7/10

Ils

Lucas (Michaël Cohen) est écrivain. Clémentine (Olivia Bonamy), professeur. Ces deux français expatriés en Roumanie semblent vivre dans le bonheur. Un soir pas comme les autres, le rêve d'une vie de couple tranquille se transforme en cauchemar. De mystérieuses présences provenant de l'extérieur commencent à les inquiéter...

Inspiré d'une histoire vraie, Ils s'impose d'ores et déjà comme une belle réussite du cinéma d'horreur français. Malgré une introduction un peu longuette, le premier long métrage de David Moreau et Xavier Palud instaure une impressionnante tension pendant plus d'une heure. Le mystère sur l'identité des obscurs persécuteurs du couple est suffisamment longtemps conservé pour tenir en halène le spectateur. Tantôt plongé au sein d'un huis clos dans une vieille baraque grinçante et crasseuse, dans une course poursuite en forêt ou encore dans des souterrains ténébreux, le public n'a pas le temps de souffler. L'oeuvre rassemble des éléments classiques de films d'angoisse qu'elle utilise habilement. Ainsi, le film évite la surenchère de bruits percussifs et la présence de blagues foireuses censées rassurer. Les décors naturels de la Roumanie sont là pour évoquer l'abandon et la pauvreté des pays de l'Est. L'exploration des ambiances et endroits étranges constitue un véritable plaisir pour les curieux.

Tout le long de la pellicule, le thriller horrifique conserve un réalisme qui le sert amplement. Si la caméra à l'épaule tremble beaucoup, cela permet bien sûr des économies, mais cela donne surtout une crudité appréciable aux scènes. Intimiste, le film permet une identification rapide aux personnages interprétés par Olivia Bonamy (Bloody Mallory) et Michaël Cohen (Du jour au lendemain). Les acteurs quasi uniques du long métrage livrent une performance familière qui colle parfaitement au propos. Certains rapprocheront facilement ce film au Projet Blair Witch. Pourtant, Ils ne se contente pas de suggérer l'étrange. Il enchaîne avec rythme de nombreuses saynètes pensées avec précision dont quelques unes devraient rester dans les mémoires.

Intense au niveau des perturbations psychologiques de ses personnages centraux, Ils ne manque pas non plus de proposer une réflexion sous-jacente sur la pauvreté des pays de l'Est. En ce sens, il livre une pensée similaire, bien que moins explicite, que le récent Hostel d'Eli Roth. Compte tenu de sa qualité, Ils sera bientôt revisité par les américains. De leur côté, les deux réalisateurs français s'occuperont de faire le remake du The Eye des frères Pang.

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4 commentaires

  • Otis

    20/07/2006 à 14h00

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    Ce film paraît vraiment intéressant. Il a l'air d'être sérieux jusqu'au bout, la bande-annonce semble alléchante et laisse prévoir une ambiance poisseuse (que je n'espère pas clipesque à la Saw), le scénario est propice à fournir le Frisson, et le titre en lui-même est judicieux. Bref, je sens la petite perle. Mais Vincent, bien que j'aie lu ta critique qui donne envie d'aller le voir, peux-tu me dire si dans les procédés de la peur, le film ne joue pas dans la facilité (c'est ce que tu laisses entendre, mais j'aimerais avoir confirmation ) ? Par exemple, j'espère qu'on a pas droit au coup du chat, que les interprétations sont habitées, justes, et pas grandiloquentes, avec des cris en veux-tu en voilà, et que la fin est bien amenée, et pas décevante ? Je parie sur une originalité dans le survival, mais j'attends ta réponse avec impatience.
    Merci d'avance

  • Vincent.L

    20/07/2006 à 17h46

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    Ma critique répond à toutes tes questions

    Tu peux aller voir Ils tranquille

  • iscarioth

    09/08/2006 à 20h00

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    De l'horreur suggestive plus qu'un véritable survival (le film ne vire au survival que dans les 15 dernières minutes, avec des adversaires visibles).

    Premier gros défaut, ce film est complètement contradictoire. Dans un premier temps, on croit à une force surnaturelle, avec des portes et fenêtres qui claquent d'elle mêmes et des violences invisibles. puis on se rend compte que les agresseurs sont humains. Des enfants, même. Des enfants qui ont soit bac+4 en illusionisme ou qui ont été les disciples d'un grand maitre ninja pour être à ce point des pros de l'invisibilité.
    Bref, un mélange de deux univers qui m'a dérangé. Une fausse piste fantastique, puis un revirement survival. Une mauvaise sauce.

    Deuxième chose, ce film est complètement fauché. On reconnait clairement des mannequins et autres épouvantails sur certaines scènes, notamment de violence. Deux acteurs, un petit bois, des lampes torche, et c'est parti.
    Le film reste bien ambiancé même si ca n'a pas eu grand effet sur moi.
    Dans de grands films d'horreur suggestive, il y a de l'enjeux. Dans Rosemary's baby, il y a une crise identitaire, une interrogation sur l'existence de forces maléfiques. Le personnage principal auquel on s'identifie est-il fou ou sain d'esprit ?
    Dans Blair witch, on ne doute pas de la nature des éléments. On est d'emblée dans la certitude d'être face à de la sorcellerie et des éléments sèment la terreur tout au long du film (symboles, les dents arrachées).
    Dans Ils, l'enjeu est faible. La seule petite interrogation (qui sont "ils" s'écroule rapidement et il ne reste plus rien sur quoi réflechir ou ressentir.

    Contrairement à Vincent, je n'ai vu absolument aucun discours significatif sur la pauvreté dans ce film. On ne connait rien des tueurs, il n'y a donc aucune justification ou mise en contexte possible. On sait juste qu'ils sont jeunes et pauvres, et encore, on nous l'explique à la fin du film.

  • raidenjeff

    30/08/2006 à 18h18

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    le film était moins bien de ce que à quoi je m'attendais mais il n'en reste pas mauvais pour autant.
    Donc pas de surprise, c'est un très bon exercice de style.

    Peut-être qu'on retrouvera les réals dans quelques temps pour une production outre-atlantique signé Craven (attention rumeur)

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