9.5/10

Infernal Affairs

Yan et Lau. Yan est une taupe de la police de Hong Kong, infiltré dans les Triades depuis bientôt dix ans. Il n'a plus d'identité, plus de grade, plus d'existence. Parfois, il ne se rappelle même plus être flic. Son dernier poisson ? La bande de Sam, qui deale de la cocaïne sous couvert d'une honnête entreprise de voituriers. Lau était une recrue de Sam, avant. Il est à présent son principal informateur, au courant de tout ce qui se passe à l'Anti-Gang, dont il est devenu l'un des inspecteurs les plus brillants. Chargés tout deux de découvrir la brebis galeuse au sein de leurs camps, les deux hommes vont devoir affronter le pire adversaire qui soit : eux-mêmes...

Sur les rives froides de Hong Kong, pègre et forces de l'ordre jouent au chat et à la souris, aiguillées par deux hommes tentant de garder leurs idéaux. Infernal Affairs ressemble à beaucoup de choses. Sur le fond, au Hard Boiled de John Woo, notamment, référence tellement assumée que le réalisateur Andrew Lau en repiquera une scène entière. On peut penser au Heat de Michael Mann, aussi, un peu. Pourtant, là où Hard Boiled, malgré sa noirceur abyssale, s'imposait comme la référence inégalée du film bourrin, symphonie de gunfights réglés comme du papier à musique, Infernal Affairs dépose les armes et s'impose comme un brillant polar psychologique, passionnant et nerveux. Images délavées et regards qui en disent long, Infernal Affairs est une plongée à hauteur d'homme dans une guerre incessante entre les gangs et la Loi. Ici, pas de bullet-time, pas de duels aux berettas esthétisés. Dans Infernal Affairs, on monte ses coups en sourdine, on planque, on écoute et lorsque l'on communique, c'est discrètement, en morse. Sur l'échiquier d'Andrew Lau, il n'y a pas de héros, pas de personnages, de simples pions, qui ne sont ni noirs, ni blancs, mais bien tous gris.

Gonflé de scènes à se damner, Infernal Affairs est un thriller haletant et dépourvu de manichéisme. Un film sur l'humain, le sens du devoir, l'amitié. Et la trahison. L'intrigue, brillante et compliquée, passe soudain au second plan pour s'intéresser de plus près à ses protagonistes. Lau emménage avec sa petite amie, une écrivain. Yan va chez son psy, croise son ex-femme. Cette femme dont il ignore qu'il est le père de son enfant. Yan et Lau vont d'ailleurs se rencontrer, sans le savoir, dans un magasin hi-fi. Une scène surréaliste, placée en début de métrage, où les deux taupes discutent ampli, sans savoir que plus tard, ils se retrouveront l'un contre l'autre. La violence est rare : l'unique fusillade dure une vingtaine de secondes, moment tragique bercé par la voix mélancolique d'une chanteuse à la voix de cristal. C'est beau, le scénario est solide comme un roc, l'ambiance est tendue comme un slip, et c'est sur le flanc que l'on assiste à un final dont le pot aux roses est la gifle qui n'attendait que de partir depuis 1h37. Sans parler de l'interprétation, dominée par les deux stars du continent que sont Tony Leung (Hero) et Andy Lau (Fulltime Killer). Pupille triste et silhouhette désabusée, deux comédiens monstrueux qui semblent s'être trouvés.

Infernal Affairs n'a pas volé sa réputation : il a été décrété meilleur film asiatique depuis The Killer. A Hong Kong, les gens l'ont bien compris : à l'heure où j'écris ces lignes, Infernal Affairs est déjà une trilogie. Infernal Affairs 2, le prologue, et Infernal Affairs 3, l'épilogue. Sans parler d'Hollywood : cette extraordinaire combat entre deux taupes se trouve désormais entre les mains d'un certain Martin Scorcese qui entend bien en faire un remake. Le meilleur pour la fin ? Infernal Affairs arrivant un peu tard sur nos écrans, les heureux possesseurs de lecteur Zone 1 peuvent s'offrir la trilogie en petite galette. Quant aux autres, filez en salles voir la nouvelle référence du polar asiatique...

