8/10

Hostel : Chapitre II

Suite d'Hostel, premier du nom.

Tranquillement planqué sous la bannière Tarantino, Eli Roth continue de construire son oeuvre, pour la plus grande joie de ses amateurs, et au mépris le plus total de ses détracteurs. Donc posons les règles d'emblée : si Cabin Fever vous sert de cale à armoire et que vous considérez Hostel comme l'égal de vos déjections du matin, il y a bien peu de chance que Hostel : Chapitre 2 vous emballe. Si en revanche vous aimez l'un comme l'autre, vous retrouverez le cinéma d'Eli Roth dans toute sa splendeur, avec ses personnages attachants, son exposition trop longue, son goût pour le gore artisanal et son ambiance bégayant entre le burlesque et le glauque. Bref, dans le fond comme dans la narration, Hostel 2 ressemble à Hostel qui ressemblait à Cabin Fever. Les pro-Roth appelleront cela une cohérence artistique. Les anti-Roth parleront sans doute de foutage de gueule. Reste que quoiqu'on en pense, on ne peut enlever à Eli Roth la volonté d'avoir voulu développer son matériau de base pour faire d'Hostel 2 une vraie suite, apte à construire un univers et une thématique qui dans le premier opus jouaient un peu des coudes pour se faire une place.

Séquelle directe -l'introduction concluant en fait le premier Hostel-, Hostel 2 se mue progressivement en décalque féminine de son aîné. C'est donc à un charmant trio de demoiselles qu'il incombe ici de visiter la Slovaquie avec les conséquences qui s'en suivent, similaires au premier opus, y compris dans le modus operandi. Hostel avec des filles donc. Ecrit comme ça, on pourrait penser qu'il s'agit du dernier clou sur le cercueil de Roth et pourtant, ça change tout. Hostel héritait sa construction déconcertante de son aspect masculin, et donc de la difficulté à transformer trois touristes sexuels en proies aptes à créer l'empathie. D'où un attachement entêté aux personnages suivi d'une rupture de ton. En féminisant le concept, et en rejoignant ainsi la plus pure tradition du film d'horreur faisant des femmes les victimes désignées de toute menace, Eli Roth n'a plus besoin d'exagérer les choses et fort d'un casting rafraîchissant, peut se consacrer immédiatement au genre qui l'intéresse. Ainsi, si l'on échappe pas à une présentation qui s'éternise, Hostel 2 est mieux construit que son aîné. Alors que nos trois jeunes filles cheminent vers Prague, le récit bascule déjà, rejouant soudain La Dernière Maison sur la Gauche dans un wagon de train (et par extension, le Dernier Train de la Nuit d'Aldo Lado). La note d'intention est claire : cette fois, Eli Roth n'est plus vraiment là pour rigoler. Le monde est inhospitalier, le danger est partout. Le réalisateur le confirmera peu après, lorsqu'il quittera soudain ses héroïnes pour s'intéresser aux chasseurs. Deux hommes d'affaire à la recherche du frisson ultime : torturer, tuer, pour enfin pouvoir s'affirmer dans le monde. Contrairement à Hostel, les dessous de tout le trafic nous sont dévoilés, de la sélection aux négociations -via un système d'enchères type Ebay- jusqu'à la livraison et l'acte, propice à un dernier acte amoral et saignant où la bestialité humaine s'entrecroise avec l'instinct de survie. En noircissant ainsi son propos, Eli Roth apporte également un regard désabusé sur une société régie par l'argent et la loi du plus fort. Une société où la vie ne vaut rien, où l'on peut mourir pour avoir voulu défier les puissants et où le sang appelle le sang.

Hostel 2 n'oublie cependant pas ce qu'il est : un film d'horreur, et assurément un des meilleurs du moment. Là où Hostel oubliait un peu son genre, Hostel 2 nous ramène de plein fouet sur les terres de l'étrange. Sous la caméra d'un Eli Roth inspiré comme jamais, la Slovaquie, terre de légende s'il en est, devient un lieu intemporel où la modernité côtoie tant bien que mal les vieilles coutumes. Et le premier meurtre, éprouvant et magnifique à la fois, devient une parade d'un érotisme morbide ramenant tant au gothique transalpin qu'aux délires gores de Paul Morissey. D'ailleurs, en faisant débuter son film à Rome, Eli Roth ne laisse pas planer le doute : Hostel 2 sera italien ou ne sera pas. Hostel 2 devient alors le théâtre d'une chair détruite, où le Grand Guignol prend une résonance étrange, soulignant plus que désamorçant la sinistrose ambiante. Certes, Ruggero Deodato y va de son petit caméo jouissif, tout comme Luc Merenda, ancienne gloire du polar local et Edwige Fenech (la Toubib du Régiment...désolé). Mais honneur aux maîtres : si la "rabatteuse" semble sortir directement d'un film d'Argento, c'est à Mario Bava que l'on revient, alors que dans une dernière scène impensable, Hostel 2 rappelle soudain l'ironie cruelle du final la Baie Sanglante.

