7.5/10

Johnny Depp - Coffret 5 DVD

Critique du coffret DVD contenant 5 films avec Johnny Depp : Dead Man, Donnie Brasco, Las Vegas Parano, Le chocolat et Neverland

JOHNNY DEPP - Biographie


Si la gente féminine s'accorde à dire que Johnny Depp fait partie des belles gueules d'Hollywood, tout le monde affirme de concert qu'il n'a rien d'un Brad Pitt ou d'un Tom Cruise. Pourtant, sa carrière débute dans le même état d'esprit, à savoir la reconnaissance d'un physique en lieu et place d'un talent d'acteur qu'il cherchera à démontrer tout au long de sa vie. Johnny Depp n'a même pas la vocation d'acteur, même si ses centres d'intérêts sont tournés vers le milieu artistique, et rien ne le prédisposera à devenir la figure emblématique qu'il assume aujourd'hui en dépit de sa discrétion.

La musique comme tremplin

Il pousse son premier cri au Kentucky, dans la petite ville d'Owensboro, un certain 9 Juin 1963. Sept ans après, son père entraîne la famille en Floride, à Miramar, pour assumer les responsabilités d'un poste de directeur de travaux publics, dessinant un point de départ à la nouvelle vie de Johnny. Ce dernier, affecté par les déménagements successifs qu'occasionnera cette mutation, éprouve du mal à s'intéresser à l'école, se sent mal dans sa peau, devient difficilement abordable. Il approche toutes sortes de drogue, quitte l'école avant même d'avoir atteint le lycée, tandis que ses parents divorcent et en ajoutent au mal-être du gamin, qui n'a alors que 15 ans.
Il sort la tête de l'eau par la suite en assistant à l'un des concerts de Gospel assurés par ses cousins. La musique l'inspire, il se met à la guitare électrique et devient membre d'un groupe de garage baptisé The Flame. Encore mineur, il se fait un peu d'argent en jouant quelques morceaux dans des bars de Floride avec sa bande, avant d'assurer la première partie du concert d'Iggy Pop. Entre temps, le groupe change de nom et devient The Kids. Persuadés de pouvoir percer, ils s'envolent pour Los Angeles et découvrent un milieu complètement bondé de groupes de rock. Les The Kids finissent par se séparer.

Début d'une légende

En 1983, il épouse une maquilleuse de cinéma nommée Lori Allison. Ce mariage, de courte durée, permettra à Johnny de rencontrer l'acteur Nicholas Cage, qui lui donne un petit coup de pouce en lui présentant son propre agent. Johnny écope alors d'un petit rôle au cinéma dans Les Griffes de la Nuit (1984), de Wes Craven, puis dans Private Resort (1985), de Georges Bowers. Conquis, le jeune acteur s'inscrit au Loft Studio de Los Angeles pour apprendre la comédie.
A peine sorti de l'école, il obtient quelques minutes de présence dans le Platoon (1986) d'Oliver Stone, puis enchaîne les petits rôles à la télévision. Johnny se voit alors offrir le rôle de Tommy Hanson dans la série 21 JumpStreet (1987 - 1990), qu'il refusa net, soucieux de son image d'acteur. Poussé par ses agents, il accepte finalement la panoplie de détective offerte par la série, qui connaît un succès immédiat et durera trois saisons. Il devient l'idole de toute une génération d'adolescente, commençant ainsi sa véritable carrière en tant que Johnny Depp.

Le beau gosse cède place à l'acteur

Mais voilà, Johnny ne veut pas être seulement un objet de fantasme. Ses choix deviennent plus restrictifs, plus matures. Dès la fin de la série, en 1990, il tourne dans le film Cry Baby de John Waters et commence en parallèle une relation amoureuse avec l'actrice Winona Ryder. Jusqu'à leur rupture, en 1993, Johnny continuera de se forger une réputation de surdoué en incarnant quelques rôles sensibles au cinéma, notamment dans Edward aux Mains d'Argent (1990) et Arizona Dream (1993). Sa carrière est lancée, malgré de nombreux commérages diffamatoires et d'importants démêlés avec la justice.
La suite, tout le monde la connaît, ou presque. Johnny Depp enchaîne les films sans rechercher la gloire à tout prix, et impose son jeu d'acteur phénoménal sans jamais se regarder le nombril. Il incarne le réalisateur Ed Wood (1994) pour le film du même nom sous l'oeil de Tim Burton, joue pour Jim Jarmusch dans Dead Man (1995), incarne le célèbre agent spécial du FBI Joe Pistone dans Donnie Brasco (1994), réalise son propre film en 1997 (The Brave), et redevient drogué pour les besoins du film de Terry Gilliam, Las Vegas Parano (1998). Parmi ses autres films, le public retiendra ses collaborations répétitives avec Tim Burton (Sleepy Hollow en 1999, Charlie et la Chocolaterie en 2005, Les Noces Funèbres en 2006), et son interprétation hallucinante de Jack Sparrow dans Pirates des Caraïbes, La Malédiction du Black Pearl, rôle pur lequel il sera nominé aux oscars.

