6.5/10

Interview

Bouchées doubles ou bouchées mi ?

Steve Buscemi est une figure incontournable du cinéma contemporain. Ces vingt dernières années, on l'a vu chez Tarantino, Jim Jarmusch, John Carpenter, les frères Coen, Robert Rodriguez, Michael Bay et Tim Burton. Second rôle indispensable, il se double d'un réalisateur sensible mais rare, puisqu'il tourne avec Interview son quatrième long métrage en onze ans.

Pierre Peders (Buscemi) est journaliste. Spécialisé dans les sujets politiques, il est désespéré d'apprendre qu'on le charge d'interviewer Katya (Sienna Miller), une actrice de série télé et de film d'horreur. Plein de mépris pour la saltimbanque, il lui avoue d'emblée qu'il ne connaît rien d'elle et qu'il s'en moque complètement. Ce qui aurait pu tourner court deviendra au fil des heures une soirée étrange et chaotique, entre rapport de force et séduction, où les masques ne tombent que pour laisser place à de nouveaux.

Interview est le remake d'un film hollandais réalisé par Theo Van Gogh en 2003. Van Gogh était l'arrière-arrière-arrière-petit-fils du frère de Vincent Van Gogh. Etait, parce qu'il est mort assassiné en 2004. Voilà pour la petite histoire qui, bien que croustillante, ne livre aucune clé pour comprendre le film de Buscemi, par ailleurs dédié à Theo.

Pierre ne danse pas que le jerk
Pierre ne danse pas que le jerk
Pierre et Katya. Un nom français et un nom russe, attribués mystérieusement à deux personnages clairement américains. Pseudonymes ? C'est possible. Cette caractéristique commune est le premier d'une série d'éléments qui rapprochent les deux être plus qu'ils ne veulent l'admettre. Soyons franc : il n'y a rien de bien original à voir se révéler les personnalités d'un journaliste aigri et d'une starlette superficielle. Le premier est plus humain qu'il n'en a l'air, et la deuxième moins nunuche que l'image véhiculée par les tabloïds. Sur ce point, le choix de Sienna Miller, plus connue pour avoir été la nana de Jude Law que pour ses talents d'actrice, s'avère particulièrement judicieux pour le rôle de Katya. Steve Buscemi acteur, comme à son habitude, est irréprochable, et semble assumer sans peine son ubiquité - être devant et derrière la caméra se révèle parfois casse-gueule. Reprenant la méthode de Van Gogh, Buscemi tourne à trois caméras numériques : une sur lui, une sur Sienna Miller et une troisième pour les plans d'ensemble. Idéal pour capter les performances dans toute leur spontanéité.

Mais aussi agréable que soit le film, et la confrontation entre ses deux personnages, on ne peut s'empêcher de rester sur sa faim. Malgré un retournement final assez surprenant, Interview semble amputé d'un début et d'une fin. Plusieurs éléments sont suggérés sans jamais trouver de réel développement, et le spectateur doit faire son possible pour reconstituer les pièces du puzzle. Ajoutons à cela une utilisation parfois erratique de la musique, et le résultat - sans manquer d'un charme décalé - laisse un sentiment de légère frustration. On peut  supposer que Steve Buscemi a préféré abandonner son intrigue au profit de ses deux portraits, quitte à perdre en substance ce qu'il gagne en émotion.

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