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impasse (L') : De la rue au pouvoir

Des remakes par ci, des suites par là, des suites de remakes d'un côté, des remakes de suites de l'autre, on ne va pas dire que l'époque soit à l'imagination la plus débridée. Et quand l'inspiration enfin tarit, voila que l'on nous propose de la préquelle. Pourquoi pas, après tout. Pataugeant dans la vague, c'est ainsi que débarque l'Impasse : De la Rue au Pouvoir, bien décidé à nous raconter ce qu'il s'est passé avant L'Impasse (Carlito's Way), pour beaucoup l'un des meilleurs films de Brian De Palma. L'honneur est néanmoins sauf, l'Impasse, qui débute sur la sortie de prison du gangster Carlito Brigante, s'inspirant en réalité d'After Hours, roman d'Edwin Torres faisant suite, lui, à un certain Carlito's Way, narrant pour sa part la vie de Carlito jusqu'a ses trente ans. Cette légitimité en poche, Jay Hernandez, le beau gosse de Hostel, prend le rôle d'Al Pacino, le vétéran Mario Van Peebles joue au dealer black, Michael Kelly (l'Armée des Morts) à l'italien impassible, la gueule cassée Luis Guzman (L'Impasse) attrape deux pétoires et revient camper un tueur à gage, le tout étant surveillé de loin par le caïd Sean Combs, plus connu sur scène sous le nom de Puff Daddy. Quelque argent du producteur Martin Bregman (Scarface, l'Impasse) et il n'y a plus qu'à remonter jusqu'à l'Harlem des années 60...

Il est vrai que l'on manquait de fresques mafieuses ces derniers temps. Que voila un genre excitant, ne trouvez-vous pas ? Des gangsters qui sont la classe incarnée, des vieux parrains qui mangent des spaghettis dans des restaurants sombres, des tueurs à gage mystérieux, des règlements de comptes expéditifs, des dollars par valise...En toile de fond, un quartier, une ville, un pays dépeint par les exactions de ses mauvais garçons -au cinéma, le crime est une affaire d'hommes, désolé mesdames-. L'Impasse : de la Rue au Pouvoir marche sur ces terres. Flashbacks, noir et blanc, voix off, premiers pas d'un Carlito Brigante qui sort de prison, accompagné de deux compères d'infortune devenus mentors. Ils sont trois, un Noir, un Italien, et Carlito le petit Porto-Ricain, unis en dépit des conflits territoriaux qui déchirent Harlem. Au bout du chemin, le contrôle de l'héroïne, et à long terme, le respect et la richesse. Il y a du Scorcese dans De la Rue au Pouvoir, dans l'intention à défaut qu'à l'écran. La vie, les amours, les emmerdes de Carlito se dessinent petit à petit, entre démonstrations de force, tuerie dans un petit bar et séduction dans les règles. Cela commence bien, étonnamment bien. Puis, comme sous l'effet d'un quelconque axiome dégénéré, le soufflé retombe, l'intérêt avec, et De la Rue au Pouvoir devient ce que laissait présager son support : un téléfilm, avec tout ce que cela sous-entend. Ce n'est ni bien ni mal filmé, ni bien ni mal joué, ni bien ni mal écrit, voila en somme quelque chose de parfaitement moyen, traversé de fulgurances plus ou moins mémorables. Parmi les plus solides, ce passage obligé du genre, alors qu'il s'agit de choisir entre ses frères spirituels et ses frères de sang. Parmi les moins apte au premier degré, les énormes cigares de Mario Van Peebles, le jeu excentrique -mais pas spécialement ridicule- de Puff Daddy, l'irrésistible surjeu de Luis Guzman. Le tout termine en porte à faux, au cours d'une fusillade prenante surmonté d'un twist grotesque dont on se serait bien passé.

