6.5/10

In the Air

Jason Reitman nous livre du Thank You for Smoking avant de se plonger dans un tout autre genre pour le coup moins défendable. Pas si mal, mais pas si bien non plus.

Pourtant nominé dans six catégories aux Golden Globes 2010, le film de Jason Reitman ne repartira qu'avec un seul prix, celui du meilleur scénario original. Sur le papier, à bien y regarder, le film a effectivement de quoi séduire, s'inscrit dans la logique artistique adoptée par le réalisateur, celle de marier intelligemment satire sociale et comédie légère. C'est avec ce genre de mariage que Jason a pu se faire un nom à part dans le monde du cinéma, s'écartant de celui de son père Ivan, et fournir des œuvres tout à fait défendables comme Thank You for Smoking ou Juno.


Il est donc tout fait normal de retrouver cette dualité dans In the Air, déjà très plébiscité. Il nous décrit encore une fois une histoire peu commune, celle d'un homme dont l'activité professionnelle consiste à sillonner le pays pour annoncer, avec le plus d'humanité possible, à des employés qu'ils sont remerciés par leur entreprise. George Clooney a parfaitement la tête de l'emploi, porte à merveille le costume : sa petite vie bien réglée, son vide affectif, sa suffisance et son arrogance semblent quasi-innés. Avec son légendaire petit sourire en coin, il explique sans détours que plus notre bagage (= vie, entourage) est léger, plus on avance dans la vie. Jason touche juste, s'attaque à la fois au phénomène de crise économique et à la solitude assumée des globe-trotters modernes, tout en ne manquant pas de  lui donner une légitimité et un visage humain. On se retrouve un peu devant le personnage ambigu joué par Aaron Eckhart dans Thank You For Smoking, sympathique malgré l'infâme travail qu'il semble affectionner. Et du coup, on espère que le film gardera ce cap et s'élèvera à la hauteur de son illustre modèle.
Manque de bol, Jason gaufre son film dans la deuxième partie. En adjoignant à Clooney la pimpante Anna Kendrick, le film semble se lancer dans une opposition de point de vue, mais c'est tout à fait autre chose qui en ressort. Voici se pointer la rédemption, la comédie romantique, la tournure que ne devait pas emprunter le film. Le sujet principal échappe des mains du réalisateur, qui décide alors de planter son personnage principal au sol. Les bonnes ondes de la première partie, assez originales, s'évaporent alors au profit d'un classicisme des plus primaires, à se demander comment un type aussi sûr de son état d'esprit parvient à lui tourner le dos en si peu de temps. Le final en devient logique, attendu, peut-être même était-il la priorité du réalisateur et expliquerait le déversement de bons sentiments de ces dernières quarante minutes. Mais la sortie de salles en devient mitigée.

Jason Reitman est carré, George séduit au moindre coup d'œil, et ses Cloonettes lui donnent la réplique avec l'assurance qu'il faut. Le problème est tout autre : le scénario, pourtant lauréat des Golden Globes, déçoit sur la durée. Pourquoi s'être tourné vers la comédie romantique en reniant la première partie du film, parfaitement délicieuse ? Un grand mystère, qui fait de In the Air un film agréable, mais vraiment pas indispensable.

Partager cet article
A voir

Invictus

A propos de l'auteur

4 commentaires

  • Anonyme

    01/02/2010 à 12h25

    Répondre

    A lire certaines critiques, je me demande bien pourquoi il y a autant de critiques et si peu de réalisateurs vu que la majorité pense pouvoir faire largement mieux que les films qu'ils ont vu et estiment qu'elles savent mieux que les auteurs ce qu'il aurait dû être et surtout comment le faire...

  • Nicolas

    01/02/2010 à 13h32

    Répondre

    En même temps, c'est un avis, c'est comme critiquer ce qu'on bouffe ou ce que fait un politicien, on ne sait en définitive pas mieux que les autres et tout cela reste subjectif. Et puis, si mettre le doigt sur les possibles défauts que l'on a pas repéré n'est pas légitime, en quoi dire "c'est génial" l'est-il ?


    Maintenant, je t'invite à donner ton avis sur le film (si tu l'as vu) plutôt que sur ma critique, celui-ci vaut finalement autant que le mien.

  • Islara

    02/02/2010 à 10h08

    Répondre

    En tout cas, Nicolas, on dirait que tu n'aimes pas le romantisme.  A te lire, une histoire d'amour n'aurait pas sa place dans ce scénario ? Ca me semble être plutôt le contraire. Même si cela reste un peu "téléphoné", n'est-ce pas la suite logique et l'ultime leçon à tirer de la création de ce personnage infect que de le faire ouvrir les yeux sur ses erreurs ? 


    Il est plutôt sympa de voir de temps en temps de vilains méchants s'amender (plutôt que de se faire dézinguer). Ca ne paraît peut-être pas réaliste, mais c'est pourtant plus fréquent qu'on le croit.   

  • Nicolas

    02/02/2010 à 11h15

    Répondre

    Non, ce n'est pas ça, le souci est que l'on part d'un contexte original pour finir dans le classicisme le plus complet. Que ce soit une histoire d'amour ou une rédemption personnelle n'est pas le noeud du problème, c'est le fait que l'on parte d'un personnage campé sur ses convictions, convaincu par son mode de vie, et qu'on le réfute complètement "du jour au lendemain", en éxagérant l'expression.

    Bon, maintenant, c'est mon avis, j'ai vu tellement de ce genre de films que je suis peut-être un peu trop conditionné pour l'apprécier ; mais je préfère quand même la tournure Thank You for Smoking, je trouve que ça sonne plus juste. 

Participer à la discussion

Nous nous réservons le droit de ne pas publier les commentaires qui ne nous semblent pas appropriés (netiquette, loi, point godwin, imbécillité profonde, etc.). Et ne venez pas crier à la dictature !

Vous allez commenter en tant qu'invité-e :

Krinein cinéma, c'est l'actualité et les critiques de films qui sortent au cinéma, en dvd et en bluray .

Des grands classiques aux films d'actions hollywoodiens. Pas de tabous chez Krinein cinéma, hormis, peut-être, les films français qui sont trop souvent oubliés.

Rubriques