8/10

J. Edgar

Celui qui a été l'homme le plus influent pendant plus d'un demi-siècle aux Etats-Unis voit son histoire adaptée au cinéma par Clint Eastwood. Pas n'importe quel réalisateur donc mais pas n'importe quel homme non plus !

Le pitch en 2 mots.

L'histoire se concentre sur les deux aspects principaux d'Hoover : sa vie privée et sa vie professionnelle. D'un côté, il y a l'homme présumé gay et travesti ; et de l'autre, il y a le premier directeur du FBI, qui a notamment traqué John Dillinger.

La critique.

Alice27 : Le film représente plus une interprétation de ce que fut la vie d'Hoover que sa vie elle-même, car beaucoup de mystères demeurent. C'est une notion importante que le public doit intégrer car il peut ainsi mieux comprendre pourquoi certains thèmes restent « sur la réserve ». Par exemple, le fait qu'Hoover soit homosexuel et qu'il ait eu une liaison avec Tolson : on peut percevoir l'attirance et le besoin qu'ils ont d'être ensemble, sans pour autant être certains qu'il s'agit d'amour. Alors oui ils s'embrassent, oui ils se disent qu'ils s'aiment. Eh bien malgré ces scènes, on n'est pas sûrs : ils finissent leur vie en étant proches tout en restant chacun chez soi, ne s'embrassent qu'une seule et unique fois et Hoover tente désespérément d'appliquer les principes que sa mère, autoritaire et possessive, lui inculque et qui s'opposent amèrement à l'homosexualité.


Le directeur et sa main droite (désolé...).

C'est là toute la puissance du film : trop d'aspects de la vie d'Hoover restent mystérieux et ce sont ces aspects mêmes qui, tout en étant interprétés d'une façon remarquable et intense par les acteurs, nous parviennent comme étant incertains. Ainsi, Eastwood est parvenu d'une façon admirable à laisser subtilement transparaitre les doutes concernant Edgar à l'écran, et à les insérer parfaitement avec les faits réels, non moins intéressants.


Miss Gandi ou celle qui aurait pu être l'atout séduction du film.

Il est également important de souligner le jeu des acteurs que nous rencontrons au début de leur carrière et que nous quittons lorsqu'ils sont très vieux. L'aspect visuel est parfaitement réaliste et à couper le souffle (Léonardo Di Caprio vieillard… !) et chacun reste cohérent avec l'époque du moment. Le film n'est pas du tout construit d'une manière chronologique et pourtant, le spectateur n'est jamais perdu entre les différentes époques auxquelles il assiste à travers ce film. Leur jeu, qu'ils soient jeunes ou vieux, laisse sans voix. Assister à une si grande évolution humaine à l'écran est fascinant : ainsi nous comprenons quel homme complexe était Hoover, avec des peurs et des troubles, mais qui gérait pourtant parfaitement la distinction entre sphère publique et vie privée. Sa relation avec sa mère est également importante : homme puissant et influent au travail, il devient jeune et innocent auprès de sa mère, qui semble voir la vie qu'elle (ou son mari) n'a jamais eu à travers son fils.

Il est loin le petit Jack de Titanic !

OuRs256 : On remarque d'ailleurs ce changement d'époque assez facilement grâce au style graphique adopté par le réalisateur. Si tôt que l'on revient dans le passé, on voit l'image se vieillir et adopter ce ton suranné qui a fait les beaux jours des vieux cinémas. Cette petite pirouette était nécessaire pour que le spectateur ne soit pas perdu puisque les changements d'époques sont très fréquents. Ces retours/avancées dans le temps sont d'ailleurs souvent très bien utilisés montrant des scènes qui se passent à l'identique dans le présent et dans le passé. L'époque est parfaitement restituée et on ne croirait pas, lorsque l'on voit le film, qu'il a été tourné en 2011. Les années 20 et leur excentricité tout comme les années 50 et le complot communiste sont fidèlement représentées. C'est d'ailleurs un vrai bonheur de voir les voitures d'époque et les bonnes vieilles fusillades de gangsters à l'américaine.

Une M-ère désireuse de restaurer la grandeur de sa famille.

Au niveau de la bande-son, les fans de Clint Eastwood ne seront pas dépaysés. Comme à son habitude, le réalisateur utilise le son et la musique avec parcimonie. Ce n'est pas problématique en soi mais il n'y a que très peu de musiques. Seuls les moments mélancoliques et les passages émotions semblent avoir le droit à un véritable traitement de faveur. Mention spéciale aux acteurs aussi qui réussissent à vieillir leur voix de manière significative (Léo en vieux narrateur est juste terrible).


En pleine délibération.

Les avis.


Un agent du FBI.

