Jesse James - Dossier

Jesse James, ce n'est pas seulement Brad Pitt. C'est une icône de la culture américaine, un hors-la-loi dont la légende a inspiré les variations les plus farfelues en marge des quelques œuvres sérieuses consacrées à sa vie.

Une des meilleures surprises cinématographiques de l'an dernier s'appelait L'assassinat de Jesse James par le lâche Robert Ford. A l'heure où le film sort en DVD simple et collector (les deux versions diffèrent de cinq euros et d'un documentaire de 31 minutes), il convient de se rappeler que le hors-la-loi a connu plusieurs dizaines d'incarnations avant que Brad Pitt se l'approprie brillamment. Il serait si fastidieux de tous les répertorier, que l'on se contentera des plus célèbres et des plus pittoresques...

Le premier interprète du rôle fut probablement Charley Ford, le frère de l'assassin Bob Ford. Les deux frères reconstituaient sur scène le moment du meurtre, pour le plaisir morbide d'un public avide d'histoires vraies et romanesques. Laissons de côté les diverses autres versions théâtrales qui virent le jour au début du XXème siècle, ainsi que les deux premières versions filmées qui mettaient en scène Jesse James Jr. dans le rôle de son propre père (Jesse James under the black flag et Jesse James as the outlaw), et intéressons-nous directement au film réalisé en
1939 par Henry King. Sobrement intitulé Jesse James (sous-titré en France Le brigand bien-aimé), il montre Tyrone Power dans le rôle-titre, accompagné de Henry Fonda en Frank James. L'heure n'est pas à la subtilité, il n'est pas question de montrer Jesse autrement qu'en icône héroïque : la famille James y est montrée en victime, chassée de son domicile par la compagnie des chemins de fer. Frank et Jesse partent donc en croisade dans un trip à la Robin des Bois, dépouillé de la brutalité réelle de leurs actes et de la complexité du caractère de Jesse (à quelques scènes près). L'histoire se soldera pourtant par la triste réalité : l'assassinat par le lâche Robert Ford. Celui-ci prendra les traits exagérément fourbes de John Carradine, qui abattra le brigand alors que celui-ci accroche au mur la broderie « God bless our home ».
Le succès de cette luxueuse superproduction (en couleurs, rendez-vous compte !) est tel qu'elle connaît une suite dès 1940 : Le retour de Frank James montre logiquement Henry Fonda en solo, dirigé par rien moins que Fritz Lang.

En 1943, la très modeste série B Le cavalier du Kansas montre les frères James au détour d'une scène : Jesse est interprété par George Reeves, qui deviendra célèbre une dizaine d'années plus tard en interprétant Superman à la télévision.
A la fin des années 40, Jesse James fait l'objet de plusieurs serials, et se voit incarné par plusieurs habitués de ce format : Reed Hadley, Clayton Moore et Keith Richards. Est-il besoin de préciser qu'il ne s'agit pas du guitariste des Rolling Stones ?...

En 1954, le temps d'un épisode de la série Stories of the Century, Jesse James est joué par Lee Van Cleef. 10 ans avant la case ‘western spaghetti', celui-ci n'est alors qu'un inconnu.

En 1957, la deuxième oeuvre majeure consacrée à la vie des frères James est livrée par Nicholas Ray (La fureur de vivre). Jesse et Frank y sont joués
respectivement par Robert Wagner et Jeffrey Hunter, et si l'on retrouve au casting l'inquiétant John Carradine, ce n'est que dans le rôle du révérend Jethro Bailey. Moins linéaire et prévisible que le film de 1939, The true story of Jesse James (appelé encore une fois en France Le brigand bien-aimé, quelle imagination)  est construit sous forme de flash-backs et présente le « brigand bien-aimé » sous un jour moins ouvertement positif que précédemment. Désireux de faire du personnage une sorte de délinquant juvénile rebelle, Ray avait envisagé un moment confier le rôle à Elvis Presley. On s'amusera à réfléchir sur le fait que la broderie que Jesse accroche au mur à la fin proclame désormais : « Hard work spells success ».

