8/10

Insensibles, le miracle espagnol

C'est toujours facile de repérer un premier film : récit inégal, effets clipesques à répétition, références étouffantes aux modèles etc… Mais parfois, la maîtrise des techniques cinématographiques et scénaristiques est telle qu'on en oublie complètement que ce que nous avons sous les yeux est l'œuvre d'un petit nouveau. C'est le cas avec Insensibles, premier long-métrage du jeune réalisateur espagnol Juan Carlos Medina, promis on l'espère à une grande carrière.

 

Un cinéma espagnol revisité.

Dans Insensibles on suit deux histoires croisées : la première a lieu vers 1930 dans un hôpital où grandissent des enfants atteints d'une maladie rare qui les prive de toute sensation de douleur. Parmi eux, le petit Benigno sensible et doué de ses mains, semble poser quelques difficultés à l'établissement. Le deuxième pan du scénario se situe de nos jours, avec David, un neurochirurgien atteint d'une tumeur, qui doit retrouver ses parents biologiques pour survivre. Sa quête l'amène bien évidemment du côté de l'hôpital dorénavant abandonné…


DR.

Si vous n'aimez pas le cinéma d'horreur espagnol, il y a peu de chances pour que ce film vous parle car tous les poncifs y sont présents : du gore soigné, une esthétique flamboyante, des enfants effrayants, le fascisme en toile de fond et un rapport omniprésent à l'histoire de la péninsule. Mais pourtant, à aucun moment le spectateur ne ressent le déjà-vu où la redondance des clichés. Medina arrive à s'extirper des modèles en créant son propre univers et en s'émancipant des habitudes du film d'épouvante. En effet, si certaines scènes sont à la limite de l'insoutenable par leur violence, il est tout de même difficile de catégoriser le film qui oscille entre le fantastique, le thriller, le drame familial et le film historique, le tout avec une atmosphère extrêmement poétique où l'émotion se mêle à la peur et au dégoût.

 

Toute la beauté de la douleur.

S'il fallait trouver un thème général au film, ce serait celui de la douleur, qui, si elle n'est justement pas ressentie par les enfants, n'en est pas moins absente de leur vie et nous atteint, nous spectateurs, qui ressortons tout tremblants de la salle, certains d'avoir assisté à un grand film.


DR.

Il faut dire que tout y est : les acteurs mettent en valeur toute la complexité de leur personnage et du scénario, notamment les enfants troublants d'innocence au milieu de toute cette violence. La musique se fait tantôt discrète, tantôt magistrale, totalement au service des émotions disparates que veut faire passer le réalisateur. On pourra regretter que certaines scènes avec David ne soient pas aussi fortes que celles des enfants mais cette impression s'estompe dans la seconde partie du film ou tout devient de plus en plus sombre et compréhensible, jusqu'à un final incendiaire en apothéose.

Il n'est pas dit qu'Insensibles connaisse un immense succès en France et c'est bien dommage, il est rare de voir une réalisation si maîtrisée et une histoire qui sait rester claire malgré sa lecture à plusieurs niveaux, notamment la métaphore de l'Espagne, sans vouloir trop en dévoiler. Une bonne surprise qui promet un bel avenir à Juan Carlos Medina, un nom à retenir.

A découvrir

Taken 2 - la critique

Partager cet article

A propos de l'auteur

Je regarde plein de films et sur mon temps libre je suis journaliste. J'ai eu peur devant Paranormal Activity et je me suis endormi devant Interstellar. Mes goûts n'engagent que moi.

17 commentaires

  • Loïc Massaïa

    23/10/2012 à 13h58

    Répondre

    J'avais très envie de voir ce film, moi qui ne suis pas fan de Del Toro, mais qui ai bien aimé l'orphelinat et qui aime beaucoup Amenabar, je me dis que le cinema fantastique espagnol me plait quand ce n'est pas del toro qui est derrière la caméra, et que donc ce film à des chances de me plaire, surtout après avoir lu les nombreuses critiques enthousiastes qui ont suivit sa sortie...
    Malheureusement, il n'était pas diffusé chez moi. Me reste à attendre le bluray/dvd ...http://cinema.krinein.com/-25756/insens ... 19856.html

  • naweug

    23/10/2012 à 14h28

    Répondre

    Ca donne bien envie de le voir !

  • Noub

    24/10/2012 à 20h15

    Répondre

    Effectivement, moi aussi ça me donne envie de le voir ! J'ai toujours du mal à me convaincre d'aller voir des films où la violence est représentée, sans doute parce que je crains qu'elle le soit avec trop de facilité ou de complaisance (à part dans des films comme Kill Bill où le second degré joue à plein). Et ça n'a pas du tout l'air d'être le cas avec ce film. Puisqu'on en parle, j'avais aussi aimé "Les Autres" d'Amenabar même si ça m'a l'air complètement incomparable à "Insensibles" en ce qui concerne la représentation de la violence.