Johnny Depp partage la vie de Vanessa Paradis depuis 1999. Ils élèvent ensemble deux enfants : Lily Rose Melody, née en 1999, et Jack, né en 2002.

DEAD MAN (1995)

Le goût laissé par Dead Man après visionnage est certes étrange. Johnny y incarne un petit comptable du 19ème siècle, meurtrier par légitime défense et maintenant en cavale. Tout fait penser à un Western, bien que le film n'en garde ni les grandes lignes du genre ni le panache des films de, au hasard, Sergio Leone. Guidé par un indien le prenant pour le poète William Blake (et pour cause, ledit comptable porte le même nom), Johnny va errer dans l'ouest sauvage et se transformer au contact de son énigmatique compagnon. Enigmatique, voilà un terme qui s'associé à merveille au film, tant la réalisation, la photographie (tout en noir et blanc) la musique, et l'histoire rendent l'ensemble original et assez séduisant. Le montage utilise à foison le fondu au noir tout au long du film, pour séparer chaque scène, tandis que la musique fredonne le même air particulier à plusieurs reprises. En définitive, un produit particulier qui marque le désir qu'eut Johnny Depp de se séparer de son image de beau gosse, et qui oriente ses choix vers des films dotés d'une âme certaine. Un bon choix pour commencer, même si celui-ci ne se présente pas réellement comme une oeuvre très grand public.

DONNIE BRASCO (1997)

Donnie Brasco retranscrit quelques années de la double vie de l'agent spécial du FBI Joe Pistone, infiltré dans une des familles mafieuses New Yorkaises sous le nom d'emprunt Donnie Brasco. Adapté de faits réels puisés dans la propre autobiographie de Pistone, le film de Mike Newell dépeint sa lente métamorphose provoquée par l'immersion totale et l'isolement qu'il subit au quotidien, remettant en cause son intégrité et sa propre vie familiale. Au milieu de cet univers instable où tous les coups sont permis, même les plus impardonnables, Johnny Depp incarne avec conviction cette figure emblématique de la lutte contre le crime organisé, à l'aise aussi bien dans sa peau de mafieux que dans celui de père de famille déboussolé. Il trouve une réplique formidable en la personne de Al Pacino, habitué au milieu, formant du même coup un simili de père et fils presque attendrissant. A la réalisation, Mike Newell fait dans le professionnel et évite les surenchères malvenues. L'accroche est alors un peu longue, à l'image d'un film qui n'échappe pas aux longueurs, même si la durée totale s'égrène avec facilité.
Au final donc, un solide polar mené impeccablement par le duo Johnny Depp et Al Pacino, classique dans sa forme et dans son fond.

LAS VEGAS PARANO (1998)

L'inadaptable adapté, telle serait l'histoire de Las Vegas Parano, livre semi-autobiographique de l'auteur Hunter S. Thompson principalement connue pour son style subjectif et décalé (= « journalisme Gonzo »), dont le moteur inévitable consisterait en une absorption soutenue de drogues diverses.
Même après visionnage, l'histoire de Las Vegas Parano reste un mystère à élucider, et pour cause, le projet apparent de Terry Gilliam serait de mettre en boîte un trip halluciné de presque deux heures. Il n'y a pas à chercher plus loin, les premières minutes mettent directement dans le bain et introduisent avec humour deux personnages déstabilisants qui s'agiteront dans tous les sens pour remplir le film d'hallucinations démentes et de non-sens psychotiques absolus, sous la couverture d'un reportage sportif qui ne sera jamais réellement écrit. Un démarrage sur les chapeaux de roue, humoristique, qui laissera place au fur et à mesure à de sombres déviations un peu plus nauséabondes, et s'achevant dans un chaos des plus total. La réalisation suit la cadence, entraîne le spectateur dans de voluptueux mouvements désordonnés et l'abandonne dans les hallucinations plus ou moins compréhensibles des protagonistes et le récit, assez savoureux, du narrateur. Johnny Depp torpille méchamment son sex appeal en campant Raoul Duke, journaliste beaufissime à la démarche hésitante et au crâne pas mal dégarni, tandis Benicio Del Toro livre une composition équivoque de Gonzo, l'avocat aux moeurs et aux délires à la limite de l'inquiétant. Les deux compères forment un duo impayable qui brille dans l'excès et la caricature, déambulent avec joie dans les prestigieux décors de Las Vegas, vomissent quand ils en ont l'occasion, et se shootent sans discontinuer.
Le sujet a beau ne pas avoir d'aboutissant fonctionnel, le film se laisse voir dans sa globalité, principalement dans sa première partie davantage tournée humour. Terry Gilliam échafaude un produit très en décalage, comme à son habitude, tout en se réjouissant de la performance fantaisiste des deux têtes d'affiche qui s'en mettent plein la tête et plein les yeux.

