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Jonah Hex

Sorti d'une BD méconnue, Jonah Hex rate son passage au ciné en raison d'un scénario malmené par les aléas de la production. Il ne reste au final qu'un western fantastique bâtard, très porté sur l'action, qui s'avère cependant au-dessus de sa réputation exécrable.

La nouvelle est tombée : Jonah Hex est le plus gros bide américain de l'année 2010, avec un budget de 47 millions de dollars et une recette totale de 10,5 millions. Résultat : la France ne prend pas le risque d'une sortie ciné, Warner sortira le film directement en vidéo le 2 février prochain. C'est la suite de la malédiction Neveldine-Taylor, le duo signant ici le scénario et encaissant leur troisième non-sortie cinéma française. Mais "hex" ne signifie-t-il pas "malédiction", d'ailleurs ?...


Soldat sudiste durant la guerre de Sécession, Jonah Hex (Josh Brolin) assiste au massacre de sa famille par les hommes du général Turnbull (John Malkovich), qui le défigure ensuite au fer rouge. A la suite de cette expérience traumatisante, Hex découvre qu'il peut parler avec les morts, et se consacre à une carrière de chasseur de primes. Taciturne et peu enclin aux concessions, il est lui-même mis à prix dans bon nombre d'états... Jusqu'à ce que le gouvernement lui propose une amnistie en échange de la capture de Quentin Turnbull, devenu hors-la-loi et frappé de mégalomanie galopante.

A la base, il y a un comic book créé en 1972, une des rares BD westerns américaines à avoir traversé les années ; ravivée en 2006 par les scénaristes Justin Gray et Jimmy Palmiotti, la popularité de Jonah Hex a poussé Warner Bros. (détenteur de l'intégralité du catalogue DC Comics) à tenter l'aventure cinématographique, après quelques timides apparitions du personnage en dessin animé (notamment dans la série Batman des années 90). La mission d'écrire le script est confiée à Brian Taylor et Mark Neveldine, chargés d'y injecter autant d'énergie que dans leurs deux Hyper tension ; au fil du tournage, leur version sera progressivement modifiée, pour ne plus exister qu'à l'état de lambeaux au terme de re-tournages tardifs. Le film fini ressemble donc essentiellement à une succession de scènes d'action, frisant parfois l'incohérence (ou l'onirisme), et laissant un net goût d'insatisfaction à propos de certains éléments de l'intrigue (le fait que le héros puisse parler aux morts, façon Pushing Daisies, s'avère incroyablement inutile). On se gardera bien
de blâmer le réalisateur Jimmy Hayward, venu de l'animation (il a travaillé sur les Toy Story, et a réalisé Horton), qui signe ici son premier film live et a probablement servi de paillasson à quelques producteurs exécutifs peu inspirés.

Si Malkovich est égal à lui-même en bad guy psychopathe, et Megan Fox tout à fait prévisible en prostituée hautement décorative, on regrettera que Michael Fassbender (le jeune officier allemand d'Inglourious Basterds) soit réduit à un rôle d'homme de main sans relief, et surtout que Josh Brolin ne s'élève pas au-dessus d'une simple caricature de Clint Eastwood (aidé en cela par un maquillage qui limite l'ampleur de son élocution). L'histoire évoque suffisamment Josey Wales hors-la-loi pour ne pas avoir à enfoncer le clou... Nul doute que Brolin se rachètera une image de cow-boy dans le True Grit des frères Coen.

Le plus déconcertant, dans le résultat final, n'est pas tant l'aspect "film d'action bourrin sans queue ni tête", que Jonah Hex partage avec bon nombre de ses contemporains, que la ressemblance frappante qu'il offre avec Wild Wild West, dont le bide fut historique et la carrière désastreuse. Autant le dire clairement : si vous n'avez pas aimé Wild Wild West, Jonah Hex vous gonflera. Mais si vous avez trouvé divertissant de voir Will Smith harnaché de gadgets dans un Far-West fantaisiste, si vous avez pris du plaisir à le voir se battre contre Kenneth Branagh à bord d'une araignée mécanique géante, vous devriez donner sa chance à cette production foirée mais ludique.


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