Alice27 : Ce film est à mon goût instructif et particulier. En ce qui me concerne, il m'a donné l'envie de marquer une courte pause pour observer ce qui m'entoure. Il nous apprend qu'une société qui ne tire aucune leçon du passé est vouée à l'échec, ce que l'on peut difficilement contredire. De plus, Hoover a tenté toute sa vie de protéger sa société, son pays, et voulait l'améliorer, la moderniser (le concept des empreintes digitales a mis du temps avant d'être accepté et tout ce qu'il entreprenait d'innovant était mal perçu au départ). Malheureusement, peut-être était-il trop obsédé par la menace du communisme, sa principale cible et ce pourquoi il a choisi cette voie, car il est passé à côté de bien des avancées dans le pays qu'il voulait protéger. Ce qui m'a le plus frappée, c'est le caractère actuel du personnage. Il essaie de manipuler les medias en leur faisant croire qu'il a été à l'origine de plusieurs arrestations, ment et contourne les lois pour mettre en valeur le FBI. Ce genre de phénomène se retrouve complètement dans l'actualité politique en ce moment et c'est là que nous nous remettons en question : si Hoover agissait à l'époque comme les hommes d'état agissent aujourd'hui, peut-être n'a-t-on tiré aucune leçon du passé, comme l'évoque le film. Peut-être que la société est vouée à répéter ses erreurs. J. Edgar est donc un film qui fait réfléchir, dont on sort instruit et un peu plus ouvert sur notre propre société, celle qui nous fait vivre.

OuRs256 : Un film fort, bien géré et qui donne vraiment envie de s'intéresser à la
J. Edgar Hoover, pensif...
vie de J. Edgar Hoover. Il est très difficile de discerner le vrai du faux et la petite discussion avec Tolson à la fin nous montre à quel point la barrière entre la réalité et la fiction est ténue. Le jeu des acteurs est impressionnant et je dois avouer que j'ai été impressionné par Léonardo Di Caprio. Depuis Shutter Island, je me suis mis à l'apprécier de plus en plus (bon surtout avec Inception). Fini les rôles de potiche et de playboy inutile, place à l'acteur réfléchi qui choisit ses rôles en fonction de leur intérêt. J. Edgar prouve aussi que ce qui fait une histoire, ce sont les personnages. Hoover à lui tout seul monopolise l'attention, attire le regard et il est très difficile de s'attacher aux autres personnages. C'est comme si le Hoover avait même réussi à s'approprier l'histoire de sa vie. Même au niveau du film, il garde le contrôle : c'est lui qui décide si quelque chose doit être révélé ou non. L'histoire d'un organe aussi important que le FBI est très intéressante pour un novice. Voir la considération apportée par les américains aux bureau à ses débuts comparé à ce qui se fait maintenant est vraiment impressionnant. On voit le bébé de Hoover grandir et surtout devenir une nécessité pour la nation américaine. Vraiment bluffant.

A propos des auteurs

Un peu fou mais passionné de manga depuis ma plus tendre enfance, je n'hésite pas à tester tout et n'importe quoi (surtout n'importe quoi en fait...).

12 commentaires

  • naweug

    14/12/2011 à 23h51

    Répondre

    Leo di Caprio, ça fait un moment qu'il a arrêté de jouer des "rôles de potiche et de playboy inutile".. bien avant Shutter Island ou Inception. Il n'est effectivement pas mauvais, malheureusement je lui trouve certains tics ou certaines expressions un peu trop récurrentes dans son jeu, qui font que je "crois" moins au personnage qu'il incarne. Mais j'ai bien envie de voir ce film, ne serait-ce parce que c'est Eastwood à la caméra..http://cinema.krinein.com/j-edgar-20236/critique-17873.html

  • riffhifi

    15/12/2011 à 01h43

    Répondre

    Oui, son dernier rôle de playboy, c'était dans Aviator en 2004. Le précédent, en 1998 dans Celebrity. Et je ne crois pas qu'on puisse considérer qu'il ait déjà joué un rôle de "potiche" (à part peut-être dans Critters 3, quand il était enfant).

  • OuRs256

    15/12/2011 à 09h34

    Répondre

    riffhifi a dit :
    Oui, son dernier rôle de playboy, c'était dans Aviator en 2004. Le précédent, en 1998 dans Celebrity. Et je ne crois pas qu'on puisse considérer qu'il ait déjà joué un rôle de "potiche" (à part peut-être dans Critters 3, quand il était enfant).


    C'est déjà trop proche... Et puis, cette image lui collait carrément à la peau. Pour moi, dans Titanic, c'est une potiche (c'est juste que mes potiches à moi sont particulières ).

    naweug a dit :
    Leo di Caprio, ça fait un moment qu'il a arrêté de jouer des "rôles de potiche et de playboy inutile".. bien avant Shutter Island ou Inception. Il n'est effectivement pas mauvais, malheureusement je lui trouve certains tics ou certaines expressions un peu trop récurrentes dans son jeu, qui font que je "crois" moins au personnage qu'il incarne. Mais j'ai bien envie de voir ce film, ne serait-ce parce que c'est Eastwood à la caméra..
    http://cinema.krinein.com/j-edgar-20236/critique-17873.html


    Je suis pas totalement d'accord. Même si y'a un air, le personnage de Hoover et celui d'Inception par exemple sont vraiment TRES différents et on voit bien la différence entre les deux (même si Shutter Island/Inception = perse plutôt similaire je te l'accorde mais là on voit bien la différence), surtout au niveau du caractère de Hoover qui est vraiment conquérant.

