7/10

Into the wild

Tout le monde, certainement, connaît Sean Penn en tant qu'acteur. Et la plupart des gens s'accorde pour dire que c'est un acteur majeur. Mais il a au moins une autre corde à son arc : il est aussi réalisateur. Et là aussi, c'est presque un consensus. Son dernier film Into the wild a bénéficié d'une très bonne aura et de bonnes critiques.
Mais ce qui m'a décidé à aller le voir, ce n'est pas Sean Penn. Ce n'est pas le casting, ni même l'affiche. Non ce qui m'a décidé, c'est la photo qui illustrait l'article concernant Into the wild dans le programme de mon cinéma.

Walk like a canadian
Walk like a canadian
Cet homme qui marche seul, dans un paysage magnifique et désertique. Quelle photo terriblement puissante et évocatrice. Surtout quand on associe cette photo à la description du film. Pensez donc : un enfant de très (trop?) bonne famille qui vient d'obtenir son diplôme décide de tout laisser tomber, d'oublier son identité pour aller vivre SA vie. Qui n'a jamais rêvé de tout laisser derrière soi, cette société étouffante, forcément hypocrite? Le ver est dans la pomme, jetons donc la pomme pour aller créer sa propre pomme. Après un dernier tour des Etats Unis pendant lequel ce petit jeune au brillant avenir, futur d'Harvard, va découvrir des "vrais" gens (des gens qui ont le coeur sur la main, qui ont compris ce qu'était la vraie vie, proche de la nature), il va réaliser son rêve : partir loin de tout, loin de tout le monde, dans la nature. En Alaska.

Fiers de jouer dans Into the wild
Fiers de jouer dans Into the wild
Ah qu'il est loin le temps de l'industrie miracle, du progrès magnifié ! Aujourd'hui, il n'y a qu'une chose de vraie : le retour à la nature. Et c'est le thème du film. Enfin ça aurait pu être le thème du film, mais Sean Penn semble passer largement à côté du sujet. A moins que ce soit volontaire, mais rien n'est moins sûr. Car Sean Penn est un américain. Et Christopher McCandless (c'est le nom du héros) en est un aussi. Dans son retour à la nature, McCandless va croiser de vieux hippies sur le retour. Au bord d'un énorme van. Il va croiser un agriculteur. Aux moissonneuses batteuses avalant des kilomètres et des kilomètres de champs de blés. Il va se croiser lui-même. Avec au poignet une montre que même la mode bling-bling aurait récusé depuis longtemps. Il va revenir à la vie sauvage. Avec sa bite et son couteau. Mais surtout son bon vieux flingue, parce que pour chasser, c'est quand même plus pratique. Parce McCandless, c'est Supertramp (le super vagabond), un genre de Superman du wild, du genre à affronter des rapides sans avoir jamais fait de canoë, du genre à gravir sans cesse des montagnes, du genre à sauter dans les cours d'eau alors que tout est gelé alentours. Supertramp, le héros des temps modernes ! Vous me direz, bien sûr, que,dans ce tableau, il manque encore quelques bondieuseries habituelles américaines : ne vous en faites donc pas, vous en aurez bien assez.

McCandless est une lumière
McCandless est une lumière
Et pourtant, McCandless est un tendre. Il s'émeut devant la beauté de la nature. Et d'ailleurs le spectateur le suit parfaitement sur ce plan-là : les décors (naturels évidemment) sont terriblement magnifiques et, du Grand Canyon à l'Alaska, Into the wild est un très beau panorama de ce que sont aussi les Etats-Unis. Et ce retour à la nature est aussi un retour sur lui-même. Comme un parcours initiatique que Sean Penn a décidé, en toute légèreté, de montrer en toutes lettres à l'écran, parce que faut s'adapter à son auditoire, faut guider le spectateur. Emile Hirsch (l'acteur qui joue McCandless) y est magnifique, comme diraient les critiques. En général, ça veut dire qu'il a perdu plein de kilos pour le rôle, voire qu'il s'est fait pousser la barbe. Ici, on a de la chance, on a un très grand acteur, vu qu'il a perdu du poids ET s'est fait pousser la barbe ! (encore que celle-ci soit miraculeusement coupée à ras relativement souvent dans le film). N'oublions pas dans la caricature de ce jeune génie qui choisit une bien drôle de vie, son enfance malheureuse. Parce que vous comprenez bien, ça n'aurait pas pu arriver sans cela.

