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Kramer contre Kramer

Dramatisme théâtral filmé comme jamais et rythmé par les talents combinés d'une équipe exceptionnelle mélangent poésie du quotidien et modernisme sociologique. Une très belle réussite qui mérite ses cinq Oscars.

Kramer contre Kramer est un film à cinq statuettes dorées, lesquelles lui furent décernées en 1979. C'est beaucoup pour un film et c'est assez peu commun. Raison de plus pour en parler, en cette période de remise de statuettes. Derrière un titre simple se cache un bijou de réalisme accompagné de tout le savoir-faire de nos monstres sacrés et de tous les espoirs des amateurs de cinéma du monde entier.

Ted Kramer (Dustin Hoffman) est un jeune cadre dynamique dans le domaine de la publicité. Il est marié joyeusement à Joanna Kramer (Meryl Streep) depuis 5 ans. Ils ont ensemble un jeune fils. Oscar du meilleur acteur pour l'un et Oscar du meilleur second rôle pour la deuxième, ils ont tous les deux réussis là une belle vie de couple. L'histoire du film ne part pourtant pas de ce constat. Ce jour où Papa revient du travail avec la nouvelle de sa promotion au titre de directeur créatif dans son agence de pub, il ne se doute pas que sa femme l'attend avec une valise et qu'elle va le quitter. C'est ainsi que commence ce film savoureux sur les rapports humains. Leur jeune fils est très attaché à sa mère avec qui il passe le plus clair de son temps étant donné l'emploi du temps de papa. Dès le lendemain matin de cet abandon décisif, la vie commence pour ce jeune père et son fils. Ils apprendront à survivre dans des relations qu'ils se construiront petit à petit, acceptant les règles d'une nouvelle donne émotionnelle où l'amour se distille avec tendresse.

Oscar du meilleur film pour Robert Benton cette même année, l'histoire traite d'un thème alors peu exploité comme point central d'une intrigue de société. Cela sera déterminant pour la modernisme et l'évolution de la représentation des rapports familiaux et sociaux au cinéma. Les thèmes de ce registre sont d'autant plus frappants que le déroulement de l'histoire est intégral. Tous les sujets qui composent aujourd'hui une histoire de ce genre tel que nous en voyons par milliers  sont déjà présents ici. Le titre laisse supposer un divorce mais le film ne s'en sert que comme point de départ à une démonstration sociologique des familles monoparentales. Les difficultés d'élever un enfant seul pour un homme travaillant dans un environnement dynamique, la dépression d'une femme mariée à ce type d'homme, l'amour qui lie encore les époux après le mariage, la symbolique de l'enfant dans un couple séparé ou encore la réaction d'un enfant à l'abandon de sa mère sont autant de pierres qui bâtissent et agrémentent la toile tel un monument à la modernité du genre. A ce jour le film est encore étonnant par son acuité sur la question. Il en serait presque intimiste ce qui le distingue grandement de la plupart des films signés par ses compatriotes.

Kramer contre Kramer doit aussi sa particularité à l'exceptionnelle prestation des acteurs du film. Aucun ne jure en qualité malgré une certaine supériorité pour les rôles principaux dont on n'a plus besoin de vanter les mérites. Il est pourtant important de comprendre l'implication de chacun dans ce projet pour se rendre compte de l'importance de l'enfantement des personnages par ces divinités de la scène et de l'écran que sont Dustin Hoffman et Meryl Streep. A ce moment Dustin est en plein divorce et ne veut pas participer au projet. Après une réécriture totale du scénario qui dure quatre longs mois et ou ce dernier s'enferme avec le producteur et le scénariste pour discuter de la vie et en tirer les conséquences scénaristiques, seulement alors il acceptera d'être Ted Kramer. Meryl Streep quant à elle décida de faire ce film en plus de deux autre projets sur lesquelles elle était en tournage dont un Woody Allen. Cette implication se ressent dans la perfection de leur jeu. Meryl se verra même réécrire un des ses monologues les plus cruciaux pour le rendre plus personnel et poignant. On sent au visionnage tout ce travail ou plutôt l'immensité du résultat de ce labeur. Dustin Hoffman n'aura jamais été aussi grand que dans ce film ou les dialogues et le jeu sont la partie la plus importante. La direction de ces acteurs est admirable et se ressent tout autant.

La réalisation reste par contre classique. L'accompagnement musical est quant à lui des plus réussis et permet de donner le rythme entre l'observation et les moments d'implication. Pourtant d'une simplicité incroyable mais choisi avec justesse il est le fond inoubliable de l'histoire. Ses mouvements de métronome entre les instants de réalité sont tout aussi précieux que le sont les battements d'un cœur pour un être humain : ils donnent un sens à la vie. Car lorsque l'on n'est pas spectateurs les acteurs nous invitent à rejoindre le cadre. Il s'agit alors presque d'un théâtre en milieu naturel où nous avons le privilège d'avoir été convié.

Un film d'un naturel époustouflant qui n'a donc absolument pas besoin d'être dépoussiéré pour une pleine appréciation. Les émotions à fleur de peau qu'il dégage sont les événements d'un magnifique voyage chez nos voisins les hommes pour nous les êtres qui vivent dans ces salles obscures il n'y a jamais assez de lumière pour apprécier la pellicule.

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1 commentaires

  • Anonyme

    08/08/2009 à 23h19

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    un super film ,touchant et  boulversant , qui va vous faire pleurer

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