6.5/10

Lady Blood

Quinze ans plus tard, Baby Blood revient ! Si ! Ce Lady Blood s'avère une suite directe où Emmanuelle Escourrou reprend du service.

Les plus âgés de nos lecteurs s'en souviennent peut être : en 1990 sortait un petit truc dégueulasse du nom de Baby Blood. Brinquebalant, fauché, parfois limite amateur... mais c'était un des premiers films gore français, ma bonne dame ! Outre une scène culte voyant le fameux bébé sortir littéralement du ventre de sa môman (Benoît Lestang au ketchup, RIP), on y voyait Alain Chabat se faire égorger avec  force grimaces et Jacques Audiard se prendre un cric dans la tronche. Tout le monde s'accordera à dire qu'un tel film ne peut être mauvais, pourtant, malgré un prix spécial du jury à Avoriaz, le réalisateur Alain Robak n'a semble-t-il rien fait de semblable par la suite et son Baby Blood fut condamné à rester comme un coup de machette dans l'eau. Quinze ans plus tard, l'eau suscitée et l'hémoglobine ont bien coulé sous les ponts, et voici qu'un certain Jean-Marc Vincent (Noël et les Garçons) livre sans crier gare une "libre inspiration de Baby Blood", ce Lady Blood donc, mis en chantier deux ans plus tôt et qui en fait de libre inspiration s'avère être une suite directe où Emmanuelle Escourrou reprend du service.

Disons-le d'emblée, il est plus que conseillé de réviser son petit Baby Blood illustré avant de se risquer en salle. Le contexte est planté vite fait, les personnages survivants de Baby Blood balancés telle une pâture à l'écran et en avant la musique ! Pas de flashbacks confortables ou de sage résumé : le temps c'est de l'argent et Jean-Marc Vincent n'a eu visiblement ni l'un ni l'autre. Une contrainte qui achève de relier Lady Blood à son ancêtre, auquel Jean-Marc Vincent montre une belle déférence. Nous retrouvons dans Lady Blood cette ambiance "autre" qui caractérisait le film d'Alain Robak, quelque part entre Lynch et Henenlotter, et ce côté film de potes glauque donnant aux deux oeuvres leur cachet délicieusement bizarre.

Reste qu'à la différence de Robak, Jean-Marc Vincent s'emmêle les pieds dans son propre film, qui est un bazar sans nom. Déjà rendu un tantinet nébuleux par quelques expérimentations colorées, Lady Blood voit en outre s'entrechoquer trois intrigues distinctes, chacune apportant dans son sillage deux ou trois personnages importants, tout ceci en moins d'une heure et demi. L'effort est louable, mais le réalisateur ne sachant finalement plus quelle histoire raconter, Lady Blood devient une sorte de patchwork sans queue ni tête, rattachant les wagons tant bien que mal au train d'un improbable polar virant au surréalisme et au gore sale.

Souvent nerveux, sombre et convainquant lorsqu'il s'agit de mettre les pieds dans le sang, Lady Blood reste finalement un film attachant, qui après un excellent premier quart dans la droite lignée de Baby Blood, réussit à suivre sa propre voie avec plus ou moins d'adresse. Si Lady Blood perd pied à se compliquer inutilement, il reste, plus qu'une belle suite, un joli hommage à un classique, pas plus prétentieux que ne l'était le film de Robak et s'adressant finalement et avant tout à ses spectateurs de la première heure.

Baby Blood était l'enfant -terrible- d'une époque, sorte de carambolage entre les premiers excès de Peter Jackson et la popularisation de l'humour Canal+. Surtout, il a été un des rares films à prouver qu'un cinéma qui saigne peut exister dans l'hexagone. Ce cinéma, que l'on dirait sans cesse en crise, est aujourd'hui représenté par des réalisateurs nommés Aja, Laugier ou Gens. Biberonnés à Sam Raimi ou à Argento, ce sont aussi, quelque part, des enfants de Baby Blood. Jean-Marc Vincent, qui a n'en point douter en est un autre, nous en fait la piqûre de rappel en invitant gentiment Xavier Gens à se faire couper les doigts dans son film.

Les plus âgés de nos lecteurs s'en souviendront peut-être : en 2009 sortait un petit truc dégueulasse du nom de Lady Blood...

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2 commentaires

  • Anonyme

    21/08/2009 à 11h17

    Répondre

    Il y a un truc que j'ai du mal à comprendre, l'autre jour tu faisais une analyse des aspirations artistiques de Sam Raimi, en clamant haut et fort que ce mec n'aime pas l'horreur (je suis d'accord avec toi sur ce point) et la ben bizzarement , tu couvre de louange un film à la réputation indésirable (j'ai lu sur MM dans l'interview du réal que le film est complètement raté), suite d'un film sympathique mais aussi perfectible, que le mec adore le ciné d'horreur et qu'il a été bercé par Raimi et d'autres.


    Je sais que tu te bases sur Evil Dead, mais dans le fond, ne pense tu pas que ton exemple trempe légèrement dans l'hypocrisie ?


    Attention, j'essai de comprendre car d'une certaine manière tu t'es justifié sur beaucoup de point, mais ça me paraissait contradictoire.

  • Lestat

    30/08/2009 à 21h41

    Répondre

    Non parce que ce n'est pas vraiment ce que j'ai écrit. Je ne parle d'Evil Dead que lors d'une allusion à Aja, Gens et co. Et en aucun cas pour parler de la qualité (ou la non-qualité dont tu juge le film) de Lady Blood. D'ailleurs Lady blood, comme Baby Blood en son temps, n'a rien à voir avec Evil Dead, sur le fond comme la forme. Quitte à faire une comparaison, je dirait plutot que c'est une sorte de euh...sous-Elmer ?


    Quand à Mad Movie, et bien ils ont leur avis, j'ai le miens. J'ai aimé des films qu'ils ont détruit, détesté des films qu'ils ont adulé. J'avoue que j'ai toujours eu une tendresse pour les canard boiteux, mais je ne trouve pas ce Lady Blood si...indisérable.


    Du reste, et bien...j'aime bien Evil Dead, le premier en tout cas. Pas au point de me taper le croupion par terre, mais j'aime bien. Cela n'enlève rien à ce que je pense de Sam Raimi d'une manière générale.


    Voila voila.

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