8.5/10

JCVD

 

 

Tout commence par une histoire d'une simplicité enfantine. C'est l'histoire d'une star du cinéma d'action déchue et en plein décalage horaire qui va à la poste dans sa banlieue bruxelloise natale. Il se retrouve alors pris en otage par des braqueurs en pleine action frauduleuse. Malheureusement tout se passe mal et Jean-Claude Van Damme se retrouve propulsé cerveau de ce casse, télé à l'appui et fans en délire qui retiennent leur souffle mais pas leur cris. Il faut dire que ces derniers temps sa vie s'écroule. Il a 47 ans, sa femme divorce et réclame la garde de sa fille, son producteur ne lui propose rien d'intéressant si ce n'est pour sa carrière déjà bien entamée, il est fauché et fatigué de ce rythme de dingue : dans ces circonstances, tout est possible sauf la réalité.

Et d'emblée, la distance se creuse avec n'importe laquelle de ses apparitions télévisuelles. Car dès l'instant où Jean-Claude pose son regard glacé sur l'écran, il ne joue plus et pourtant il le joue si bien. Le film commence par un long plan-séquence dans lequel Jean-Claude Van Damme se défoulera pour la seule et unique fois du film. Après une monumentale dérouillée de 50 ennemis au bas mot,
des explosions dans tous les sens, des morts sans sang et tout ce qu'il y a de plus connu dans les codes repassés du genre, JC se retrouve devant le réalisateur et lui explique que ce n'est pas si facile que ça à 47 ans... Celui-ci ne l'écoute pas et notre héros s'en va, tournant le dos à une caméra qui ne l'aime plus dans son ensemble treillis marcel qui fit sa gloire. Après cette légère présentation douteuse, il se fait aligner devant les juges pour la garde de sa fille, avec preuve à l'appui de la morale qu'il inculque dans ses films d'une violence inouïe. Sa fille témoigne même que les enfants se moquent d'elle car son père est un clown. Il s'efface de cette scène également pour aller aux toilettes. Puis s'ensuit un rendez-vous chez son producteur, et ainsi de suite jusqu'à ne plus montrer que le dos de cet homme démissionnaire, et faible dans sa force, mangé par ces situations ordinaires d'une destinée extraordinaire...

Jusqu'à ce moment où la Belgique l'accueille en son sein et le regarde d'en bas, tel un homme du peuple qui va à la poste.

« Toi, quand j'aurai besoin d'apprendre à faire le grand écart entre deux chaises j'te sonnerai. »

Alors que les gens le prennent en photo, le klaxonnent et lui serrent la main, l'humanisme du personnage qu'il joue se confond avec cet acteur fougueux et lapidaire que nous connaissons. Son humour et ses phrases cultes s'intègrent enfin à un paysage reconnaissant et presque similaire au monde qu'il nous laisse
entr'apercevoir depuis ces quelques dernières années d'interviews et de documentaires. En une phrase brève on pourrait parler d'un retour aux sources ou bien tout bêtement du Colonel Guile qui « rentre à la maison » ou encore de Lyon Gautier qui retrouve sa famille. Le visage buriné et fatigué Van Damme devient alors une autre voix, un autre homme bien plus vulnérable et humain. Il est petit de près, pas gentil quand il est fatigué, mais beau que devant une caméra, il est plein de ces défauts qui font le paysage humain en un sens. Il devient même otage de son propre succès par un hasard fortuit qui le mène à se poser enfin les bonnes questions. A avoir les bonnes discussions même quand il ne s'agit pas des meilleurs interlocuteurs.