Jamais absent des écrans, Jesse James ne fait pourtant l'objet d'aucune adaptation majeure dans les années qui suivent. Il n'est qu'un prétexte en 1959 dans Ne tirez pas sur le bandit, où il dévalise le comique Bob Hope. On le retrouve sous les traits de James Coburn dans un épisode de Bronco en 1960, puis dans un épisode de la Quatrième dimension intitulé Showdown with Rance McGrew (1962) où le ‘vrai' Jesse est confronté à son alter ego de fiction. Mais la variation la plus surprenante
sur le personnage date de 1966 : Jesse James contre Frankenstein (Jesse James meets Frankenstein's daughter en v.o.), tourné la même année que Billy the Kid vs. Dracula par un réalisateur de plus de 70 ans, montre la rencontre entre Jesse James, accompagné d'un sidekick lutteur mesurant deux mètres, et la fille du docteur Frankenstein, menant des expériences mystérieuses dans son... château. Oui, au Far-west, et alors ?

En 1972, Philip Kaufman livre sa version du mythe, dans The great Northfield Minnesota raid. Jesse est joué par Robert Duvall, mais le film se concentre sur le récit d'un braquage en particulier, et tous les membres du gang sont mis à l'honneur, particulièrement les frères Younger (Cole et Jim, interprétés ici par Cliff Robertson et Luke Askew).

Avec un titre typique de sa filmographie, Claude Lelouch propose une bizarre histoire d'amour au Far-West dans Un autre homme, une autre chance (1977). Si les stars sont James Caan et Geneviève Bujold, le personnage de Jesse James y apparaît bien... sous les traits de Christopher Lloyd ! Un choix étrange, bien entendu, mais quand on sait que le réalisateur choisira plus tard de faire tourner Bernard Tapie et Ophélie Winter...

En 1980, Walter Hill réunit plusieurs véritables fratries dans Le gang des frères James (The Long Riders) : David, Robert et Keith Carradine jouent les frères Young, James et Stacy Keach jouent Jesse et Frank James, Dennis et Randy Quaid jouent Ed et Clell Miller, tandis que Christopher et Nicholas Guest incarnent respectivement Charlie et Bob Ford.
Dans le téléfilm The last days of Frank and Jesse James (1986), Kris Kristofferson complète son CV : après avoir été Billy the Kid dans le chef-d'œuvre de Sam Peckinpah Pat Garrett et Billy The Kid (1973), il chausse les éperons de Jesse James aux côtés du chanteur Johnny Cash qui joue Frank.

En 1989, dans la mini-série Le tour du monde en 80 jours interprétée par Pierce Brosnan et Eric Idle (un duo pas plus improbable que Steve Coogan et Jackie Chan), les voyageurs rencontrent un Jesse James interprété par Stephen Nichols.

En 1994, Frank & Jesse met en scène Rob Lowe dans le rôle de Jesse et Bill Paxton dans celui de Frank. Malgré un casting plutôt sympa, le film ne rencontre aucun succès et devient vite introuvable. Encore plus étonnant, le peu de médiatisation du film American Outlaws réalisé en 2001, avec (accrochez-vous) Colin Farrell dans le rôle de Jesse, et un casting composé de Kathy Bates, Ronny Cox, Ali Larter, Timothy Dalton, Scott Caan et Gabriel Macht (prochainement interprète du Spirit dans le film de Frank Miller). Les invraisemblances historiques seraient paraît-il responsables du mépris général accordé à cette version.

En décembre 2006, misant sans doute sur le retour à la mode du sujet par le film annoncé avec Brad Pitt, un téléfilm appelé The plot to kill Jesse James vit le jour dans l'indifférence générale. L'indifférence tomba évidemment en 2007, avec la sortie de L'assassinat de Jesse James par le lâche Robert Ford, adapté du livre
écrit par Ron Hansen vingt ans plus tôt. Probablement la vision la plus sensible, complexe et passionnante de la personnalité de Jesse James. En tout cas, certainement celle qui marie avec le plus de passion le romanesque et le réalisme. Quant à savoir ce que contenait le cadre accroché par Jesse lorsqu'il se fit abattre, le mystère reste entier : dans cette version, c'est une peinture...

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