6.5/10

Killer Inside Me (The)

Casey Affleck en serial killer sous la caméra de Michael Winterbottom, c'est une invitation au voyage dans un Texas rétro et un esprit déviant. Mais le résultat est un peu trop froid pour remporter l'adhésion.

Avant sa mort en 1977, la relation de Jim Thompson avec l'écran était un peu frustrante : deux scénarios pour Stanley Kubrick (son nom fut oublié dans l'ombre de celui du maître), quelques épisodes de séries télé, et deux adaptations seulement de ses multiples romans noirs. Depuis son trépas, il a pourtant été
adapté pas moins de dix fois, aussi bien par des cinéastes anglophones que par des compatriotes comme Bertrand Tavernier (Coup de torchon) et Alain Corneau (Série noire). Ce mois-ci, c'est l'Anglais Michael Winterbottom qui s'attaque à son œuvre, en adaptant le roman The Killer Inside Me, l'un des deux titres portés à l'écran du vivant de leur auteur (le film est sorti à l'époque en France sous le titre Ordure de flic). S'il fallait une preuve immédiate de la dissemblance entre les deux versions, on pointerait que le rôle tenu par Stacy Keach l'est désormais par Casey Affleck...

Shérif, fais-moi mal

Lou Ford (Casey Affleck, apparemment abonné à ce patronyme depuis qu'il a joué Bob Ford) est un jeune shérif texan apparemment sans histoire. Pourtant, il est animé de pulsions d'une violence inouïe, d'une histoire familiale compliquée et d'un esprit revanchard qui vont le mener sur la voie du meurtre...

Depuis Henry, portrait of a serial killer, le cinéma a proposé à plusieurs reprises de s'identifier à un épouvantable psychopathe. Après être passé par la case American Psycho, ce sous-genre du thriller a gagné les écrans de télévision avec l'inestimable série Dexter, qui s'apprête à entamer sa cinquième saison. Avec sa
voix de fausset et sa carrure de salsifis, Casey Affleck n'a clairement pas le profil type pour assassiner brutalement ses congénères. Du coup, sa présence au casting est certainement la meilleure surprise au milieu des tartes à la crème que sont Jessica Alba en prostituée lascive, Kate Hudson en petite fiancée de l'Amérique, Bill Pullman en avocat décadent et surtout le Mentalist Simon Baker en policier perspicace.

Choisissant la voie de l'exploration d'un cerveau pervers, Winterbottom s'attarde sur le rapprochement que son personnage établit entre sexe et violence, allant jusqu'aux limites du voyeurisme et ménageant quelques scènes choc franchement éprouvantes. Malheureusement, il est difficile d'éprouver la moindre empathie pour l'auteur dépourvu d'émotions de ces meurtres révoltants. La logique de l'intrigue, implacable, l'emmène dans un tourbillon de violence sans jamais susciter de réelle culpabilité de sa part, et on finit par regarder l'ensemble d'un œil assez détaché, ce qui est un comble quand on considère le potentiel émotionnel en jeu. On se satisfera donc des méandres d'un thriller à rebondissements, agrémenté d'un casting bien huilé et d'un cadre pittoresque (le Texas redneck des années 50, avec ses accents et sa mentalité). Il reste à se demander si le film aurait été différent dans les mains d'Andrew Dominik, qui devait le réaliser en 2004 avec Tom Cruise avant que le projet ne capote ; il s'est finalement tourné en 2007 vers l'excellent western L'assassinat de Jesse James par le lâche Robert Ford... avec Casey Affleck (voir plus haut).

A propos de l'auteur

11 commentaires

  • gyzmo

    22/08/2010 à 21h21

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    Je ne suis pas parvenu à rentrer dans le film. Même si je lui trouve de
    bonnes idées de mise en scène et de séquences qui mettent mal à l'aise
    (les passages à tabac, en l'occurence).


    Mais je crois que c'est avant tout l'interprétation de Casey
    Affleck qui ne m'a pas du tout emballé. Je n'ai éprouvé ni antipathie,
    ni sympathie pour son personnage, alors qu'il y avait sans aucun doute
    matière à en faire un anti-héros plus intéressant. Autant, du moins,
    qu'un Dexter ou qu'un Walter White (le chimiste de compet de
    l'exeptionnelle série Breaking Bad).
    Peu m'importait son devenir - qu'il soit pris sur le fait ou libre
    comme l'air. Un peu trop fade à mon goût, pour en finir avec le
    bonhomme.


    Quant à l'ambiance générale, je n'ai pas non plus trouvé qu'il y
    avait quoique ce soit de pesant - outre les deux fameuses séquences
    chocs (toutes proportions gardées, on est en dessous des horreurs de Irreversible,
    il me semble). C'est probablement l'intention du réalisateur, de faire
    un truc d'ensemble léger, avec deux ou trois phases chocs pour
    "surprendre" le spectateur. Ben cette alchimie n'a pas fonctionné sur
    moi. L'introspection du personnage et son background des plus
    classiques ne m'ont pas non plus surpris.


    Pourtant, j'ai bien aimé ce Killer Inside Me. Pour le reste du
    casting (une jolie galerie de personnages), pour la BO et le contexte
    d'époque. Mais il manque un truc. Une bonne introspection, et un peu
    plus de complexité, peut-être ?

  • Guillaume

    08/11/2010 à 23h15

    Répondre

    Inexplicablement inversé, c'est vite dit : il fallait bien ça pour que l'ombre concorde avec celle de Jessica A.

    Ils auraient pu refaire une séance de shooting ceci dit

  • riffhifi

    09/11/2010 à 00h16

    Répondre

    Bien vu, mais ils auraient pu inverser Jessica Alba

  • nazonfly

    09/11/2010 à 08h29

    Répondre

    Moi je veux bien inverser Jessica Alba.

  • el viking

    09/11/2010 à 10h45

    Répondre

    merde! arrivé trop tard pour la faire celle là...

  • hiddenplace

    09/11/2010 à 19h10

    Répondre

    S'ils avaient inversé Jessica Alba^^, ils étaient obligés de mettre le titre à droite, et je pense que niveau efficacité de la com, c'était plus important d'avoir le titre à gauche, vu que le titre à droite sur l'affiche ciné n'avait pas assez attiré (enfin je crois ?)...


    Alors qu'en plus (mais je ne sais pas, je ne l'ai pas vu) le film était apparemment plutôt pas mal. 

  • nazonfly

    09/11/2010 à 21h29

    Répondre

    Un film avec Jessica Alba ne peut être totalement mauvais.

  • riffhifi

    09/11/2010 à 23h20

    Répondre

    Faux.


    Exemple 1 : Les 4 fantastiques

    Exemple 2 : Les 4 fantastiques et le surfer d'argent

  • nazonfly

    10/11/2010 à 08h36

    Répondre

    Faut juste passer en accéléré les moments inintéressants

  • el viking

    10/11/2010 à 13h32

    Répondre

    il n'y a que Chuck Norris pour faire un film de 14 secondes et 9 dixièmes.

  • pastis-mirabelle

    10/11/2010 à 16h18

    Répondre

    Chuck Norris ne fait pas de films. Les images se réalisent spontanément selon sa volonté.

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