  • hiddenplace

    15/12/2011 à 10h43

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    Moi je ne trouve pas qu'il ait un rôle de potiche dans Titanic (je veux dire, c'est le rôle principal, quoi !)

    Sinon je trouve aussi que c'est un très bon acteur (pas vu le présent film par contre), mais comme Naweug, je pense qu'il a parfois des systématismes, qui donne une impression de surjeu, alors qu'à mon avis au contraire il ne veut sincèrement pas en faire trop. (ex : dans Les noces Rebelles, pourtant le film en soi est très bien hein) Mais bon, ça reste du pinaillage, il reste très convaincant, ne serait-ce que par l'éventail assez varié de rôles qu'il choisit, justement.

  • gyzmo

    15/12/2011 à 11h44

    Répondre

    Arrête-moi si tu peux, Gangs of New York, Blood Diamond, Les Infiltrés, Mensonges d'Etat - sans compter Shutter Island ou Inception. DiCaprio a largement prouvé qu'il était autre chose qu'une "potiche". Vaudrait peut-être un peu voir le bonhomme sur du long terme et pas seulement sur un ou deux rôles de jeunesse^^

    J'irai voir J. Edgar. C'est certain.

  • Nicolas

    15/12/2011 à 14h00

    Répondre

    Je pense que c'est surtout l'opinion publique, pour ne pas dire la gente masculine, qui l'a vite catalogué en petit minet à la mèche rebelle à cause notamment de ses rôles dans Roméo & Juliette et Titanic. C'est une image qui lui a collé à la peau de nombreuses années, malgré la diversité de ses rôles et son talent.

  • nazonfly

    15/12/2011 à 15h12

    Répondre

    Alors que le plus préjudiciable dans ce film c'est quand même Eastwood à la réalisation.

  • Kil.Art

    14/02/2012 à 10h14

    Répondre

    Apres deux films très décevants, Clint Eastwood livre un biopic très élégant sur un homme méconnu, alors qu'il est l'une des personnalités les plus influentes de la culture Américaine du XXe siecle.
    J. Edgar Hoover, directeur et quasiment créateur du FBI, nous est livré comme une personnalité à l'ambition inégalable et aux valeurs extrêmement tranchées mais à la fois un visionnaire torturé qui a révolutionné les services de police.
    L'interprétation de Leonardo DiCaprio est magnifique tant le sentiment d'avoir en face de nous un homme entier et réel est fort.
    Il démontre un peu plus que cet acteur est l'un, si ce n'est le plus grand de sa génération.
    A ses cotés, Naomi Watts et Armie Hammer lui donnent parfaitement la réplique dans des rôles d'une sobriété remarquable.
    Le film lui même n'est pas marquant de part sa technicité mais n'en reste pas moins un drame maîtrisé qui réconciliera certainement le spectateur avec Clint Eastwood.

  • OuRs256

    14/02/2012 à 10h19

    Répondre

    Kil.Art a dit :
    Apres deux films très décevants, Clint Eastwood livre un biopic très élégant sur un homme méconnu, alors qu'il est l'une des personnalités les plus influentes de la culture Américaine du XXe siecle.
    J. Edgar Hoover, directeur et quasiment créateur du FBI, nous est livré comme une personnalité à l'ambition inégalable et aux valeurs extrêmement tranchées mais à la fois un visionnaire torturé qui a révolutionné les services de police.
    L'interprétation de Leonardo DiCaprio est magnifique tant le sentiment d'avoir en face de nous un homme entier et réel est fort.
    Il démontre un peu plus que cet acteur est l'un, si ce n'est le plus grand de sa génération.
    A ses cotés, Naomi Watts et Armie Hammer lui donnent parfaitement la réplique dans des rôles d'une sobriété remarquable.
    Le film lui même n'est pas marquant de part sa technicité mais n'en reste pas moins un drame maîtrisé qui réconciliera certainement le spectateur avec Clint Eastwood.


    Hoover un homme méconnu ? Aux USA, je peux t'assurer que tout le monde le connait ^^. En Europe, la plupart des gens qui font des études d'anglais doivent faire de la Civi américaine et on le connait =D

  • Guillaume

    14/02/2012 à 10h30

    Répondre

    Méconnu ne veut pas forcément dire inconnu

  • OuRs256

    14/02/2012 à 10h36

    Répondre

    Guillaume a dit :
    Méconnu ne veut pas forcément dire inconnu


    Oui mais je reste sur ma position, méconnu aux USA, j'ai de gros doutes ^^.

  • Kil.Art

    14/02/2012 à 10h47

    Répondre

    Ca reste un personnage de l'ombre quand meme.

    Et quand je dis méconnu, c'est que le nom est connu, mais ce qu'il a fait durant sa vie, n'etait pas tout a fait explicite, moi meme j'ai pris du plaisir a en apprendre plus sur cet homme.

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