Invasion - Dossier

Dossier sur les quatre versions de Body Snatchers

A l'origine, il y a un roman de Jack Finney publié sous formé d'épisodes dans un magazine bon marché. Intitulé The Body Snatchers, il vient d'être adapté pour la quatrième fois au cinéma... La paranoïa fait recette à toutes les époques !

L'invasion des profanateurs de sépulture

1956
1956
Le premier film, tourné en noir et blanc par Don Siegel (futur réalisateur, entre autres, de L'inspecteur Harry), traite déjà le sujet sans fioritures : une entité extraterrestre investit le corps des humains, puis crée des cocons dans lesquels leurs clones sont générés. Ces clones sans émotion remplacent alors les humains à l'insu de leurs proches, créant ainsi une communauté grandissante d'individus désincarnés. Le Dr Bennell (Kevin McCarthy) et sa fiancée Becky Driscoll prennent conscience de l'invasion, mais peuvent-ils vraiment l'arrêter ?
A l'époque, la menace extraterrestre est couramment interprétée comme une métaphore du communisme, une lecture évidente pour cette histoire de course à la vie communautaire. Si l'allusion est peu fine, le film n'en reste pas moins un bon suspense de science-fiction, certes un peu daté et timoré, mais assez dérangeant pour son époque.
Pour la petite histoire, l'acteur principal Kevin McCarthy, qui fait une courte apparition dans le remake de 1978, est aujourd'hui âgé de 93 ans et a encore deux projets de films pour 2008...

L'invasion des profanateurs

1978
1978
Cette deuxième version, avec son ambiance seventies, ses effets spéciaux percutants et son casting savoureux (Donald Sutherland, Leonard Nimoy, Veronica Cartwright et un tout jeune Jeff Goldblum), reste peut-être la plus réussie. Les mouvements de caméra nauséeux et invasifs (eh oui), les tons rouges de l'image et l'aspect culte de ses scènes d'horreur en font un spectacle d'épouvante bien plus efficace que le premier que le premier film.
Quant au sous-texte du film, il n'est plus question d'y voir une quelconque peur du communisme ; on y trouverait plutôt une dénonciation de la société contemporaine, où l'appartenance à la société, au monde professionnel et à la norme prend le pas sur les émotions et l'humanité.
Côté clin d'œil au film de 1956, outre Kevin McCarthy, on trouve Don Siegel dans le furtif rôle d'un chauffeur de taxi.

Body Snatchers

1993
1993
Changement de ton, c'est Abel Ferrara qui réalise. Si l'ensemble est plus rock'n'roll, années 90 oblige, et s'attache plus aux personnages, l'histoire peine cependant à démarrer malgré une durée totale inférieure à 1h30. On a le plaisir de trouver dans des rôles secondaires des acteurs comme Forest Whitaker ou R. Lee Ermey (l'éternel sergent-instructeur de Full Metal Jacket, à nouveau en militaire).
L'histoire s'écarte significativement de celle du livre et des autres adaptations : située à proximité d'une base militaire, elle ne comporte aucun des personnages du livre et met en scène des aliens plus graphiques, équipés de tentacules dégoûtants. L'influence de la saga d'Ellen Ripley est évidente à l'écran... Ainsi que celle de la version 1978, dont plusieurs éléments sont repris, notamment le cri inhumain que poussent les clones pour désigner les humains. Malgré ces références, le film de Ferrara garde un style assez personnel, bien glauque et parfois franchement mystique, et comporte une ou deux scènes vraiment marquantes. La nécessité de revisiter cette histoire commence cependant déjà à se faire douteuse...