Et oui, Sean, t'es passé à deux doigts du chef d'oeuvre
Et oui, Sean, t'es passé à deux doigts
du chef d'oeuvre
Presque. Ca sera le mot de la fin. Car Into the wild est presque un très bon film, mais pas tout à fait. On aurait aimé que le merde au monde lancé par ce gamin soit vraiment complet. En un sens, évidemment, il l'est, mais tant de choses l'empêchent encore de retourner à cet état initial paradisiaque. Mais malheureusement il n'est que presque into the wild. Le film aurait pu être touchant, violent, prenant, militant. Il l'est presque.

Il se peut que, bien sûr, je n'aie pas compris le sens caché du film. Peut-être que tout ce que je lui reproche a été voulu. Peut-être qu'au contraire, Sean Penn ne voulait que raconter une histoire, avec les défauts et les qualités d'un homme. Donc, que tout ceci ne vous dégoûte pas de ce film contre la société-qui-est-la-source-de-tous-les-maux (je le sais, je l'ai entendu à la télé), Into the wild est, malgré tout ce qui a pu être dit plus haut, un très bon film. Presque.

A découvrir

P.S. : I love you

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A propos de l'auteur

Intéressé par beaucoup trop de sujets, nazonfly est en charge de la partie Musique Krinein depuis quelques années. Ce qui ne l'empêche pas de visiter les territoires des livres, du cinéma, des médias et même de sciences et tech.

17 commentaires

  • Anonyme

    14/02/2008 à 14h33

    Répondre

    Je suis du meme avis en moins sévère. Le film est vraiment un bon film. Alors, certes, on y voit des américains, mais c'est normal. Après tout, ce voyage n'est pas qu'un retour à la nature, mais en grande partie des rencontre avec des "vrais" gens. Et le film montre çà.


    On s'attend à un film à la limite du phylosophique, vecteur d'introspection, etc... Et on a plutot un très bon road-movie.


    C'est en cela qu'il m'a déçu. Même si  ce que j'ai vu est très bon, ce n'est pas cela que je recherchais.

  • Anonyme

    15/02/2008 à 17h57

    Répondre

    D'accord avec tral, je pensais en allant le voir à avoir le droit à un Fight Club avec de beaux paysages, mais on se rapproche plus d'un film genre "Carnet de voyage"...


     J'ai d'ailleurs été assez déçu par la grande révélation de la fin (il n'y a de bonheur que partagé) un peu 'facile' et aurait préféré une plus grand prise de risque; que Sean Penn nous emmène sur quelque chose de moins 'évident' (sans prétention) mais peut être plus interessant ou ouvrant au moins un débat sur la conclusion du film...


     J'ai quand même passé un très bon moment en allant voir ce film.

  • Umbriel

    19/02/2008 à 09h44

    Répondre

    Un très joli film, un bon road movie. Maintenant, je ne suis pas sur qu'il faille y voir un film philo ou un merde à la société, pour moi, ça raconte l'histoire (vraie si on en croit le générique) d'un jeune homme.


    Pour le reste, je doute qu'il y ai un sens caché à ce film. Mais ce n'est que mon avis. 

  • Narog

    23/02/2008 à 09h15

    Répondre

    Plutot d'accord avec tout ça...mais avant de tout mettre sur le dos de Penn, j'aimerais bien avoir l'avis d'un lecteur du bouquin dont le film est tiré!...Pour ce qui est de ma propre pensée à la sortie de la salle, j'avoue m'être dit que le film aurait vraiment atteind au but si je l'avais vu une dizaine d'années plus tôt...ah! la rage, le "merdalasociété" de mes 15 ans!..


    Je suis donc d'accord sur les critiques à propos du fond du film, mais il serait vraiment dommage de ne pas reconnaitre les quelques bonnes idées au niveau de la forme,et les splendides paysages que j'ai trouvé plutot biens filmés...bien que pas assez!


    Bon road movie, en somme...pour la reflexion profonde faudra repasser...mais y avait deja des indices pour nous prévenir(cf:l'affiche du BON Clint Eastwood dans la chambre de McCandless avant le grand départ),c'est l'aventure d'un bon gars qu'il sagit de suivre,pas de plonger dans l'âme humaine! 

  • Narog

    23/02/2008 à 20h19

    Répondre

     J'ai dis plus haut :


    "Pour ce qui est de ma propre pensée à la sortie de la salle, j'avoue
    m'être dit que le film aurait vraiment atteind au but si je l'avais vu
    une dizaine d'années plus tôt...ah! la rage, le "merdalasociété" de mes
    15 ans!.."


