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Jar City

Le polar à l'islandais, vous connaissez ? Non ? Ca ressemble à un peu à un polar français. Ou allemand. Enfin, c'est pas mal, quoi, sans prétention mais pas mal.

Sur la piste d'un meurtrier, le policier Erlendur (Ingvar Eggert Sigurðsson) met à jours les vestiges d'une affaire datant d'une quarantaine d'années. Alors que les éléments et les impasses se multiplient, Erlendur doit faire face à un problème encore plus compliqué : sa propre fille...

Les Islandais font des films. Si, si, c'est vrai, ils passent très rarement la frontière française et, lorsque c'est le cas, ne sont pas franchement médiatisés, mais il existent. Même que, dans leur registre, ils n'ont pas grand-chose à envier à une production française ou américaine. Comme c'est souvent le cas, il suffit qu'un film explose le box-office de sa patrie pour délier les distributeurs, et ainsi le proposer à un plus large public international.

Jar City est évidemment de ceux-là, et si avec le recul on ne saisit pas bien ce qui a pu le projeter au devant de la scène cinématographique de l'Islande (nous pouvons évidemment émettre des hypothèses avant tout fondées sur notre propre expérience, et ainsi prendre en exemple le fameux Astérix aux Jeux Olympiques et sa médiocrité plus ou moins évidente), il va de soi qu'un peu de fraîcheur ne fait pas de mal. Jar City est donc un polar, avec un meurtre, un assassin inconnu, un flic lancé à ses trousses, et un mystère sous-jacent. Une construction très classique, certes, qui donne lieu à une histoire assez alambiquée, généreuse sur le gore, et plutôt austère. L'un des personnages en fait d'ailleurs une belle mention au début du film, en parlant d'un meurtre « à l'islandaise ». L'intrigue, peu palpitante, parvient néanmoins à tenir en haleine malgré de graves fautes et de rythme et quelques bizarreries de scénario, celles-ci n'autorisant que peu de versions et donc peu d'assassins potentiels (les flashbacks successifs de la seconde moitié du film n'aidant pas). Même les personnages s'enfoncent dans les redites du genre, présentant tour à tour le flic solitaire et taciturne, sa fille délurée, son coéquipier beau gosse et un brin couard, la vieille folle, etc. En définitive, l'ambiance est pour beaucoup dans l'appréciation du film, l'action prenant place au milieu des paysages épurée de l'Islande et des mœurs de ses habitants (la nourriture a de quoi intriguer).

Une réalisation correcte pour un polar très conventionnel, que l'on appréciera principalement pour son côté « islandais ». Les virages de l'intrigue la complexifient un peu inutilement, et développent quelques longueurs malvenues, qui pourront avoir raison de certains spectateurs.

A noter : pointons une nouvelle fois du doigt les personnes imaginant les titres français, puisque la « cité des jarres » proprement dite n'est en rien le sujet du film, et encore moins un élément déterminant pour l'intrigue. Pour info, le titre VO « Mýrin » peut être traduit par « Marais ».

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3 commentaires

  • Subymona

    10/09/2008 à 14h56

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    Je crois bien que je vais partir en Islande cette semaine.
    La bande-annonce rend l'histoire encore plus surprenante que ne l'était
    le livre, paysages obligent. Dommage qu'elle dévoile tant de passages
    du roman. Mais je suppose que, du fait du récit policier, pour faire
    une bande-annonce accrocheuse, il faut bien révéler quelques
    rebondissements (je préfère cette explication à une autre du style
    "pfff mais tout le monde s'en fiche, du roman"). ^^ D'autant plus que
    les salles ne seront peut-être pas bien bondées pour voir un film
    islando-germano-danois, en islandais. Amateurs d'humour noir (si le
    film conserve celui du livre), foncez! Et même si vous n'aimez pas l'humour noir, le roman policier islandais, c'est bon, mangez-en !

  • Subymona

    17/09/2008 à 17h30

    Répondre

    Bon, ça fait bizarre de se répondre à soi-même mais mon premier avis concernait la fiche technique et celui-ci concerne le film et la critique de Nicolas, dont je partage l'avis.


    Le succès du livre (si, si) a aussi aidé au passage de la frontière et explique le maintien du titre "Jar City" (celui qui avait aussi été donné au livre), alors que la cité des jarres est effectivement plutôt marginale dans le film - encore qu'il soit surprenant que l'inspecteur conserve un cerveau si longtemps sur sa table. ^^ Je ne sais pas pourquoi Myrin n'avait pas été gardé pour le livre non plus...


    La réplique du meurtre "à l'islandaise" est quasiment reprise mot pour mot du livre, et j'étais bien contente de la retrouver, car pour tout étranger, tout cela semble effectivement bien austère, comme tu dis. Avoir cette réplique au début nous renseigne aussi un peu sur ce qui nous attend: quelque chose "à l'islandaise".


    Paradoxalement, du coup, le film vaut plutôt (pour nous) pour ses paysages et son dépaysement total que pour son intrigue, pourtant au coeur du roman policier. Mais je me demande bien comment les islandais perçoivent cela: ils connaissent leurs coutumes alimentaires, leurs paysages, leur fichage génétique...et j'aurais du mal à conseiller le film pour son intrigue ou pour ses qualités d'adaptation. J'aurais d'ailleurs aimé l'avis de quelqu'un qui n'a pas lu le livre, quant à l'histoire parce que je me suis sentie très extérieure à l'intrigue - une distance que j'ai attribuée au dépaysement et au fait que j'en connaissais déjà tous les détails (de l'intrigue).


    Est-ce que tu avais lu le livre, ou pas, Nicolas ? Parce que, si non, étant donnés tes commentaires sur l'ambiance etc., que je rejoins, j'en déduis que la difficulté à "entrer" dans le film pour son intrigue n'est vraiment liée qu'au film (parce que, dans le livre, je n'avais eu aucun mal). Je ne dois pas être très claire...


    A noter aussi la langue: même en ayant l'habitude de voir de la VO dans des langues autre que l'anglais (donc du japonais par exemple, pour prendre quelque chose qui sonne vraiment différemment), l'Islandais offre également des sonorités très très spécifiques (avec quelques rappels de l'anglais au niveau vocabulaire). 


    M'enfin, même si arte diffusera sans doute ça un jour, le grand écran aide vraiment au dépaysement. 

  • Nicolas

    17/09/2008 à 18h17

    Répondre

    Je n'ai pas lu le livre, non, je n'ai même pas intégré qu'il y en avait à l'origine (pourtant je me souviens l'avoir entendu). A la réflexion, j'imagine que l'intrigue doit beaucoup mieux passer par écrit, dans tous les sens du terme.

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