« John Woo est un enculé !
- Non faut pas dire ça.
- N'empêche que sans toi il pouvait toujours filmer ses colombes à Hong Kong.
- Oui mais moi je le remercie pour
Volte Face.
- Il aurait pu te prendre dedans.
- Oui il aurait pu »

Vous l'aurez compris maintenant, il s'agit d'un film témoignage, un hommage à lui-même, une auto critique pas si nombriliste que ça car pleine d'humilité. L'homme apparait derrière la star et se révèle sans se cacher, laissant son ombre le protéger sans inquiétude. Bien évidemment, il joue de sa capacité à accepter la critique et à encaisser les paroles blessantes mais avec une franchise complètement assumée. Il ne s'agit pas de prouver quoi que ce soit ici mais juste
de suivre sa ligne de conduite en donnant tout ce qu'il a en lui du bon au plus mauvais. Il s'appuie enfin sur un scénario qui met en scène ses multiples facettes pour nous exprimer le fouillis qui l'envahit à chaque fois qu'on lui demande d'ouvrir la bouche. Même les anecdotes qu'on connait sur sa vie sont évoquées ici sans langue de bois sans même avoir l'impression de parler autrement qu'il le ferait dans une situation similaire, sans magnification intense. Il fait alors bon de l'accompagner dans son périple autour des sommes aberrantes et de la psychologie des noix et de l'eau. On finit par comprendre tout en riant.

« Ils ont pris Steven Seagal pour ce projet. Il a accepté de couper sa poney tail. »

Mais n'oublions pas de parler du film n'est ce pas. La photographie est maîtrisée et son ton glauque et surexposé mêle les tons de vert et de blanc avec une expertise de virtuose. Si le style peut sembler agressif à certains il ne peut toutefois pas être critiqué au niveau technique. La direction d'acteur est aussi impeccable qu'improbable. On sent une exactitude dans le dosage de l'improvisation et des limites d'un scénario qui n'en a au bout du compte que très peu étant donné que les limites se trouvent au plus profond de la tête très vaste de notre personnage principal. Les acteurs secondaires ont de très bonnes compétences complémentaires et savent se tirer une part très honorable de l'interprétation sous leur couverture. Il n'y a pas de chouchou ici que des acteurs professionnels ou pas mais qui savent jouer. Excellente composition de Zinedine Soualem et Karim Belkhadra. Mention particulière à la conductrice du taxi dont l'interaction avec Jean Claude est un des moments les plus drôles et sincères dans le genre. Le ton léger de l'humour belge omniprésent apporte une fraicheur à l'ensemble qui rend le
spectacle particulièrement distrayant et efficace. L'un dans l'autre, avec toutes les composantes sus-cités et un soupçon de philosophie moitié placard, moitié Tao Te King de Lao Tzeu, on se trouve dans un film multivers et multigenres. En effet, on passe du sourire aux larmes en l'espace de 3 secondes. La situation de tension extrême est rendue à merveille. Puis elle est suivie par un moment intemporel où JCVD se retrouve dans une pièce avec les autres otages qui regardent un medley de ses interviews en essayant de ne pas rire. Les situations cocasses et pertinentes se multiplient en parallèle de la construction en poupées russes d'une intrigue assez simple pour constituer un excellent huis clos et donc un Tête à Tête avec Van Damme. Celui-ci en profitera pour exprimer toutes ses frustrations dans un monologue édifiant où il nous prouve en plus de sa sincérité bouleversante, ses capacités d'acteur et de grand amuseur publique volontaire et bénévole.

« La réponse avant la question »

Oui, JCVD est un bon film pour toutes ces raisons (et bien d'autres encore) qui en font une réponse anticipée à une question vide de sens quand on en connait déjà l'issue. N'ayez donc de crainte car il vous sera déjà donné l'envie de revoir le film avant de l'avoir terminé. A vrai dire les défauts de cette œuvre n'ont pas de sens et deviennent insignifiants devant tant de choses dites en si peu de temps. On aperçoit effectivement sans pour autant le toucher cet espace inter dimensionnel où "The Mussels from Brussels" devient un grand Messie des temps modernes.

