5.5/10

Informant! (The)

Le quatrième Steven Soderbergh de l'année (oui, le bonhomme est productif) est en manque de personnalité, à l'instar de son héros tâtonnant. Dommage, car Matt Damon y livre une prestation atypique.

Parmi les cinéastes qui se sont fait un nom à Hollywood au cours de ces dernières décennies, Steven Soderbergh a réussi à rester un des plus insaisissables : depuis sa percée avec Sexe, mensonges et vidéo il y a vingt ans, il n'a eu de cesse d'alterner petites et grosses productions, films indépendants et blockbusters glamours. Sa boulimie de tournage et son éclectisme font de cet Informant le quatrième film de Soderbergh visible en salles en l'espace de neuf mois ! Si les deux premiers en constituaient un seul (Che 1 et Che 2), le troisième a fait une sortie sous-marine en juillet : sous le titre Girlfriend Experience, le réalisateur filmait une prostituée (jouée par une ex-star du porno) avec une caméra
"Et si je vous disais que
ceci n'est pas un cendrier ?"
numérique. Après le sexe et la vidéo, The Informant marque le retour des mensonges, dans un scénario paradoxalement tiré d'une histoire vraie, ou supposée telle...

1992. Mark Whitacre (Matt Damon), cadre chez ADM, est amené à côtoyer l'agent du FBI Sam Shepard (Scott Bakula, vingt ans après Code Quantum) dans le cadre de son travail. Il en profite pour lui faire une grave révélation : ses employeurs ont pris l'habitude de s'entendre avec les sociétés d'autres pays pour fixer le prix de la lysine. Il accepte de travailler comme informateur, micros et caméras à l'appui, pour faire tomber les coupables aux mains de la justice...

La lutte contre une vilaine grosse corporation sans scrupule, bien entendu, est un thème déjà croisé chez Soderbergh : Erin Brockovich, en 2000, avait même été un de ses plus gros succès. Bien que le scénario soit également inspiré d'une affaire réelle, The Informant lorgne plutôt du côté d'Arrête-moi si tu peux, voire de Burn after reading... Sans pour autant trouver son propre ton, ni même son sujet exact. Matt Damon, métamorphosé en Amerloque moyen bedonnant, moustachu et rougeaud, incarne un personnage à des kilomètres du beau gosse juvénile qu'il était encore récemment dans les trilogies Bourne ou Ocean's. Oscillant entre le génie et l'imbécile, menteur compulsif, Whitacre passe son temps à accumuler les révélations, sans que ses interlocuteurs (ou les spectateurs !) sachent exactement quelle y est la part de vérité, de flan,
"Euh..."
d'exagération, de pipeau ou d'omission. Ce flou total, entretenu à travers tout le film et au-delà, empêche de se prendre de la moindre empathie pour le héros, malgré son omniprésence et la récurrence d'une voix off qui nous fait partager ses pensées. Car loin d'éclairer ses motivations, les pensées en question attestent d'un cerveau désorganisé, en constante ébullition sur une multitude de sujets insignifiants, parfois même sans aucun rapport avec les évènements qui l'entourent. Du coup, le film semble ne jamais démarrer, s'occuper exclusivement de brouiller les pistes et la compréhension... Ni comédie ni espionnage, vaguement parodique dans son usage de musique à la lisière du james-bondien et du panthère-rosien, il promène la silhouette alourdie de Damon d'un lieu à l'autre, d'un interlocuteur abasourdi à un autre, sans qu'une quelconque tension en résulte avant la dernière demi-heure, vaguement amusante mais finalement assez poussive.

De ce scénario sans but, filmé avec soin mais sans passion, surnage une qualité d'interprétation indéniable. Toutefois, à raison de quatre films par an, on pourra sans peine s'épargner ce Soderbergh et attendre le suivant.

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