8.5/10

Imaginarium du docteur Parnassus (L')

Le retour du Terry Gilliam des grandes années, avec sa folie et ses lubies, son univers unique et son goût du bricolage. La dernière performance de Heath Ledger, bien qu'incomplète, vient clore avec pertinence sa courte filmographie.

Depuis Les aventures du baron de Münchausen (1987), il n'avait plus coécrit de film avec Charles McKeown. Depuis Brazil (1985), il n'avait plus planché en personne sur un scénario totalement original. Depuis Bandits bandits (1981), il n'avait pas produit lui-même une seule de ses réalisations. Nous sommes en 2009, et voici Terry Gilliam revenu de loin, après une décennie de projets initiés par de tierces personnes, et une autre de films inachevés ou Lily Cole (aucun lien de parenté avec James)
Lily Cole (aucun lien de parenté avec James)
insatisfaisants. Outre son co-scénariste, il s'est entouré de connaissances amassées au fil des tournages : les frères Jeff et Mychael Danna à la musique (Tideland), Christopher Plummer dans le rôle-titre (vu dans L'armée des 12 singes, et Gilliam avait dirigé sa fille Amanda dans Fisher King), Heath Ledger (Les frères Grimm) dans le rôle de Tony, le nain Verne Troyer (Las Vegas Parano) et Tom Waits (Fisher King) constituaient un générique déjà bien alléchant. A la mort de Heath Ledger, le projet s'est pourtant encore enrichi de trois grands noms : Johnny Depp (déjà vu chez le cinéaste), Colin Farrell et Jude Law sont venus compléter le rôle du défunt, par un tour de passe-passe auquel l'histoire se prêtait heureusement. Déroutant, L'imaginarium du docteur Parnassus laissera certainement une partie du public sur le carreau, tandis que les rêveurs et les fans du Gilliam sans muselière y trouveront amplement matière à festoyer, à rire et à s'émouvoir.

La troupe itinérante du docteur Parnassus (Christopher Plummer, chenu mais empreint d'une dignité comparable à celle de John Neville en Münchausen) présente à ses rares spectateurs une attraction unique au monde : un imaginarium, capable de matérialiser un monde à l'image des fantasmes de celui ou celle qui y pénètre. Un monde qui peut s'avérer dangereux pour qui ne se méfie pas de Mr Nick (Tom Waits, pile poil à sa place), qui n'est autre que le Diable en personne... revenu collecter l'âme de la fille de Parnassus, la jeune Valentina (Lily Cole), le jour de ses 16 ans. Le mystérieux Tony (Heath Ledger) représente-t-il le salut de la jeune fille, ou sa Jude orange
Jude orange
damnation éternelle ?

Comme souvent chez Gilliam, l'histoire est touffue, alambiquée, à la limite de l'allégorie. Plusieurs visions seront probablement nécessaires pour se faire une idée complète des tenants et des aboutissants, et les cinq minutes qui suivent la sortie du cinéma ne seront pas suffisantes pour résumer avec certitude les évènements et leur signification. L'effort pourra rebuter certains, surtout s'ils ont perdu pied en cours de route dans l'univers visuel occasionnellement délirant que déploie le film. Né d'une imagination galopante, qui n'a pas eu l'occasion de s'exprimer aussi librement depuis Las Vegas Parano, il s'emploie à faire passer l'esprit des cartoons gilliamesques à la moulinette des effets spéciaux modernes, générés par ordinateur plutôt que découpés dans un carton. Le résultat est parfois surprenant, évoquant les derniers opus de Tim Burton (Charlie et la chocolaterie en tête), mais offre de vrais moments de voyage hallucinatoire, jusque dans une séquence que l'on croirait sortie directement du Monty Python's Flying Circus.

La quasi-totalité de la filmographie de Terry Gilliam montre des personnages qui préfèrent le rêve ou l'imagination à la réalité qui les entoure. Celui-ci ne fait pas exception à la règle, à ceci près qu'il met en scène un vieux raconteur d'histoires que plus personne ne veut écouter. Lié au Diable par une série de pactes et de Tony truand
Tony truand
paris, il ne sait plus comment sortir victorieux de cette relation empoisonnée qui le hante depuis mille ans. Il espère surtout pouvoir protéger son enfant du Malin... Faudrait-il voir dans ce sujet un parallèle avec la relation orageuse du cinéaste avec le système hollywoodien, faite de rapports de force et d'humiliation, de contrôle perdu et retrouvé ? Que dire alors du personnage de Tony, dont la présence semble aussi indispensable que menaçante, dont le rôle est aussi insaisissable que sa véritable nature ? Peut-être représente-t-il la quintessence de l'acteur, capable d'attirer les foules sur sa seule apparence, sans que nul sache ce qu'il renferme sous ses mille visages ?... Les clés sont nombreuses, pour peu qu'on ait l'esprit ouvert et la soif de décrypter.