LE CHOCOLAT (2000)

Choix étrange pour un « coffret Johnny Depp », si l'on considère que c'était un choix. Des cinq films en notre présence, voici le seul qui ne place pas l'acteur en premier rôle, et pire, le relègue dans un second relativement peu présent à l'écran. Le véritable héros sera en fait une héroïne, et sera campée par Juliette Binoche, ce qui n'est pas pour nous déplaire, certes, même si nous avions payé pour du Johnny. Le Chocolat nous emmène donc dans les années 50, en plein milieu d'un petit village voué à Dieu et à personne d'autres. L'arrivée de Vivian (Juliette Binoche), athée, et de sa chocolaterie va bien sûr changer la donne, envers et contre toute originalité. Johnny, lui, se fait prier jusqu'à la fin de la première heure du film, puis roule ses yeux de beau gosse / chien battu de façon disparate sur le reste du film (qui fait bien deux heures). Un film qui se laisse voir, assurément, légèrement enrichie d'une morale sur la tolérance assez convenue et sans surprise, mais pas vraiment à sa place ici.

NEVERLAND (2005)

Indubitablement, voici la preuve de l'existence bien réelle d'un phénomène de mode qui s'empare du cinéma hollywoodien, celui qui fit de Troie un honnête péplum un brin complaisant et de Arthur un film d'époque dénué de fantaisie. L'histoire derrière la fiction, voilà ce qui importe maintenant. Il fallait bien cela pour aller surprendre J. M. Barrie en pleine écriture de Peter Pan, à la manière d'un Shakespeare In Love. Malheureusement, pas dans le registre comédie, plutôt dans le mélodramatique, ce qui ne sera finalement pas en soi un mauvais choix. Car il faut l'avouer, s'assurer les services de Johnny Depp c'est s'assurer du même coup une interprétation de qualité. Et pour jouer un écrivain un peu fantaisiste emprisonné dans ses rêves enfants, il fallait bien quelqu'un d'apprécié et de reconnu pour son talent d'acteur. Sélection judicieuse, si l'on peut parler de sélection. Il faut le voir se rouler par terre en indien, brailler comme un pirate (déjà vu, remarquez), et danser avec un ours plus peluche que féroce, images générées à travers quelques jolies petites scènes mélangeant réalité et imaginaire. Pour ne rien gâcher de son travail, Johnny a le privilège d'échanger ses balles avec Freddie Highmore, Peter Davis dans le film, surprenant de maturité et de justesse, un poil au-dessus de ses frères qui n'en déméritent pas pour autant. L'amitié qu'ils vouent à ce grand adulte pourtant si espiègle en devient touchante, très touchante. Par malheur, tout ceci s'atténue rapidement. Car le retour à la dure vie d'adulte doit s'imposer, et c'est à travers le mélodrame qu'il s'exprime, à tel point que c'est le sentiment de tristesse émanant du film qui demeurera le plus longtemps en nous. Ainsi, la connectivité entre les enfants et Barrie s'estompe au profit de la compassion pour la mère (Kate Winslet, à la fois indispensable et très en retrait), la colère pour la grand-mère, et l'indifférence pour l'épouse. Si bien qu'une fois sorti de la salle, la relation entre le Peter Pan de Barrie et les enfants Davis parait presque floue sur certains points.
Malgré cela, Neverland reste une jolie petite histoire balancée entre le conte et le mélodrame, magnifiquement servie par un adulte interprétant un enfant, et par un enfant interprétant un adulte. Le film réserve son lot de petits moments humoristiques, de scènes légères, bref, de voyages vers le monde de l'enfant, mais repart très souvent vers l'adulte et ses contrariétés au point de privilégier l'émotion à la féerie.

CONCLUSION

Pas le meilleur de Johnny Depp, juste du bon et du très bon, voilà le commentaire qui sied le mieux à ce coffret regroupant les films de l'acteur distribué par TF1. Le contenu et le prix, attractifs, devraient vous combler pour peu que vous ayez un certain intérêt pour la carrière de l'acteur, même si les films présentés ne représentent en rien celle-ci.

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1 commentaires

  • Perroguevara

    12/12/2007 à 20h22

    Répondre

    Je trouve que ce film est un superbe road movie, il nous transporte en même temps que le personnage principal dans une vie semée d'embuches. William Blake est "la mort", toutes (ou presque) les personnes qui ont un lien direct ou indirect avec lui meurent à un moment ou à un autre.

    C'est un film vraiment génial

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