« Quand une pierre tombe sur un œuf l'œuf casse. Quand un œuf tombe sur une pierre c'est l'œuf qui casse »

Cette phrase, dans une interview du bonhomme, nous ferait rire à chaudes larmes car elle serait suivie d'un nombre incalculable de paraboles touffues et délectables de son univers mental. Ici elles nous font rire parce que Van Damme est un clown puis pleurer car Jean-Claude Van Varenberg est un grand homme et qu'il a su s'intégrer à ce projet dont la bizarrerie est synonyme d'excellence et d'une honnêteté émouvante. La sobriété qui anime ces quelques lignes tel des chapitres secrets d'un livre d'image sont des instants de béatitude et de calme au milieu des scènes sans fin d'une histoire simple mais monumentale. Passer constamment d'un état d'immersion sordide à celui de la joie la plus expressive et libérée n'est même pas un effort douloureux ou pénible. Le dosage des différentes composantes du film en font un bijou brut que tout le monde peut toucher sans oser le voler. Car malgré le très bon travail d'équipe nécessaire à une réalisation de cette envergure, ce travail, cet aboutissement ne sont le fruit que de notre héros, cet homme raillé, meurtri, le dernier des hommes faibles au milieu d'un monde de dieux tel un prophète qui se joue de lui-même et de son image : un très grand JC VD.

"Enfin quelque chose comme ça..."

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14 commentaires

  • Anonyme

    05/06/2008 à 09h29

    Répondre

    Un tres bon film, drole et emouvant  A voir absolument

  • Nicolas

    05/06/2008 à 10h01

    Répondre

    Grosso mode la même note que Knacki, l'oeuvre est forte, très bien réalisée, et a le mérite de présenter JCVD dans un rôle plus terre-à-terre. Même s'il n'est pas un grand acteur, il dégage ici une sensibilité attendrissante, à l'image de cette longue séquence où il s'adresse de but en blanc à la caméra, toujours avec ce parler un peu désordonné qui l'a fait comme il est, mais avec un vrai sens profond derrière, une véritable volonté de s'exprimer et peut-être de s'expliquer.


    Je m'amuse également à penser que toute la prise d'otages est une parabole sur la vie de l'acteur. Quelques exemples :

    - Il réclame de l'argent à une poste fermée (il veut devenir une "movie star" dans un Hollywood qui lui ferme les portes)

    - Aux yeux du monde, il est le preneur d'otages, alors qu'il est lui-même en otages (sa carrrière semble suivre la voie qu'il a choisi, alors qu'on l'a choisi pour lui)

    - Il se fait utiliser par les preneurs d'otages (il est utilisé par les producteurs, les réalisateurs, pour faire d el'argent sur son dos)

    - Les otages se retenant de rire alors que le petit garçon cherche à comprendre (sa propre fille l'aime mais subit les moqueries de ses camardes)

    - et d'autres trucs...


    Enfin voilà, pas besoin d'en faire des tartines, c'est probablement ce que j'ai vu de plus défendable depuis le début d el'année, à vérifier


    "Jean-Claude Van Damme, dans son premier rôle sensible !"

  • Hello

    05/06/2008 à 13h09

    Répondre

    Sniff, quelle belle critique.


     Je vais aller le voir pour la peine.

  • gyzmo

    06/06/2008 à 12h34

    Répondre

     Globalement, j'aurai très envie d'aller voir JCVD pour plein de raisons. La principale : je suis persuasé que derrière la forme maladroite de certaines reflexions de Van Damme, le fond est plus que pertinent. Et le film donne l'impression d'aller dans ce sens. Ce qui m'amène à la critique de Knackimax : y'a des passages à la synthaxe particulière que je ne comprends pas bien. Dont celui-là :


    le dernier des hommes faibles au milieu d'un monde de dieux tel un prophète qui se joue de lui-même et de son image


    Y'a une image importante derrière, j'en suis presque sûr, mais j'arrive pas à recomposer les morceaux. Van Damme se jouant de son image, oké. La qualification lui va bien, je trouve. Mais pourquoi le rapprocher d'un "prophète" ? Et c'est quoi cette histoire d'"homme faible" au milieu de "dieux" ? Un coup de main serait le bienvenu car je nage un peu-là ???

  • knackimax

    06/06/2008 à 14h27

    Répondre

    Ne pas négliger la présence a près cette conclusion du "ou quelque chose comme ça. Il s'agit d'une citation du film.