    Veuillez m'en excuser, je ne sais pas trop ce qui m'a pris...j'ai du sentir la fibre "vieux-con" s'éveiller en moi...peut-être ce côté "super vagabond", cette facilité improbable à citer Tolstoi tout en mangeant des lémuriens...ce stylo qui n'en finit pas d'avoir de l'encre(tout un hiver!!)...et puis ce côté un peu trop larmoyant de la bonne famille rongée par les secrets...ce que je voulais dire, c'est que je trouvais cette "révolte" un peu trop facile...ou pas assez profonde...à mon humble gout!


    Mea culpa!


     

  • Anonyme

    14/03/2008 à 15h47

    Répondre

    Ce film est tout simplement sublime! Il m a fendu le coeur et j en suis même carrément ressortie changée!
    Je ne vois plus tout a fait la vie de la même facon! Aprés l avoir vu 5 fois, c est décidé , l an prochain je pars dans l ouest américain, faire un périple sur les traces de chris...
    Félicitations à sean penn, émile hirsch et tous les gens qui ont participé à la naissance de ce film qu on devrai faire voir dans les écoles!

  • nazonfly

    14/03/2008 à 17h07

    Répondre

    Pas sûr que le propos développé dans le film plaise aux écoles, mais c'est sympa de voir quelqu'un aussi passionné.

  • Anonyme

    03/07/2008 à 21h45

    Répondre

    Excellent film.

  • shushu

    12/08/2008 à 11h48

    Répondre

    Mon cinéma de quartier ayant la délicate attention de poursuivre la distribution de ce genre de film, en VO qui plus est, j'ai profité du calme aoûtien pour le voir.


     


    Première partie du film un peu ennuyeuse pour ma part. J'ai vraiment eu peur de ne pas accrocher au propos. Je n'ai ensuite compris que bien tard que la donzelle, narratrice, était sa soeur et non sa copine (la façon dont les parents la traite donne plutôt dans le ton de la pièce rapportée qui ne s'élevera jamais au niveau de la famille).


     


    La famille a effectivement une histoire tordue, comme si Christopher avait besoin d'un prétexte défiant toute concurrence pour partir. Les épisodes de sa jeunesse, racontés, par sa soeur, sont à la limite du crédible et du crédule. Mais, passe encore, ça ne pèse pas trop lourd dans l'histoire.


     


    J'ai trouvé ce héros égoïste, même s'il me rappelait Amélie Poulain par son aura qui cherche à rendre les gens heureux. Il quitte tout un chacun sans états d'âme, sans remords. Chacune de ses rencontres est le début d'une période de pleinitude qui précède une tristesse dématerialisée : les au-revoir (hugs) sont rares, comme si la liberté que Chris représente est toute transparence. Impalpable pour les gens qu'il laisse derrière lui. A tel point que j'ai ressenti toute la frustration de cette petite guitariste qui demandait qu'à partager l'insouciance du héros.


     


    Dans l'anecdotique, j'ai vraiment cru que Ron Franz serait le pédophile de service. Ouf !


     


    Pour le reste, les derniers moments du film sont vraiment sublimes et celui-ci prend beaucoup de valeur avec ses dernières minutes. Peut être parce qu'enfin, le héros ne parait plus intouchable (et là je rejoins nazgul : les rapides en canoë c'était vraiment too much).


     


    8/10. 


     


     

  • Anonyme

    03/01/2009 à 13h52

    Répondre

    J'ai d'ailleurs été assez déçu par la grande révélation de la fin (il
    n'y a de bonheur que partagé) un peu 'facile' et aurait préféré une
    plus grand prise de risque; que Sean Penn nous emmène sur quelque chose
    de moins 'évident' (sans prétention) mais peut être plus interessant ou
    ouvrant au moins un débat sur la conclusion du film...



     Sean Penn a retranscris à l'écran la vérité qu'avait finit par trouver ce jeune homme, le vrai Chris McCandless. Il n'a pas inventé cette fin et n'a sans doute pas voulu la changer, par respect pour l'homme et sa quête, sans doute.


    Tout dans ce film n'est pas exactement comme dans le livre, comme dans beaucoup d'adaptations malheureusement. Mais l'esprit y est, et c'est l'essentiel.