Warning : pour ceux que la seule présence de Johnny Depp motiverait, sachez que sa présence n'excède pas les 5 minutes. Vous préfèrerez probablement attendre Alice au pays des Merveilles l'an prochain, il s'y retrouve à nouveau de l'autre côté d'un miroir.

Partager cet article
A voir

Saw VI

A propos de l'auteur

9 commentaires

  • nazonfly

    19/02/2008 à 14h30

    Répondre

    WOW ça devient tordu quand même! Attendons de voir en tout cas...

  • Anonyme

    31/05/2009 à 13h32

    Répondre

    vivement le 11novembre , ça promet !!!

  • nazonfly

    16/11/2009 à 07h39

    Répondre

    Vu hier. Et franchement je ne suis pas rentré du tout dedans. Pendant toute la première, je me suis dit que je ne m'étais pas autant ennuyé au cinéma depuis très très longtemps. L'univers est certes burtonien mais il est surtout très moche (l'incrustation des effets post-écran vert est vraiment vraiment mal foutue). Heureusemenent la fin sauve un peu le film, mais je suis resté sur ma faim (ahahaha). Loin, très loin de Brazil ou de L'armée des Douze Singes.

  • Anonyme

    17/11/2009 à 11h36

    Répondre

    Oui mais très proche de fisher king, Bandit bandit et le baron de Muchausen.


     Un bien joli film !

  • Anonyme

    17/11/2009 à 21h49

    Répondre

    J'ai tout simplement détesté. Les premières minutes semblaient pourtant accrocheuses avec la découverte de l'espèce de magnifique caravanne ancienne, truffée de détails. Mais non. Au final, les effets spéciaux sont pitoyables (et les imaginaires sont totalement plats, sans saveur) les personnages têtes à claques et l'histoire, incompréhensible, du moins pour moi. Impossible de savoir avec exactitude qui sort d'où et qui vit quand, et quelles sont les motivations de chacun. La fin m'a laissée vraiment sceptique. En bref, une grosse déception pour moi et 2 heures d'ennui ferme. (Je m'étais laissée ethousiasmer par la nom de Johnny Depp dans la bande annonce, et là encore, quele déception! on le voit à peine)

  • Anonyme

    24/11/2009 à 14h57

    Répondre

    j ai egalement detesté le film, avec cette deco poubelle et ces non sens, meme le monde imaginaire est mauvais... j ai meme hesité a sortir de la salle, ce qui m arrive une fois tous les 10 ans

  • Anonyme

    29/12/2009 à 18h36

    Répondre

    Vraiment très déçue. Bien que ce ne soit pas notre type de film, nous avons accompagné notre fille qui souhaitait voir ce film dans lequel, selon la page d’accueil, Johnny Deep, son acteur préféré, était cité en acteur principal (et de plus en tête de liste). En fait, il n’a fait qu’une très courte apparition avant d’être remplacé à nouveau par deux autres acteurs Comme déjà dit dans une autre critique : cela est déroutant car le personnage principal est remplacé par 4 acteurs différents, (du jamais vu pour ma part !) de quoi s’y perdre tout au long de l’histoire dont on a déjà du mal à suivre le fil.

    Bref, nous nous y sommes ennuyés.

     

  • naweug

    18/09/2011 à 05h10

    Répondre

    Viens seulement de voir ce film. Et j'ai passe un tres chouette moment. Si on se laisse entrainer, comme tu le dis si bien, par son imagination, on se retrouve transporte dans une toute nouvelle dimension spatio temporelle. Les performances sont tres bonnes (meme Heath Ledger et pourtant je ne l'ai jamais vraiment apprecie a part dans The Dark Knight). Tu n'as pas mentionne la presence d'Andrew Garfield qui est un jeune acteur montant (Boy A est a voir), dont le film le plus connu est The Social Network...
    http://cinema.krinein.com/imaginarium-d ... -9430.html

  • riffhifi

    18/09/2011 à 08h14

    Répondre

    Eh oui, c'est le nouveau Spider-man !!

Participer à la discussion

Nous nous réservons le droit de ne pas publier les commentaires qui ne nous semblent pas appropriés (netiquette, loi, point godwin, imbécillité profonde, etc.). Et ne venez pas crier à la dictature !

Vous allez commenter en tant qu'invité-e :

Krinein cinéma, c'est l'actualité et les critiques de films qui sortent au cinéma, en dvd et en bluray .

Des grands classiques aux films d'actions hollywoodiens. Pas de tabous chez Krinein cinéma, hormis, peut-être, les films français qui sont trop souvent oubliés.

Rubriques