8/10

Julia

Propulsé par une superbe Tilda Swinton, Julia est un très bon film rassemblant, sans doute, le meilleur des cinémas français et américains.

Julia (Tilda Swinton, oscarisée en 2008 pour Michael Clayton) est le genre de femme qu'on admire dans une soirée. Une chevelure rousse flamboyante, de profonds yeux verts et la quarantaine rayonnante, elle danse, joue, s'amuse et croque les hommes. Au moins jusqu'au petit matin quand elle se réveille dans les bras de son amant d'un soir, ou pire sur le trottoir. Le visage maculé de maquillage, la démarche titubante et la gueule de bois, Julia n'est en fait qu'une épave en train de sombrer sous les coups de l'alcool. Une lente déchéance qui la conduira aux alcooliques anonymes et au kidnapping.

Comme un ouragan

L'enlèvement d'un enfant sera bien sûr l'élément déclencheur du film et de la vie de Julia. Celui qui va la sauver ou celui qui va l'anéantir. Deux millions de dollars contre la vie d'un enfant. Ce choix qui serait simple pour la majeure partie du monde n'est pas si évident pour une Julia aux méninges embrumés par l'alcool. Au long des deux heures vingt du film, Julia sera sans cesse tiraillée entre l'appât du gain et son rôle de mère. Entraînée dans une fuite en avant de Los Angeles à Tijuana, Mexique en passant par le désert américain (décidément à la mode après No Country for Old Men et There Will Be Blood), Julia n'est qu'une feuille d'arbre prise dans la tempête qui ne peut pas s'arrêter pour reprendre ses esprits.

Tilda la rousse

Evidemment le spectateur va petit à petit prendre parti pour cette kidnappeuse si maladroite dans tout ce qu'elle fait. Tour à tour violente et amusante, mère et bourreau, fragile et forte, Tilda Swinton porte le film sur ses épaules. Elle est là, occupant l'écran jusqu'à le dévorer et on ne voit qu'elle. A côté, les autres acteurs semblent fades (Saul Rubinek) ou exagérément exubérants (Kate del Castillo qui en fait des tonnes). Seul le petit garçon kidnappé (Aidan Gould) arrive à tirer son épingle du jeu avec son regard grave et son allure de grande personne. Si aujourd'hui on imagine difficilement Julia autrement que sous les traits de Tilda Swinton, le rôle avait un temps été promis à Julianne Moore, plus bankable. Malgré le talent de cette dernière, le film n'aurait sans doute pas été ce mélange de force et faiblesse que dégage Julia.

Un film français des USA

Julia aurait pu être un film intello. Heureusement il a été tourné aux Etats-Unis, car comme le dit Erick Zonca lui-même, peut-être avec un brin de fatalisme, « en France, le film aurait été teinté d'un réalisme social dont je ne voulais pas ». C'est en jouant avec l'espace étasunien que Zonca parvient à concilier film social et road-movie dans un polar qui tient le spectateur en haleine jusqu'aux dernières minutes. De bout en bout, ce film, tourné par un français, produit en France, reprend tous les codes classiques d'un certain cinéma hollywoodien avec en tête le problème latino à la frontière mexicaine.

Une bien belle réussite en tout cas. 

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A propos de l'auteur

Intéressé par beaucoup trop de sujets, nazonfly est en charge de la partie Musique Krinein depuis quelques années. Ce qui ne l'empêche pas de visiter les territoires des livres, du cinéma, des médias et même de sciences et tech.

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