Que les choses soient néanmoins dites, L'Impasse de la Rue au Pouvoir ne termine pas où le film de De Palma commence. Aura-t-on des épisodes intermédiaires ? L'avenir nous le dira. En attendant, ce voulu début sauve tranquillement les meubles, même si il ne se regarde que d'un oeil parfois. Le résultat a de frustrant que l'on avait là un sujet en or qui aurait pu être magnifié, avec une rallonge d'une heure et sous la patte d'un spécialiste d'un genre. Car finalement, le film n'est pas tant un film sur Carlito qu'un film de groupe. Une dérivation assez bien gérée, même si le personnage de Michael Kelly reste assez effacé et peu développé. De la Rue au Pouvoir avait assez de cartes en main pour allez au de-là de sa condition, et ce parti-pris réussi le prouve. Manque de moyen, aléas du marché direct-to-video ou frilosité des concepteurs, ce n'est pourtant pas aujourd'hui que l'on aura un Il Etait Une fois Harlem. L'aspect reconstitution, tout du moins ce que l'on en voit, indique bien qu'il y eut une carence quelque part. Quelques pantalons moule-parties, une poignée de vieilles voitures, deux-trois vestes en cuirs, et hop, voila la fin des années 60. Le tout filmé en plans serrés, sans trop d'extérieurs. De la Rue au Pouvoir reste donc un film qui ne manquait pas d'intérêt sur le papier pour se retrouver tout juste distrayant. Ce n'est déjà pas si mal. En plus, il y a Burt Young. Mais si, Paulie dans Rocky ! Et il mange des spaghettis...

Le DVD

Avant toute chose, pour une lecture optimale, munissez-vous d'un lecteur de salon. Protégé par un système anti-copie, tout visionnage sur un PC est donc déconseillé. Voulant tenter l'expérience, je ne pu que rester interdit devant la galette patinant lamentablement. Anti-piratage toujours, Universal persiste et signe, affublant le disque d'un spot préventif non zappable, qui se déclenchera donc à chaque démarrage. S'en suit des mentions légales, que l'on ne peut éviter qu'en fermant les yeux, puis des bandes annonces, que l'on peut heureusement sauter pour accéder au vif du sujet.

Question bonus, c'est promos à tous les étages, monde merveilleux où tout le monde est heureux. Tu as ma protection, la naissance du quartier, documentaire sur le tournage, autant de modules qui sont à mettre dans le même panier. Courts passages d'interviews entrecoupés d'extraits du film, lorsque nous ne sommes pas accueillis à froid par une bande annonce, nous n'y apprenons rien de bien palpitant. Tourner à Harlem, c'est merveilleux, faire un début à l'Impasse, c'était dur, mais on l'a fait, reconstituer l'époque était ardu mais sympa quand même...Une qualité néanmoins, celle de varier les intervenants plutôt que de se cantonner aux acteurs. Le directeur photo, le producteur, l'homme chargé de la reconstitution, Edwin Torres...si tous tiennent le même discours, ils ont le mérite d'être présents. On aurait aimer toutefois voir davantage le réalisateur et le scénariste. Visite du plateau avec Earl nous ballade à New York en compagnie du toujours cool Mario Van Peebles, le temps de quelques scènes du film. Pas indispensable, mais plaisant. Le bêtisier n'offre pas grand chose à se mettre sous la dent non plus, principalement constitué de fous rires ou de scènes ratées. On retiendra les impayables improvisations de Luis Guzman, ou encore cet incroyable florilège où Puff Daddy tente de rester stoïque sous la pluie alors que Jay Hernandez bute sans cesse dans sa réplique. Les bandes annonces sont pour deux celles présentes en début de DVD : l'Impasse -normale-, De la rue au Pouvoir -logique-, et Skeletton Key - aucun rapport avec la choucroute, c'est un film de fantôme-. Côté image et sons, c'est sans reproches, du travail soigné pour ce type de produit, à l'image du beau packaging du tout qui nous gratifie de ce gadget inutile, et donc indispensable, qu'est le fourreau en carton. Une VO sous titré est-présente, à essayer impérativement pour constater les accents de chacun. La VF n'est pas honteuse, et s'offre le luxe d'un DTS -au choix- pour ceux qui en sont équipés.

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planète blanche (La)

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