Invasion

2007
2007
Alors pourquoi cette nouvelle version ? Pour montrer comment le "virus" est arrivé sur Terre ? Très franchement, on s'en cogne. Pour inverser le rôle de l'homme et de la femme, donnant ainsi la vedette à Nicole Kidman ? Pur exercice de style, si ce n'est de la simple démagogie. Pour se livrer à une surenchère de suspense, d'action, d'effets spéciaux ? Vous allez rire, c'est sans doute le film le plus mou et le plus dénué d'effets spéciaux depuis l'original de 1956 ; même le concept de clonage a disparu, au profit d'une petite incubation interne très peu graphique. Alors quoi, le but est-il simplement de proposer une nouvelle lecture du thème, adaptée aux années 2000 ? Si ce n'est que pour assener une vague réflexion sur le fait qu'une humanité pacifiée serait une humanité morte, n'importe lequel des trois films précédents s'en chargeait à peu près aussi bien. Si le climat de paranoïa qui flotte autour du virus est supposé évoquer le SIDA, il manque un réel parallèle, et le sujet ne s'y prête pas franchement. Inutile donc de réaliser ce qui ressemble étrangement à un épisode double de la série Au-delà du réel (la voix off finale et le générique qui la suit renforcent cette impression), une version guindée, cheap et assez terne dans laquelle seul Daniel Craig tire son épingle du jeu. On y trouve même une variante du fameux sketch de Jean-Marie Bigard « on va faire deux groupes de un... »
En soi, le film est loin d'être exécrable, mais quand on passe après trois réussites, on ne peut pas se permettre d'être médiocre. Pour un premier film hollywoodien, Oliver Hirschbiegel (réalisateur de La chute) se prend une belle peau de banane, d'autant que la sortie du film est repoussée depuis deux ans, et qu'une partie des scènes a été retournée par James McTeigue (V pour Vendetta).

A force de refuser de donner dans la surenchère, la quatrième version de Body Snatchers ne donne plus dans rien. Préférez la cuvée 1978.

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Michael Clayton

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8 commentaires

  • Anonyme

    23/10/2007 à 09h52

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    on ne parle pas de The faculty de rodriguez et je suis sur qu'il y a d'autres films que celà, perso, le meilleur est celui avec  donald sutherland et  cette image de fin où on le voit pointer de doigt le visage livide et la bouche grande ouverte indiquant la derniere personne non infestée. Magnifique

  • riffhifi

    23/10/2007 à 10h14

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    The faculty n'est pas une adaptation de Body Snatchers, mais je t'accorde que pas mal de films puisent dans cette veine de "l'invasion interne" ; on peut établir un parallèle avec les films de zombie aussi.

  • gyzmo

    23/10/2007 à 12h12

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    En terme d'invasion interne à caractère "critique engagée", ma référence reste They Live de Carpenter car sans conscessions, il griffe l'administration Reagan d'époque avec fougue et pertinence. Un régal. Le Body Snatchers de Ferrara, bof bof quand même. Devraient pas avoir de mal à faire mieux avec cette nouvelle adaptation. Je me demande qui sera visé cette fois-ci huhu...

  • Bzhnono

    23/10/2007 à 12h12

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    Je pense, concernant la version 2007, que le fait qu'elle ait trainée dans les cartons des studios pendant 2 ans et que certaines scènes aient été retourné par un réalisateur différents a vraiment changé le visage du film.


    Ayant vu l'eXpérience et La Chute de Hierschbiegel (désolé si j'écorche le nom du réalisateur) je me dis que ce film devait être sûrement meilleure dans sa version réalisateur et pas dans cette version...non pas à ch*** mais vraiment mauvaise, et surtout décevante pour toute personne ayant suivit ce talentueux réalisateur.

  • riffhifi

    23/10/2007 à 12h40

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    gyzmo, crois-moi, la version Ferrara vaut dix fois le film sorti cette semaine

  • Umbriel

    23/10/2007 à 13h19

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    J'ai vu Invasion et clairement, c'est vraiment parce que j'ai un abonnement que je suis allé le voir. Y'a certaines scène qui sont à la limite du ridicule. Ca se laisse regarder, mais parfois, on regarde sa montre pour "voir" combien de temps il reste.. Parce que c'est lent :s  

  • weirdkorn

    30/10/2007 à 23h04

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    Pour la version 2007 c'est navet navet navet navet navet navet. Au moins ça m'aura bien fait marrer tellement c'est raté.

  • Cineman

    30/10/2007 à 23h20

    Répondre

    Ouep disons que j'ai trouvé les 20 premières minutes plutôt intéressantes de par l'atmosphère crée et puis ensuite ca devient d'une banalité affolante. On s'attend à tout , pas un brin d'originalité et on s'ennuie ferme. C'est d'autant plus dommage qu'il y a un bon casting et qu'étant donné le réalisateur ca aurait pu etre beaucoup mieux. 

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