7.5/10

Ip Man - La légende du Grand Maître

Passé sous silence, Ip Man constitue pourtant le retour en force du cinéma d'action chinois, mené au combat par un Donnie Yen toujours aussi fringant. A voir, pour les amateurs de chorégraphies martiales bluffantes.

Les plus anciens parlent de Bruce Lee, les plus jeunes parlent de Jet Li, mais il ne faut pas oublier qu'un certain nombre d'artistes martiaux tout aussi valables continuent à évoluer dans le cinéma, oriental et occidental. Parmi eux, Donnie Yen fait partie des plus présents, et se positionne comme un combattant aux multiples (grands) talents.

Parmi la quantité de maîtres qui officient à Foshan, Ip Man est certainement le plus talentueux. Alors que l'armée japonaise envahit le pays, le maître sombre peu à peu dans l'oubli et la misère, jusqu'au jour où un général japonais féru d'arts martiaux découvre le talent des Chinois pour le combat...


Le film souhaite donc nous faire découvrir une autre grande figure des arts martiaux plutôt méconnue, en annonçant d'entrée de bande-annonce qu'il s'agit d'un des professeurs de Bruce Lee himself. L'histoire nous amène donc dans la première moitié du 20ème siècle, à la rencontre d'un expert en arts martiaux qui ne souffre apparemment d'aucune équivalence, stéréotype assez récurrent de la cinématographie martiale chinoise. Qu'il soit en duel, en léger désavantage numérique, ou carrément surclassé par le nombre, Ip Man enchaîne les victoires sans être inquiété et quasiment sans subir le moindre petit coup à l'abdomen. Une fois le spectateur conscient de cela, et nul doute que les habitués du genre le seront dès les dix premières minutes, l'enjeu des combats en eux-mêmes devient pratiquement inexistant, même lors du grand final. Autre grand cliché du biopic martial chinois, la période traitée signifie également pour la Chine l'invasion et l'occupation par l'empire japonais, une nouvelle fois personnifié comme le mal absolu. Un officier japonais est forcément brutal, irréfléchi, meurtrier dans l'âme, et ne cherche que la souffrance du peuple qu'il martyrise. Le film ira même jusqu'à comparer la tenue de leurs arts martiaux respectifs, confrontation qui ira évidemment en la faveur de la Chine - un nouvel élément à porter au dossier du nationalisme ambiant dont est victime le pays. Ajoutons, pour la bonne forme, que Donnie Yen, en dépit de ses qualités martiales, n'est pas un acteur de premier plan, et qu'il peine donc à retranscrire les émotions du personnage au-delà de son simple faciès d'homme concentré.


Si je suis méchant d'entrée de jeu avec Ip Man, c'est pour tempérer le sac d'arguments mélioratifs que je m'apprête à lui attribuer. Ce qu'il est important de comprendre, c'est qu'un film chinois d'arts martiaux, c'est comme une comédie musicale, nous n'y allons pas pour l'histoire ou le jeu des acteurs, mais pour la qualité des chorégraphies et des chansons. Donnie Yen ne chante pas, mais se positionne indubitablement comme une grande sommité du combat, comme il a pu maintes fois le prouver avec des films comme Hero ou La secte du Lotus Blanc. Sous les directives de Sammo Hung, chorégraphe de grande renommée, Donnie donne le meilleur de lui-même, alternant les affrontements amicaux et les rapports de force plus violents, ne reculant jamais devant la menace du nombre, insufflant au personnage son statut de grand maître. Magnifiés par la réalisation plutôt tape-à-l'œil de Wilson Yip, les combats de Ip Man sont une succession de prouesses physiques, un véritable égal pour les amateurs d'arts martiaux qui pestent de plus en plus contre la profusion des câbles. Ils ne sont probablement pas totalement absents, mais les affrontements sont bruts de forme et évitent les fantaisies acrobatiques habituelles. Un travail remarquable a également été porté sur la photographie, qui parvient à scinder le film en deux parties très distinctes : les tons colorés et la profusion de lumière donnent vie aux années de paix de la Chine, tandis que les couleurs sombres la plonge dans l'enfer de la guerre et de l'occupation. Le personnage d'Ip Man a également pour lui de se présenter comme père de famille, avec tous les problèmes que cela peut engendrer. Par jeu de regards, on constate qu'un malaise s'est installé entre lui et son épouse, entre lui et son enfant. Rien de bien développé, mais c'est un petit plus à porter au crédit d'un grand maître que l'on découvre invincible en combat, mais faillible en tant qu'homme.

Rythmé et impressionnant à regarder, Ip Man pèche un peu lorsque l'on discute de la reconstitution historique, partiale et partielle, et de son scénario plutôt commun dans ses idées. Il demeure néanmoins un film d'arts martiaux extrêmement recommandable, porté par un Donnie Yen toujours au sommet de sa forme. A découvrir immédiatement en DVD ou Blu-Ray.


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2 commentaires

  • Guillaume

    21/10/2010 à 18h31

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    Ip Man ne manque pas d'adresse

  • nazonfly

    21/10/2010 à 19h18

    Répondre

    N'empêche on attend toujours la V6 !

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