  • Anonyme

    10/01/2009 à 14h18

    Répondre

    J'ai vu et revu ce film depuis sa sortie, et je pense que tu as oublié de citer, que ce film qui n'atteind que le presque pour toi, et un film biographique, qui retrace la vraie vie d'un homme 'Christopher johnson  McCandless' donc contrairement à ta critique sur le point du Super Hero américain, je ne le pense pas non. Après chacun son point de vue biensur, mais il faut essayer de regarder ce film de façon à oublier tout le reste, je te conseille le livre de john krakauer si tu as l'envie d'une exploration plus approfondie, qui pour moi est tout aussi bien que le film. Surement tu t'en doute que je ne suis pas trop d'accord avec ta critique mais personellement j'aimerais plus de film dans ce genre, je ne dis pas que la pensée de ce brillant homme est absolue mais pour moi certain point sont aà approfondir ou meme à adopter pour certains. Après rien est utopie.


    Bonne continuation à toi.


    Mx N.

  • nazonfly

    10/01/2009 à 15h47

    Répondre

    C'est sûr que je devrais lire le livre, et c'est d'ailleurs une bonne idée! Et c'est sûr aussi que j'échangerais ce film contre pas mal d'autres, d'ailleurs j'ai mis une bonne note. Seulement j'en avais peut-être trop attendu. Ou alors est-ce que je m'étais imaginé un certain type de film, et du coup je me suis retrouvé devant un autre type et j'ai été déçu.


    Et qui sait, je le reverrais peut-être un jour, avec plus d'expériences, une autre vision, et mon avis changera. Who know? 

  • Anonyme

    14/01/2009 à 17h11

    Répondre

    Sauf que ce film raconte une histoire vraie et ça tout le monde semble l'oublier ici ...

  • gyzmo

    14/01/2009 à 18h02

    Répondre

    Il ne raconte pas tout à fait une histoire vraie. Le film de Penn est une libre adaptation d'un bouquin qui s'inspire  lui-aussi librement d'une bien étrange épopée (et pas si romanesque que ça d'après le documentaire The call of the wild de Ron Lamothe).

  • Anonyme

    10/07/2009 à 00h35

    Répondre

    Je pense que tu devrais revoir se film!



    Car tu semble être passé completement à côté :



    Se filme cache plein de sous reflexio, que l'on découvre tout au long de sont perrible. Ce qui est très bien fait ici c'est qu'au début on l'envie : un mec brillant, beau gosse, inteligent, qui par, car c'est bien ca le theme il est libre il choisit de d'aller où bon lui semble, avec une telle liberté qui frôle voir un je m'enfoutisme dérangant. Et poutant on l'envie! Partir, faire un retour aux sources pour fuir les maux du quotidiens, car il ne faut pas oublié que si il part c'est aussi à cause de sa relation famillialle. Au fond pourquoi part-il? Il y a en lui une sorte de quete, de recherche de lui même, non pas comme quelqu'un sans personalité, mais plus comme un besoin de se prouver, ou tout simplement de faire les choses!



    Au debut donc on l'envie, il incarne l'homme qui est libre, ensuite on l'admire c'est pas forcement le paradis mais il continue, enfin on se dit qu'il a surement été un peu trop loin (pas en distance mais dans son exil), et lui aussi, il écrit d'ailleur: «Hapiness is only real when shared».

  • Anonyme

    03/02/2010 à 09h38

    Répondre

    Je suis d'accord avec Ludo, vous oubliez que que le film est inspiré de faits réels. Moi qui est lu le bouquin je peux vous dire que l'adaption à la fois de ce dernier et du périple de Mccandless est très bien réussi. Je pense qu'il faut voir le film à travers la pensée de Chris,ce film emmerde bien la société, la politique ect... . Il a évidemment une portée quelque peu philosophique puisqu'il montre l'émancipation d'un homme et son refuge dans la nature. Malheureusement pour lui, il aurait plus s'en tirer mais dans sa quete de liberté totale, il a simplement omi de prendre une carte, s'il en avait eu une, il aurait vu qu'il etait à 10 kl d'une route et à 4 kilometre d'une paserrelle qu'il lui aurait permi de franchir le fleuve. Et pour qui  pensent toujours que ce n'est pas une histoire vraie, l'auteur du bouquin à lui même rencontré les parents du défunt.

  • nazonfly

    03/02/2010 à 09h44

    Répondre

    Mais du coup l'émancipation de l'homme et son refuge dans la nature semblent au final aboutir à une impasse non?

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