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Jack et la mécanique du cœur

Il y a film d'animation et film d'animation. Et puis il y a des chefs d'oeuvre, des monuments de poésie et de beauté. Jack et la mécanique du coeur fait certainement partie de ces derniers.

Édimbourg. Le jour le plus froid sur terre. La neige tombe épaisse et aveuglante de blancheur. Une femme enceinte gravit une colline sur laquelle se dresse une maison gothique, la maison de l'accoucheuse Docteur Madeleine. La femme s'effondre à quelques pas de la porte. Heureusement Madeleine la recueille et met au monde Jack, petit lutin roux en parfaite santé. Hormis bien sûr son cœur gelé qui sera vite remplacé par une horloge. Avec ces trois lois dignes des Lois de la robotique d'Asimov : Jack ne devra jamais, au grand jamais, toucher ses aiguilles, ne jamais se mettre en colère... et surtout ne jamais tomber amoureux !

Voici en quelques lignes résumées les premières minutes de Jack et la mécanique du cœur. Au départ de cette aventure cinématographie était un livre écrit par Mathias Malzieu et critiqué sur ces pages. Le livre nous avait à l'époque un poil déçu par son côté fleur bleu mais nous avait aussi charmé par la magie imaginativement folle de l'auteur, une magie qui, déjà, nous rappelait l'œuvre de Tim Burton ou de Caro et Jeunet. La deuxième étape du projet passa bien évidemment par un album car, après tout, Dionysos (et Mathias Malzieu) est un groupe de musique ! Le disque était du genre très réussi et permettait de mettre en musique les mots de Malzieu, de nous emmener avec lui en Andalousie, de nous faire découvrir les personnages du livre avec toute leur épaisseur en associant chacun d'entre eux à des voix (Jean Rochefort, Olivia Ruiz, Arthur H, Émilie Loizeau, Alain Bashung et bien sûr Grand Corps Malade). Le scénario planté, l'habillement musical effectué, il ne manquait plus que l'image pour parfaire le tableau. C'est désormais chose faite avec ce film en images de synthèse réalisé par Malzieu himself et Stéphane Berla, déjà réalisateur des clips de Neige, Tais-toi mon cœur et Cloudman de Dionysos.


DR. Miss Acacia a un petit creux

Jack et la mécanique du cœur est une petite merveille visuelle, notamment sous les doigts de Nicoletta Ceccoli, l'illustratrice du roman et la graphiste du film : ses personnages au visage disproportionné et au corps maigre et squelettique rappellent par certains aspects Jack Skellington de L'Étrange Noël de Monsieur Jack de Henry Selick (avec la patte de Tim Burton). C'est bien évidemment un compliment ! Au détail près que là où le Jack de Selick/Burton est effrayant, triste et pathétique, le Jack de Ceccoli/Malzieu est au contraire terriblement vivant, courageux et innocent. Jack et la mécanique du cœur abandonne d'ailleurs assez rapidement la froide ville burtonienne d'Édimbourg pour partir dans un voyage onirique que l'on ne peut manquer de rapprocher de La science des rêves de Michel Gondry mais surtout pour atterrir au final dans un cirque « à freaks », ce qui nous amène fatalement vers des références comme Tod Browning ou Caro et Jeunet ! Ces références, auxquelles on rajouterait bien Terry Gilliam pour faire bonne mesure, sont une évidence dans la matière même du film qui sait nous transporter dans un univers fortement influencé par les années folles, un univers fait de bric et de broc où tout est possible, même une horloge en guise de cœur !


DR. L'extraordinarium

 

Pour asseoir cet univers, il fallait bien sûr des personnages forts et hauts en couleur : Jack apparaît bien entendu sous les traits de Mathias Malzieu et Miss Acacia, son amour de toujours, sous ceux d'Olivia Ruiz, à l'époque en couple avec Malzieu. Miss Acacia est d'ailleurs sans doute une des belles réussites du film, à la fois enfant maladroite et femme fatale, danseuse et chanteuse de talent. L'autre grand personnage de Jack et la mécanique du cœur est indubitablement Georges Méliès dont les bacchantes ne sont plus à présenter. Justement ces bacchantes-là sont doublées par une autre paire de moustaches célèbres : Jean Rochefort qui apporte toute sa douce folie, sa diction si particulière à un personnage très important dans le film, peut-être même le plus important en dehors du couple Jack/Miss Acacia. Pour finir avec les personnages, la seule déception que nous aurions à déplorer serait le peu de place accordé à Joe, le négatif de Jack sous la voix de Grand Corps Malade.


DR. Jack et Georges Méliès à la recherche de l'amour

 

Nous l'avons déjà dit précédemment mais il est bon d'asséner encore ce fait évident : Jack et la mécanique du cœur est un fabuleux film, empli de cette poésie baroque et décalée qu'on apprécie chez Burton, Gondry ou Jeunet. Certaines sont d'ailleurs tout simplement magnifiques : l'envol du train dans le ciel, la danse entre Jack et Miss Acacia ou encore la touchante fin que l'on peut interpréter de multiples façons.

A propos de l'auteur

Intéressé par beaucoup trop de sujets, nazonfly est en charge de la partie Musique Krinein depuis quelques années. Ce qui ne l'empêche pas de visiter les territoires des livres, du cinéma, des médias et même de sciences et tech.

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