    Pour l'explication technique ca devient un peu complexe. Promis je m'expliques un peu plus tard. La meilleure facon de comprendre étant de voir le film je pense.

  • Bzhnono

    09/06/2008 à 15h32

    Répondre

    Très bon film, techniquement bien maîtrisé (plans, musiques, photo, décors, etc.)


    Très bonnes prestations d'acteurs. Comme tout le monde j'ai été plus qu'agréablement surpris par la prestation de JCVD, mais je n'oublie tous les autres, notament Zinedine Soualem que je n'avais jamais vu ailleurs de que dans des rôles de gentils ou timides (ou les deux) et François Damiens que je découvre après l'avoir pourtant apprécié dans OSS 117 et Cowboy.


     


    Bref un très bon moment et une confirmation, celle de Van Damme comme bon acteur, ce qu'il avait commencé à montrer depuis un ou deux films (notamment l'empreinte de la mort).

  • Anonyme

    10/06/2008 à 20h22

    Répondre

    Excellent!!! 


    vraiment magnifique et on commence à comprendre certaines de ses phrases cultes. N'oublions pas que c'est un homme qui ne parle français qu'en troisière langue après le flammand et l'anglais, donc...


    Magistral dans ce film!

  • Anonyme

    11/06/2008 à 10h04

    Répondre

    Et bien moi je dis NON !


    J'ai profité d'un petit passage en france pour aller voir ce film... et j'ai trouvé ca bien pourri !


    JC rien a redire, c'est ce que j'attendais de lui.


    Mais c'est quoi ce scenario miteux ? Je me suis trop trop trop ennuyé dans cette histoire de braquage de poste Belge...  quand c'est completement centré sur Van damme c'est plutot sympa (le meilleur passage etant le "face camera")... mais le reste est a mourrir d'ennui ! Jusqu'au montage Flashback qui sert a rien du tout.

    Alors deja ca me fait rigoler que ceux qui lui crachaient dessus ya dix ans fassent leur mea culpa et l'elevent au rang de star dechue / philosophe sensible et incompris, mais si en plus c'est pour nous infliger des merdes pareilles pff triste epoque.

  • Anonyme

    13/06/2008 à 20h15

    Répondre

    tres bon film, à voir

  • Anonyme

    15/06/2008 à 23h37

    Répondre

    Très bon film a voir absolument


    N'étant pas fan du type de films de Van Damme, j'ai quand-même été voir
    son dernier film "JCVD". Ce film m'a beaucoup émue, Van Damme se montre
    tel qu'il est: une homme sincère, sensible, humble et entier. Bravo,
    c'est un retour bien réussi et un succès bien mérité!
    Merci Jean-Claude, d'avoir eu le cran de te montrer tel que tu es
    vraiment. J'espère que ton film te rendra justice!

  • Anonyme

    17/06/2008 à 00h52

    Répondre

    Film très imparfait mais tellement attendrisant que l'on ne peut 'empecher de l'apprécier (à moins d'être vraiment allergique à JCVD).


     Jusqu'au montage Flashback qui sert a rien du tout.


     Le montage en flash back est le seul effet qui sert à argumenter la thématique du film mais lorsqu'on regarde le film que d'un oeil et/ou avec des à priories, il est évident que l'on trouve cela inutile.


     

  • nazonfly

    28/07/2008 à 20h30

    Répondre

    Enfin j'ai pu le voir. Que dire si ce n'est qu'il est effectivement très bon. Dès les premières minutes, la photo est superbe, pas de couleurs vives, mais une sombreur (?) intéressante. Au contraire des critiques ci-dessus, son petit laïus m'a un peu saoûlé. Mais le reste est génial.

  • Anonyme

    16/11/2008 à 11h06

    Répondre

    van varenberg n'est pas n'importe qui les usa  a renié l'athléte et l'europe l'homme et sa réponse est JCVD allez voir le film 

  • Anonyme

    10/03/2010 à 22h32

    Répondre

    tres bon film

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