme The Stuff et L'ambulance). Yul Brynner est le seul membre du casting à reprendre son rôle ; les personnages de Vin et Chico reviennent aussi, mais Robert Fuller succède à Steve McQueen, et Julian Mateos à Horst Buchholz. L'ensemble est un recopiage plutôt servile du premier film, sans grande valeur ajoutée en-dehors de la personnalité de certains mercenaires (Colbee le séducteur est particulièrement sympathique), mais constitue un agréable remplissage de dimanche après-midi.

Dès 1965, un péplum nommé Les 7 gladiateurs rebelles (Sette contro tutti)
reprenait vaguement le concept à son compte, sous la direction d'un certain Michele Lupo qui signera par la suite des chefs-d'œuvre comme Shérif et les extra-terrestres avec Bud Spencer...

En 1966, l'Italie repompe le titre de façon plus directe pour un autre de ses nanars : Sette magnifiche pistole (Seven Magnificent Guns en anglais, 7 colts du tonnerre en français) met en scène Sean Flynn, le fils d'Errol habitué aux kitscheries, dans le rôle d'un jeune homme appelé Timothy. Menacé par un bandit qui veut lui barboter la mine qu'il a hérité de son père, il fait appel à six pistoleros qui lui apprennent à se battre et à boire.

En 1969, la deuxième suite officielle est appelée Les colts des sept mercenaires (Guns of the Magnificent Seven), et voit le rôle de Chris passer à George Kennedy, entouré d'un solide casting : Fernando Rey (déjà présent dans le film précédent, dans un autre rôle), Bernie Casey, Joe don Baker, James Whitmore,
Frank Silvera, Reni Santoni et Monte Markham sont des gueules reconnaissables du cinéma de genre. Le nouveau Chris s'éloigne un peu de la version Yul Brynner, et préfigure surtout le Hannibal de L'agence tous risques : cheveux argentés sur le crâne et cigare au bec, il aime fomenter des plans en espérant qu'ils se déroulent sans accroc... On note le côté particulièrement pittoresque de son équipe, à la fois multiethnique (un Mexicain, un noir) et cumulant les handicapés (un vieux, un manchot, un tuberculeux). Solidement menée et bénéficiant d'une photographie très esthétique, cette suite est de loin la meilleure des trois.

En 1972, La chevauchée des sept mercenaires (The Magnificent Seven ride!) clôt piteusement la saga qui n'en est plus une depuis longtemps. Echange de bons procédés : pendant que Lee Van Cleef reprend le rôle créé par Yul Brynner, ce dernier reprend celui de Van Cleef dans Adios Sabata. Comme pour les trois premiers films, la musique est signée Elmer Bernstein, mais on note que pas un seul scénariste ou réalisateur n'aura travaillé sur deux films de la série, et seul Yul Brynner est apparu à deux reprises dans le même rôle. C'est dire l'importance du
thème musical de Bernstein, suffisamment puissant pour lier entre eux des films qui n'ont pas de raison de se ressembler. Le Chris de Lee Van Cleef n'a rien de commun avec les précédents : devenu shérif, moustachu et fumeur de pipe, il agit comme une baltringue avant de devenir revanchard et mesquin, pour finalement aller chercher en taule ses anciens compagnons, qu'il a lui-même arrêtés plusieurs années auparavant. La caractérisation des personnages est survolée (cinq des sept protagonistes sont présentés en même temps, à la moitié du film), et les scènes d'action ne s'élèvent pas au-dessus de la simple accumulation de décibels. Pour couronner le tout, le format 1:85 donne au film un petit air de produit télévisé, à côté du 2:35 flamboyant de ses aînés. La même année, Lee Van Cleef partage l'affiche du western Bad Man's River avec James Mason et Gina Lollobrigida ; rien d'étonnant à ce qu'il soit rebaptisé en France Les 4 mercenaires d'El Paso...

