8.5/10

Joint Security Area - DVD

Critique du film et du DVD

LE FILM

Il nous a déjà été donné de constater que le cinéma coréen, quand il s'en donne les moyens, pouvait nous surprendre et rivaliser fièrement sur la scène commerciale avec les productions grand public, comme a pu le faire 2009 Lost Memories de Lee Si-myung. Joint Security Area (« Zone Commune de sécurité »), librement inspiré du roman DMZ (DeMilitarized Zone) de Park Sang-yeon, se conditionne comme un autre exemple à ajouter à la liste, puisque celui ose s'aventurer sur le terrain délicat de la lutte idéologique que se mènent la Corée du Nord et la Corée du Sud depuis près de cinquante années. Un événement, en soi, puisque le film gagnera les faveurs du public par l'humanité de son propos, s'imposant en quelques semaines d'exploitation comme le record d'entrées au Box-Office sud-coréen, et raflant de nombreux prix nationaux et internationaux (dont le Grand Prix du Festival de Deauville en 2001).

La Joint Security Area, c'est tout d'abord un vaste territoire de quatre kilomètres, démilitarisés, s'intercalant entre la Corée du Nord et celle de Sud. En guise de séparation, une ligne de béton et un pont surnommé « le Pont de Non-Retour ». C'est précisément à cet endroit que sera retrouvé le sergent sud-coréen Lee Soo-Yeok, blessé par balle après avoir abattu deux soldats de l'avant-poste nord-coréen en cherchant à fuir ses ravisseurs. C'est tout du moins la version qu'il signe, et que la Corée du Sud oppose au témoignage du sergent nord-coréen Ho Kyong-Pil, second rescapé de l'échauffourée qui, lui, accuse Lee d'avoir traversé la ligne de son plein gré pour assassiner froidement ses deux compatriotes. Deux cadavres, et deux dépositions contradictoires. La Commission de Supervision des Nations Neutres, formée de la Suède et de la Suisse, envoie alors sur le terrain le major Sophie Jean, Suisse d'origine sud-coréenne, pour répondre à cette douloureuse question : pourquoi ?

Joint Security Area s'annonce vraisemblablement thriller politique, et tout porte alors à croire que le major Sophie Jean tiendra le devant de la scène par son rôle d'enquêteur - observateur. Mais la vérité se dévoile toute autre, une fois l'exposition des circonstances de l'incident terminée. Au moyen d'un long flash-back, Park Chan-Wook (le réalisateur) lève le rideau sur le véritable noyau de la problématique de son film, l'amitié presque irréelle de quatre soldats, pourtant définis comme ennemis par le système, qui se retrouvent à se fréquenter et à ignorer les prétendues aspirations idéologiques dont ils sont censés, à la base, être de fervents défenseurs. Une relation amenée progressivement, émaillée par le tableau lucide d'un peuple divisé par le passé, qui l'illustre de scènes fortes de sens. On cite l'envol d'une casquette de touriste au-delà de la fameuse ligne de béton, ou le face-à-face de deux escouades ennemies sur un terrain non démarqué. Pas de partis-pris, juste les faits. Cette réalité dûment étalée rencontre l'imaginaire de l'entente et de la fraternité des quatre soldats devenus intimes, démontrant l'humanité qui existe en chacun d'eux et une certaine volonté à dépasser les limites idéologiques imposées. Park Chan-Wook les montre parfois puériles, les assimilant à des enfants conditionnés par des règles qu'ils ne comprennent pas forcément, et qu'ils n'arrivent pas à concilier avec leurs propres sentiments. Le drame final, le point définitif de leur amitié, n'apparaît alors pas comme une faute humaine mais une faute sociologique, le contexte devenant seul coupable dans ce massacre fratricide.
Drame, humour, et humanité, telles sont les valeurs qu'a souhaité insuffler Park Chan-Wook à son film, avec plus ou moins de bonheur. Le film, globalement maîtrisé, perd parfois un peu les pédales et se paume dans ses récits multiples, oubliant de temps en temps d'avertir le spectateur qu'un flash-back est en cours. Et l'alternance de style, passant de l'enquête à quelques scènes nettement plus légères, peut parfois déstabiliser mais donne une certaine puissance au dénouement, presque inattendu. Quelques effets spéciaux de qualité moyenne s'infiltre dans une réalisation somme toute classique, parfois à l'origine de quelques longueurs, mais judicieusement élaborée et indéniablement talentueuse.

