7/10

Intolérable cruauté

Aussi bon cru(auté) que cuit

Le dernier film des frères Coen est généralement attendu avec enthousiasme. L'un (Joel) réalise, l'autre (Ethan) produit, et les deux écrivent et montent. On leur doit déjà Sang pour sang - Blood simple (1984), Arizona Junior - Raising Arizona (1986), Miller's Crossing (1990), Barton Fink (1991), Le Grand Saut -The Hudsucker Proxy (1994), Fargo (1995), The Big Lebowski (1997), O'Brother (2000) et The Barber : l'homme qui n'était pas là - The Man Who Wasn't There(2001).
Le dernier venu Intolerable Cruelty est une comédie romantique glamourisée par le couple délicieusement mordant formé par la classieuse Catherine Zeta-Jones Douglas (Marylin Rexroth) et le dent-esque George Clooney (Miles Massey).

"J'aime mon indépendance. Malheureusement de nos jours, il faut avoir les moyens de sa liberté. Comment la gagner ? Se lier corps et surtout biens à un mari bien sous tous rapports... financiers, puis faire casquer le pigeon en le piégant par l'une de ses faiblesses d'homme suffisant pour qui tout se révèle insuffisant. Les femmes sont souvent des tentations irrésistibles pour un homme marié. Mais encore faut-il avoir un avocat spécialisé dans les divorces fructueux qui est passé maître dans la mise en scène du racket spectaculojudiciaire et en a fait un fond de commerce juteux. Miles Massey est le meilleur dans ce domaine. Et je l'ai appris à mes dépens, lorsque mon mari, après avoir fait "tchoutchou" avec une blonde miteuse, l'a engagé et m'a laissé sans mirifique train de vie... mais la partie ne fait que commencer..."
Marylin Rexroth

L'histoire en elle-même n'a pas grande importance. Je vois déjà des regards inquiets se profiler. Mais soyons clairs, les atouts du film sont ses dialogues fuselés, ses acteurs incroyablement bons et son humour déjanté si caractéristique des films coenesques.
Au sommet de sa forme, George Clooney incarne carnassièrement un personnage tout en dents, verve et cynisme touché par la grâce de (l'Amour personnifié par) la féline Catherine Zeta-Jones. Avant tout, l'acteur compose un rôle comique, qui n'est pas sans rappeler celui d'Ulysses dans O'Brother. Le jeu de Clooney excelle dans le genre clownesque (elle est facile, celle-là), et rejoint celui d'un autre acteur charismatique : Cary Grant (dans des comédies comme Monkey Business). On se rend compte à quel point sa palette peut être variée et surtout encore inexploitée. Quant à Catherine Zeta-Jones Douglas, elle est pareille à elle-même : toute en formes, glamour et élégance (ah Catherine dans son tailleur blanc ou sa robe rouge...). Le couple de stars, tout comme le film, délivre un léger parfum des années 5O qui n'est pas pour déplaire. Les seconds rôles sont tout aussi savoureux et trouvent leur place près du duo chic et choc, même sous l'éclipse de Clooney. La patte des frères Coen est reconnaissable dans la galerie de personnages atypiques : le froufouteux baron Krauss von Espy (Jonathan Hadary), Donovan Donaly, producteur abusé et désabusé (Geoffrey Rush), Gus "ass" Petch, minable détective privé (Cedric The Entertainer), Howard Doyle, bouseux de texan milliardaire (Billy Bob Thornton) etc. On reconnait également la "coen touch" dans le grain de fantaisie et de folie qui jalonne le film et prend toute son ampleur burlesque en deuxième partie, notamment avec l'ahurissante scène du cambriolage du "siffleur". Les frérots réussissent à pimenter le scénario assez basique par quelques répliques bien lancées et rattrapées qui font mouche sans tsé-tsé. Un bel exemple de dialogues virevoltants : les répliques entre les avocats et Rexroth dans la scène d'ouverture du procès Rexroth qui se démarque par son parfait timing.

Comédie piquante azimutée, romance acidulée d'une dent de Clooney et d'un oeil de velours de Zeta-Jones, et critique légère des comédies romantiques et des moeurs des bourgeois et avocats : Intolerable Cruauté ne dépareille pas de la fabuleuse filmographie des Coen.

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1 commentaires

  • nazonfly

    23/12/2004 à 16h27

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    Mon Dieu, quelle déception que ce film des célèbres Frères Cohen.
    Les gags s'enchaînent mal dès le début du film. C'est du très moyen. A l'arrivée des personnages principaux, tout change. Et le pauvre spectateur n'aura plus que le choix de subir ce film.
    Miévrerie hollywoodienne, sourire colgate de Clooney le détestable.
    Seuls sauvent presque le film la beauté de Catherine Zeta Jones et la bande originale.

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