L'année suivante, le film de science-fiction Mondwest (Westworld), écrit et réalisé par Michael Crichton, met en scène un robot cow-boy incarné par Yul Brynner qui, tout de noir vêtu, autoparodie sans vergogne son personnage de Chris. Les années ont passé, comme en témoigne la brioche de l'acteur, qui reprendra
brièvement ce rôle dans la suite Futureworld. En 1980, c'est de nouveau du côté de la SF qu'il faut chercher la succession : Les mercenaires de l'espace (Battle Beyond the Stars) est un space opera bricolo produit par Roger Corman, reprenant en version "rayons laser et aliens farfelus" la trame des Sept samouraïs / mercenaires. Caution du projet : la présence de Robert Vaughn, qui jouait Lee vingt ans plus tôt aux côtés de Yul, Steve et les autres.

Trois ans plus tard, une nouvelle déclinaison de l'histoire fait un passage sur les écrans : Les sept gladiateurs (I sette magnifici gladiatori / The Seven Magnificent Gladiators) est encore une version péplum italienne, plus proche des 7 mercenaires que celle des années 60, avec un Lou Ferrigno musculeux que l'on est plus habitué à voir dans le rôle peinturluré de l'incroyable Hulk. La chose est cosignée par les bisseux Claudio Fragasso et Bruno Mattei, et l'on y croise la décorative Sybil Danning... qui jouait également dans Les mercenaires de l'espace.

En 1997, l'inévitable détournement porno montre le bout de son... nez : Rocco et les sex mercenaires (Rocco e i magnifici 7), superproduction de Joe d'Amato en deux parties (!), met en scène la vedette Rocco Siffredi et son gros colt, qui chevauchent en compagnie de leurs ami(e)s. Enfin vous voyez le topo, quoi.

Après ces digressions diverses, le Far-West fait son retour en 1998, avec une série TV de deux saisons sobrement appelée Les sept mercenaires. Michael Biehn
y reprend le rôle de Chris Larabee, Eric Close celui de Vin Tanner (il sera plus connu par la suite pour son personnage dans FBI portés disparus), et cinq larrons bien sentis complètent l'équipe : Anthony Starke, Rick Worthy, Dale Midkiff, Andrew Kavovit et surtout l'imposant Ron Perlman en ex-baroudeur touché par la foi. Robert Vaughn, indispensable à la crédibilité du projet, joue le rôle récurrent du juge Oren Travis. Laurie Holden, quant à elle, procure une touche féminine aux deux saisons très agréables de cette série plutôt bien écrite. Tout juste déplore-t-on le caractère trop sédentaire des "mercenaires", qui affichent par ailleurs un taux de mortalité bien plus bas que celui de leurs prédécesseurs.


En 2004, retour aux sources : la série d'animation japonaise Samurai 7, produite par le studio Gonzo, reprend la trame du film d'Akira Kurosawa en l'étalant sur 26 épisodes. L'idée de remettre les samouraïs à l'honneur semble avoir fait son chemin, puisqu'un remake littéral du film de 1954 est prévu pour l'an prochain... Entre-temps, on a le temps de voir sortir sur les écrans le film britannique The Magnificent Eleven, réalisé par Irvine Welsh, l'auteur du livre Trainspotting ; comme le titre l'indique, l'intrigue est détournée au profit d'une équipe de football... Mais Robert Vaughn, une fois de plus, figure au casting pour marquer son approbation !


Investissant successivement le film de samouraïs, le western, la science-fiction, le péplum, le porno et le film sportif, le concept d'une équipe de sauveurs hétéroclites réunies sous un commandement charismatique pour une juste cause trouve une résonnance dans toutes les époques et chez tous les publics... On pourrait également citer le film de guerre, qui a fourni sa propre déclinaison chiffrée avec la saga des Douze salopards, mais le film de commando pourrait faire l'objet de son propre dossier... qui aboutirait au récent Expendables, où l'on trouve une équipe constituée de sept mercenaires !


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