7.5/10

Jesus Christ Superstar

Après deux ans de succès à Broadway, Andrew Lloyd Webber et Tim Rice voient leur premier succès, qui sent bon le flower power, porté à l'écran par Norman Jewison.

En 1973, une bande de hippies mal rasés, avec du poil sous les bras, débarquent dans leur bus communautaire dans le désert israélien, près dTed Neeley - Jesus
Ted Neeley / Jesus
e Bet Shean. Ils vont nous raconter la passion du Christ et ça va swinguer. A peine les valises posées, le spectacle commence : Judas (Carl Anderson) lance sa complainte. Il aime Jésus et son enseignement, mais craint que son nouveau statut de Messie soit trop risqué. Quand le peuple découvrira qu'il n'est qu'un homme, il se retournera contre lui et ses apôtres, et leurs vies seront en danger. De plus, il n'approuve que très moyennement sa relation avec Marie-Madeleine (Yvonne Elliman), femme indigne d'un rabbi. Jésus (Ted Neeley) quant à lui,  n'est qu'amour comme d'habitude. Et c'est justement pour préserver ceux qu'il aime qu'il les supplie de ne pas le forcer à tout leur expliquer. Déjà, il a conscience du terrible destin qui est le sien et qui se finira, dans un premier temps, sur le Golgotha, mais toujours en chanson.

Adaptation de la comédie musicale d'Andrew Lloyd Webber et Tim Rice, qui signaient ici leur premier succès, ce film de Norman Jewison (Fiddler on the Roof, Rollerball) met en scène les chansons qui décrivent cette version peace and love Carl Anderson / Judas
Carl Anderson / Judas
de la passion du Christ. Avec un orchestre dirigé par André Prévin, et un set délocalisé en Israël, la mise en scène se veut résolument anachronique. Utilisant les cavernes et autres ruines pour tout décor, et quelques colifichets en guise de costume, ne prenant même pas la peine d'enlever les montres à quartz et allant jusqu'à armer les romains de mitraillettes (que vendent également les marchands du temple) et de tanks, le film déroule l'histoire en utilisant à l'envie ce mélange de dépouillement environnemental et de foisonnement d'accessoires pour en souligner l'universalité. Le symbole s'installe même avec aisance dans ce qui semble être un fatras improvisé : les gardiens du temple qui jalousent Jésus et causeront sa perte sont perchés sur un échafaudage soutenant une ruine, que l'on analyse alors comme un bâtiment en construction.

Suivant l'ordre des chansons écrites par Webber, racontant la passion de l'entrée dans Jérusalem à la crucifixion, et situant le tout dans un décor supposé, la Barry Dennen / Pilate
Barry Dennen / Pilate
continuité du film est parfois étrange, sautant à un moment, de la colère de Jésus sur le parvis du temple à une invasion de lépreux et d'aveugles perdus dans le désert. Puis, toujours sans transition perceptible, Jésus file au lit où Marie-Madeleine le borde avant d'entonner son amour pour lui. Bref, les moments forts d'une journée type du Sauveur. Mais passé ce curieux moment, le fil reprend ses droits et le spectacle surpasse les interrogations. Les chansons de Webber s'incrustent en tête quand elles ne surprennent pas, avec cet usage répété et parfaitement intégré de la formule rythmique impaire. Symbole de toute une époque où la musique était à la fois un exutoire et un laboratoire, cherchant à s'affranchir des rigueurs du passé (et même si ça semble con à dire), les mesures en 5 ou 7/8 peuplaient les compositions d'alors, que l'on regarde comme ici Webber ou, dans une veine plus rock, Genesis ou Pink Floyd.

Malgré le grand chambardement des repères dans lequel il s'inscrit, le grand succès de ce film est d'arriver à exposer l'histoire de cet homme qui, que l'on y croit ou non, reste touchante, sans que la vulgarisation, tournant parfois au comique, ne devienne jamais une farce, et garde à l'esprit la tragédie qui se joue. Ainsi, le sérieux du fond n'est jamais sacrifié, même si dans sa chanson, le roi Hérode défie Jésus de traverser sa piscine pour prouver qu'il est l'élu. Le point le plus discutable pour les fidèles est sûrement le personnage de Judas. Lors de sa dernière apparition, il descend du ciel avec un beau costume blanc à franges sous les bras, qui lui donnent l'aspect d'un ange. Certes valable quant à la complexité du personnage, ce point de vue a dû troubler s'agissant du traître dont l'outrecuidance est allée jusqu'au suicide.

Un classique à voir donc, et pourquoi pas à apprendre par cœur. Sait-on jamais : Ted Neeley, qui encore aujourd'hui sillonne les routes américaines en tenant le même rôle dans la même comédie musicale, et qui en a fait une carrière grâce, il est vrai, à sa très belle voix, pourrait bien décider de passer par votre ville cette été, pour une représentation exceptionnelle.

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Victor

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