3.5/10

Immortel (ad vitam)

C'est une bouse bleue...(air connu)

Vous connaissez la dernière ? Leeloo s'est fait teindre les cheveux en bleu, d'ailleurs quand elle pleure c'est aussi un liquide couleur curaçao qui s'écoule de ses yeux. Avec Immortel, Enki Bilal nous offre un nanar en forme de photocopie surexposée bleue du cinquième élément. Et pourtant, et pourtant... avec La foire aux immortels et la trilogie Nikopol c'était une vraie mine de saphir qu'il avait pour script. Je vous jure par instant on voudrait avoir les pouvoirs d'Horus pour détruire cette chose indigne de la BD dont elle est inspirée. Pourtant on avait été prévenu avec le misérable Blueberry et ses délires mystico-saoulants...

Comme je l'ai déjà précisé l'histoire est une adaptation de La foire aux immortels. Pour ceux qui n'auraient pas suivi : Horus est un dieu égyptien un peu rebelle, d'ailleurs il est condamné à perdre son immortalité. Il lui reste sept jours pour trouver la femme qui lui permettra de se reproduire. Il croise la route de Nikopol, un prisonnier cryogénisé, échappé par accident du pénitentier où ce dernier purgeait une peine pour... rébellion. L'action se déroule dans un New-York futuriste où une mystérieuse multinationale de génie génétique fait la pluie et le beau temps.

Si Peter Jackson a réussi, avec mention, son diplôme d'adaptation au cinéma d'une oeuvre littéraire foisonante, Enki Bilal est lui recalé. Car entre adaptation et trahison il y a une différence qu'apparemment Enki Bilal n'a pas jugé bon de prendre en compte. La simplification d'une oeuvre d'une telle richesse est incontournable, c'est vrai. Mais le moins qu'on puisse exiger est qu'elle ne doit pas embrouiller le spectateur en faisant appel à sa connaissance "extra-film". Or je mets au défi quiconque n'a pas lu la Trilogie Nikopol d'y comprendre quoi que ce soit, ou plus précisément d'y voir autre chose qu'un ramassis de lieux-communs cinématographiques. Le cinquième élément est bien sûr la première référence qui vient à l'esprit, mais on pourrait aussi citer Dune, Blade Runner ou encore Existenz. Immaginez un mixage de ces quatres films, mixage raté, peignez le tout en bleu, saupoudrez jusqu'à la nausée de citations de Baudelaire, et ce que vous obtenez n'est rien de plus qu'Immortel.

Et puis il y a cette décision, esthétiquement discutable, de naviguer entre film d'animation numérique bas de gamme (ne vous attendez pas à du Final Fantasy) et film de science fiction "normal" (avec des effets spéciaux très spéciaux justement). La moitié des personnages humains semblent sortis d'un mauvais jeu vidéo de la fin des années 80 et ont autant d'expressivité qu'un Ben Affleck au meilleur de sa forme. Spéciale dédicace au monstre poursuivant nos héros. Par instant je me croyais dans un épisode de Bioman... Mais je finirais cette critique de manière positive, toujours concernant l'aspect esthétique : Linda Hardy est tout de même beaucoup plus belle que Milla Jovovich, si si c'est possible et c'est même la seule raison qui pourrait vous inciter à voir cette chose...


>>> Contre-critique de Selena: ici

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Hidalgo

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1 commentaires

  • KalistoR

    19/02/2005 à 21h22

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    Si la critique de Kassad peut paraître sévère au premier abord, elle nen comporte pas moins sa part de vérité. Nayant lu aucune des bandes dessinées de Bilal, cest vierge de toute référence que je me plongeai dans ladaptation cinématographique de son univers. Il en ressort, après un peu moins de deux heures de film, un bilan profondément mitigé.

    Tout dabord un mot sur cette réalisation hybride mélangeant personnages de synthèse et acteurs réels. Je la trouve assez déroutante et dois avouer quil ma fallu un petit moment pour maccoutumer à la pixellisation grossière des protagonistes articulés par motion capture. Jai pu lire que Bilal avait volontairement choisi cette « imperfection » pour rester fidèle à lesprit de sa bande dessinée. En profane, je lui accorde le bénéfice du doute... Restent les décors imaginaires qui sont, eux, modélisés de fort belle manière.

    Concernant lunivers SF enfanté, je minterroge sur la subtilité de celui-ci. Certains ont parlé de poésie, de lyrisme... je ny vois quune création profondément terne et dénuée de toute originalité. Je ne mavancerais pas à parler de psychologie de bas étage mais il faut reconnaître que la vague spirituelle surfée est dune platitude certaine. Le coup du dieu Horus devant se reproduire sur Terre sous les plus brefs délais ma instantanément rappelé un autre chef duvre du cinéma (ironie inside), jai nommé [i]La Fin des Temps de Peter Hyams, film dans lequel le diable débarque sur notre bonne vieille planète trois jours avant le passage à lan 2000 et traque une femme prédestinée depuis sa naissance à lui donner un enfant. Remplacez Christine York (la femme en question) par Jill Bioskop (jouée par Linda Hardy) et vous obtenez la trame du scénario. Je préfère aussi passer outre les détails de la critique acerbe de notre future société : un monde post-moderne où les humains ne sont plus que des pantins, où toute notion déthique disparaît au profit de la multiplication des corporations oeuvrant sur la génétique, etc. Bref, une triste vision de lavenir qui na rien de bien nouveau, encore une fois.

    Le jeu des acteurs est bon dans lensemble, tant est-il que le travail demandé nest pas non plus des plus astreignants. Linda Hardy réussit sa reconversion en troquant sa banderole de miss France pour des cheveux bleus du plus bel effet et parvient à surprendre agréablement.

    Pour finir, jai menti, je dois le reconnaître. On décèle en effet dinfimes traces de poésie dans cette production. Quelques fleurs émergent fort péniblement de cet environnement austère : les Fleurs du Mal[/i] du poète maudit Baudelaire qui viennent ponctuer le récit (notamment à la fin) de leur saveur fatale.

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