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Jeanne captive

Cannes 2011 : Quinzaine des Réalisateurs. Malgré son titre, Jeanne captive ne captive pas du tout. Centré sur une Jeanne d'Arc apathique, refusant de donner la moindre piste de narration ou d'analyse, le film est d'une vacuité qui donne envie de se replonger dans un de ses multiples prédécesseurs.

Dans Capitaine Achab, Philippe Ramos s'intéressait au passé du héros de Moby Dick, avant qu'il ne parte chasser la baleine. Dans Jeanne captive, il fait la démarche inverse : le récit commence alors que la guerre est terminée, et Jeanne d'Arc (Clémence Poésy) sur le point d'être vendue aux Anglais.


Mais où est Serge ?
La Pucelle d'Orléans fait partie de ces personnages que le cinéma aime, pour sa nature protéiforme : figure historique, mythique, mystique, féministe, on ignore si elle était folle ou géniale, illuminée ou habitée, et son destin aussi rapide que tragique en fait la plus grosse rock'n'roll star du XVe siècle, immolée à 19 ans sur l'autel de la bigoterie qui animait ses propres actions. Georges Méliès lui consacre un film dès 1900, suivi en 1913 d'un métrage italien et en 1916 d'un américain. Entre autres adaptations, on retiendra celle de Carl Theodor Dreyer La Passion de Jeanne d'Arc (1928), celle de Victor Fleming avec Ingrid Bergman (1948), celle de Roberto Rossellini avec la même Bergman (1954, elle avait alors 39 ans), celle d'Otto Preminger avec Jean Seberg (1957), celle de Robert Bresson Le procès de Jeanne d'Arc (1962 - prix spécial du jury à Cannes), celle de Jacques Rivette avec Sandrine Bonnaire (1994) et celle de Luc Besson avec Milla Jovovich (1999). Autant de grands noms à faire oublier...

... Pas de bol, Jeanne captive se révèle moins excitant qu'un tome de la collection d'Histoire pédagogique de Casterman. Après un début esthétiquement faible, avec décors proprets, costumes immaculés et coupes de cheveux modernes (et fenêtres vitrées ! pour un peu on s'attendrait à voir des volets électriques), la reconstitution historique s'améliore progressivement, à
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mesure que l'intrigue sombre dans le mystique occasionnel et le manque de construction (les personnages disparaissent sans raison, d'autres apparaissent). Les figurants semblent aussi convaincus que dans le Chevalier de Pardaillec des Inconnus, ce qui est d'autant plus gênant que la mise en scène leur accorde bon nombre de plans sans raison particulière.

Jamais on n'attire l'attention sur la personnalité ni les actions de Jeanne, les raisons qui font que certains veulent sa mort et d'autres son salut. On ne nous laisse à voir qu'une jeune femme apathique, murée dans un silence boudeur, ballotée d'un lieu de détention à un autre. La vedette lui est volée par les acteurs masculins qui se succèdent autour d'elle, même si certains auraient gagné à passer inaperçus (Mathieu Amalric, dans un rôle rapide et ridicule). Cependant, on ne croisera aucune des célébrités qui ont fait partie de la vie de Jeanne d'Arc : ni le roi Charles VII, ni Gilles de Rais, ni même l'évêque Cauchon ne traversent l'écran. A force de se concentrer sur les non-attitudes de son personnage principal et les non-évènements de sa fin de vie, Ramos se borne à filmer de plates déambulations moyennâgeuses, où les molles chevauchées sont passées au prisme de ralentis dignes d'un téléfilm.


DR.

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