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3 commentaires

  • mattmagnum

    02/09/2004 à 00h00

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    ok, "infernal affairs" est plutot un bon film..mais "le meilleur polar asiatique depuis the killer"???
    alors là c'est de la science fiction!! dans la serie "j'ai rien vu" cette critique se pose là! ceux qui ont cité "infernal affairs" apres "the killer" sont les exploitants hk, pour eux effectivement c'est un succes(pécunier!)
    revenons au film; niveaux points forts, on pourrait bien sur parler du baroque urbain de l'exceptionnelle photo de christopher Doyle, le casting 4 étoiles lau-leung & co, un plot de base tres habile,etc...
    malheureusement,passés ces bons points, la réal est tres peu inventive, le film ne décolle jamais vraiment et n'atteint certainement pas les sommets espérés (et dire qu'on le compare à "heat"!)... un exemple de point baclé: les deux personnages féminins completement clichés et laissés sur le carreau...
    alors pour ceux que ca interesse "infernal affairs 2" se veut une saga mafieuse à la scorcese pour faire court, malheureusement cela n'en a pas l'ampleur ni la maitrise
    "infernal affairs 3" est très chiant quant a lui (d'autant plus que le scénario,pourtant simplissime,est volontairement embrouillé pour rien)

    "meilleur polar hk depuis the killer?"
    well, alors que dire des superbes polars de kirk wong ("rock n rol cop" surtout,"octb"...), ringo lam ("full alert"...), patrick yau ("longest nite", "expect the unexpected"...), les prod milkiway comme les johnny to, etc....
    bref, apres bien sur, c'est chacun ses gouts, mais bon,"infernal affairs" tout en étant un bon film ne fait certainement pas parti du haut du panier du polar HK....

    petite parenthese: j'aurai préféré que sorte sur les écrans francais le nouveau Johnny To "breaking news", qui sans etre un chef d'oeuvre est tout simplement une grosse claque de réalisation hallucinante (notamment la fameuse fusillade en plan séquence de 10 minutes au début du film...) et un gros morceau de l'année polar à HK (bien plus qu'"infernal affairs 3" au demeurant...)

  • Anonyme

    02/09/2004 à 00h01

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    Un film très plaisant et surprenant. On est loin de ce que l'affiche du film annonce "Heat filmé à HK". C'est un thriller très prenant, bien rythmé malgré quelques longueurs selon moi (à la sortie de la salle, j'estimais la longueur à 2h, en fait 1h40).
    Les personnages sont très charismatiques, en particulier Andy Lau (la taupe mafieuse) et Anthony Wong (chef de la police, ça le change de ses rôles de méchant). La bande son est sympathique. Par contre un truc m'a vraiment énervé: l'impossibilité de lire un sous-titre sur 2 à cause des chemises blanches et autres décors clairs. Bon ça n'empêche pas de comprendre l'histoire mais tout de même.En jetant un oeil dans le Première de ce mois-çi, j'apprend qu'une préquelle et une suite ont été faites, de moins bonne facture. Et Scorcese se pencherait sur une adaptation.

  • Bzhnono

    10/12/2006 à 12h59

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    J'ai vu ce film au cinéma le jour de sa sortie dans une petite salle en VOSTF, on était huit dans une salle de 50 places.
    Ce film est LE chef d'oeuvre de HK que j'attendais depuis "une balle dans la tête" de John Woo.
    Un énorme numéro d'acteur, un scénario à tirroir excellent, une réalisation à l'esthétique complètement maîtrisée, une seule et unique fusillade d'une vingtaine de seconde toute en ralenti avec une superbe voix en guise de fond sonore.

    Je viens juste de voir Infernal Affairs II. Je pensais à une banale suite...eh ben NON!!!
    C'est énorme, du même niveau que le premier opus, voire mieux (si c'est possible). Déjà, les réalisateurs et scénaristes ont eu la bonne idée de ne pas faire une suite mais de placer l'action avant Infernal Affairs (donc c'est une préquelle). Le budget entre les deux films est vraiment différent et ça se voix un peu quand même (le 1er opus ayant bénéficié d'un budget plus considérable que le II). L'histoire a eu le trait de génie de ne pas centrer l'action sur Yan et Ming mais sur leur supérieur (le commissaire Wong et le mafieux Sam), l'histoire en raconte plusieurs à la fois (comme dans le premier) : l'histoire d'amour de Sam et sa femme, la relation trouble entre le commissaire Wong et Sam, l'accession de Sam à la tête des triades et d'autres encore.
    La musique est tout bonnement exceptionnelle, chansons ou partitions musicales.

    Le suspense est toujours très bien dosés. Les acteurs sont toujours très bons (bonne surprise de la part des deux inconnus jouant Yan et Ming dans leur jeunesse).
    Si le premier opus faisait référence à Heat et Hard Boiled, ce film m'a plusieurs fois fait penser aux Affranchis de Scorcese.

    Bref Infernal Affairs II est un pur bonheur qui, en s'éloignant de l'histoire du premier opus, parvient à exister de lui-même et ne souffre d'aucune comparaison avec son prédécesseur.

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