  • Loïc Massaïa

    24/10/2012 à 20h49

    Répondre

    Noub a dit :
    Effectivement, moi aussi ça me donne envie de le voir ! J'ai toujours du mal à me convaincre d'aller voir des films où la violence est représentée, sans doute parce que je crains qu'elle le soit avec trop de facilité ou de complaisance (à part dans des films comme Kill Bill où le second degré joue à plein). Et ça n'a pas du tout l'air d'être le cas avec ce film. Puisqu'on en parle, j'avais aussi aimé "Les Autres" d'Amenabar même si ça m'a l'air complètement incomparable à "Insensibles" en ce qui concerne la représentation de la violence.


    Oui, je pense que c'est tout autre chose. Mais moi aussi j'avais bien aimé "les autres" mais je l'ai vu il y a si longtemps, qu'il faudrait que je le revois.

  • naweug

    24/10/2012 à 20h56

    Répondre

    Il n'y a quasiment pas de violence dans les Autres. Un peu de la torture mentale (normal, ce sont des esprits)..

  • Pucy Cadole

    29/10/2012 à 14h39

    Répondre

    Pas encore (jamais?) distribué en Belgique... comme plusieurs autres films espagnols, dommage

  • cubik

    29/10/2012 à 14h44

    Répondre

    si c'etait que les espagnols...

  • Pucy Cadole

    29/10/2012 à 14h59

    Répondre

    C'est vrai. Bien dommage pour le cinéma non-USA.

    Les derniers films espagnols que j'ai vu en salle étaient "Balada triste" et "Malveillance"... en 2011!
    J'espère qu'un petit cinéma comme l'Aventure le programmera

  • cubik

    29/10/2012 à 15h03

    Répondre

    ah ben même le ciné des usa hein
    va trouver God Bless America ici

  • nazonfly

    29/10/2012 à 15h30

    Répondre

    cubik a dit :
    ah ben même le ciné des usa hein
    va trouver God Bless America ici


    J'ai vérifié : le meilleur cinéma du monde le diffuse.

  • cubik

    29/10/2012 à 15h55

    Répondre

    ah ben tant mieux pour lui, mais on parlait de Belgique là >

  • el viking

    29/10/2012 à 18h30

    Répondre

    Ca me fait penser que les frites belges sont pas terribles du tout...

  • cubik

    29/10/2012 à 19h09

    Répondre

    hérétique!!!!

  • el viking

    29/10/2012 à 20h38

    Répondre

    Sans déconner! On m'en avait fait tout un flanc, j'ai essayé avant-hier et c'était... euh, ce n'est peut-être pas le sujet pour en parler, maintenant que j'y pense... En tout cas, elles avaient un arrière goût de fromage, j'y ai quasiment pas touché! A ce compte là, je préfère encore les frites du restaurant universitaire!

  • cubik

    29/10/2012 à 20h40

    Répondre

    non mais les bonnes friteries, c'est comme les coins à champignons, on les donne pas comme ça >

  • Pucy Cadole

    30/10/2012 à 00h11

    Répondre

    cubik a dit :
    non mais les bonnes friteries, c'est comme les coins à champignons, on les donne pas comme ça >

    Toutafay!

    Un arrière goût de fromage? Je n'ose imaginer le boui-boui ou c'est préparé
    Tu en as mangé où?

    Pour revenir au sujet, il n'y a rien de neuf dans la mauvaise distribution des peloches en Belgique. Si les films n'étaient pas massivement doublés en France, on vous envierait

  • Loïc Massaïa

    12/03/2013 à 15h16

    Répondre

    Bon un peu déçu, je n'ai pas trouvé ce film si fort que ça. Maitrisé, oui, mais il lui manque une certaine dimension. J'aurais préféré qu'il soit plus dans le mystère, que dans l'illustration un peu simple des évènement. Du coup, si certaines scènes sont fortes (surtout la 1ère et le dernière d'ailleurs), on n'est jamais surpris, et ça c'est dommage. Tout est "évident", et la quête d'identité menée par le docteur est un artifice, elle n'est là que pour appuyer l'idée, un peu simpliste, qu'il ne faut jamais oublier le passé, car cela nous conduirait irrémédiablement dans une impasse (ici symbolisée évidement par la mort).
    En gros ma critique aurait été un mélange entre celle là:
    http://www.filmdeculte.com/cinema/film/Insensibles-4555.html
    et celle là:
    http://www.films-horreur.com/2012/10/critique-insensibles-juan-carlos-medina-2012/
    et j'aurais mit 6,5

Participer à la discussion

Nous nous réservons le droit de ne pas publier les commentaires qui ne nous semblent pas appropriés (netiquette, loi, point godwin, imbécillité profonde, etc.). Et ne venez pas crier à la dictature !

Vous allez commenter en tant qu'invité-e :

Krinein cinéma, c'est l'actualité et les critiques de films qui sortent au cinéma, en dvd et en bluray .

Des grands classiques aux films d'actions hollywoodiens. Pas de tabous chez Krinein cinéma, hormis, peut-être, les films français qui sont trop souvent oubliés.

Rubriques