Un grand succès commercial et critique du cinéma coréen, méritant à bien des égards les éloges qu'on lui adresse, par son propos humaniste, la qualité de son interprétation, et la lucidité dans l'exposition de son contexte. Parfois un peu long, parfois un peu trop surréaliste, l'intérêt reste vivace tout au long de ces deux heures qui montrent une fois de plus l'ambiguïté déroutante de la nature humaine et l'insignifiance des individualités lorsque les idéologies s'affrontent.

LE DVD

Deux DVD, le premier consacré au film et ses commentaires audio, et le second aux bonus.
Absolument aucune remontrance pour l'image, nette, colorée, judicieusement contrastée, en un mot parfaite de bout en bout.
Trois pistes sons : Dolby Digital 5.1 Coréen, Dolby Digital 5.1 Français, et DTS Coréen. Dans un cas comme dans l'autre, le mixage audio se montre exemplaire, même lors de la seule scène d'action du film qui s'en donne à coeur joie dans toutes les enceintes. Ce qui s'avère plus que satisfaisant dans le sens où Joint Security Area n'est pas un film d'action et n'a donc pas matière à overdoser l'ampli d'effets sonores et de grands élans mélodiques.

LES BONUS (5h40 environ)

- Commentaires audio du réalisateur Park Chan-Wook et de quelques membres de l'équipe technique du film.

- Bandes-annonces CTV International : Memento Mori, 2009 Lost Memories, Volcano High, Fausto 5.0, Girls & Sex, Bangkok Haunted, Fulltime Killer, Tattoo, Repli-Kate.

- Documentaire (55 minutes)
Une durée peut-être un peu décourageante, mais l'ignorer serait un tort. Après quelques informations historiques sur l'évolution des deux Corées, différents intervenants (dont le réalisateur et les acteurs principaux) témoignent de leurs visions du film, des difficultés rencontrées, de l'accueil réservé au film, aussi bien dans ses bons moments (le public) que dans les mauvais (des extrémistes saccageant la maison de production Myung). Pré-production, casting, costumes, décors, rien n'est oublié dans ce documentaire relativement exhaustif qui s'ouvre à de nombreuses sur des considérations extérieures au film.

- Tournage (20 minutes)
Un certain nombre de petites interviews des acteurs du film, et de montages sur le tournage de quelques unes des scènes du film, d'intérêt inégal.

- Interviews (30 minutes)
Deux longues interviews, le réalisateur Park Chan-Wook et l'acteur Song Kang-Ho d'une part, expliquant leurs débuts dans le métier, les différents choix associés au film, et quelques anecdotes ; et l'acteur Shin Ha Kyun d'autre part, revenant sur le scénario, le tournage, son interprétation, et sur le succès du film.

- Diaporama
- Images de la Zone Commune de Sécurité (12 minutes)
Des vidéos apparemment récupérées avec des moyens réduits, montrant les lieux clés évoqués dans le film, comme Le Pont de Non-Retour ou le Panmunjom, et quelques autres bâtiments de la zone démilitarisée (notamment un musée d'objets nord-coréen).

- Promotion
Bande-annonce coréenne et japonaise du film, spot TV, clip vidéo, musique du film.

CONCLUSION

Un film réussi, lourd de sens, mais parfois déconcertant dans son déroulement et un peu long.
Un DVD exemplaire, qu'il s'agisse de la qualité de son image ou du mixage audio.
Des bonus éclairés qui, chose rare, ne se contentent pas de promouvoir le film mais apportent de solides infos historiques et s'ouvrent véritablement sur l'extérieur.

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