Cru et élégant, alarmiste et décomplexé, Hostel 2 manque encore un peu de maturité mais a le mérite de remuer son spectateur sans se renier. Son écriture riche (le film réserve une surprise de taille très bien gérée) et sa réalisation maîtrisés faisant preuve d'un sens esthétique indéniable laissent inaugurer le meilleur pour la carrière d'un Eli Roth ne cessant de s'améliorer. Quand à Richard Burgi, habitué du petit écran, il nous fait la surprise de son excellence.

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8 commentaires

  • Anonyme

    17/07/2007 à 13h37

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    Ah enfin quelqu'un qui me comprend sur Eli Roth, le mec qui se prend pas au sérieux et qui joue du cinéma d'horreur comme il jouerai de ses BIG JIM.


     Pour moi Cabin Fever et Hostel que j'ai vu avec énormément d'appriori à la base m'ont agréablement surpris, les interview à propos de Hostel 2 m'ont réconforté sur les motivations de son auteur et l'excellente critique de Lestat ( qui comme Roth évolue de jour en jour malgré une nostaglié mal assumée ) ne fait que me rassurer et ne cesse de me remettre en question car j'hésite à le voir au cinéma tellement le temps me manque et les sorties abondent (Hot Fuzz, Transformers et Surtout les Simpsons).


     Maintenant le plus important et de savoir si je vais le voir au cinéma ou pas...


     Oui je sais tout le monde s'en fout...

  • riffhifi

    18/07/2007 à 00h26

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    Je vous situe le contexte de ma vision : il y a deux jours, je me suis coincé le doigt dans une porte blindée. Depuis, je souffre atrocement en attendant que mon ongle tombe. Pour me changer les idées ce soir, je me suis gavé de whisky ey je suis allé voir Hostel 2. Déception : mon doigt m'a fait plus souffrir que le film. Sans dire que c'était vraiment mauvais (ça ne l'était pas), je ne vois vraiment pas ce que ça apporte au premier. C'est une copie carbone, qui met certes moins de temps à démarrer mais

  • riffhifi

    18/07/2007 à 00h27

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    (continued)


    se révèle bien moins surprenante et finalement moins violente. Et la fin vire carrément à la comédie.

    Je lui aurais mis 5 ou 6, alors que le premier avait 8 pour moi.

    Sur ces bonnes paroles, je retourne à ma souffrance personnelle (aïe).

  • Anonyme

    05/08/2007 à 17h27

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    J'ai bien aimé le premier!


    Dans le deuxième c'est une peu flou on c'est pas comment le gar c'est fais coupé la tête c'est pas expliquer. Mais sinon comme le premier j'ai adorée , c'est vraiment pour les amateurs de film d'horreur ( pour celui là je dirais un peu gore lol )


     

  • Vincent.L

    16/10/2007 à 23h39

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    Le premier avait un tout petit peu de sens (une dénonciation pas trop bête des tendances plus que malsaines de riches qui ont besoin de toujours plus pour se sentir exister) qui pouvait justifier ses meurtres abominables. Je lui aurais donné un petit 6.5/10.


    Le deuxième fait dans la torture contemplative entière (cannibalisme lent, sexe coupé, etc.), jusqu'à accepter que le pouvoir ultime de l'argent l'emporte sur tout. Bref, c'est un film bien gerbant et grotesque (tout cet humour foireux et cette vision tellement conne de l'Europe de l'Est avec ces gamins des rues qui sont des sauvages et ce danger omniprésent -ça frise le racisme-), malgré de bons rebondissements il faut l'avouer et un style toujours plaisant (la première torture est puissante). Autant dire que ce n'était pas utile et que le pouvoir ultime de l'argent l'a emporté... Sans surprise...

  • Anonyme

    21/03/2008 à 18h11

    Répondre

    je pense comme rhififi, en plus poussé


    Autant le premier hostel m'a fasciné -j'avais beacoup aimé cabin fever- autant le second m'a... fait chier, oui. Je me suis jamais autant ennuyé je crois - malgré quelques scènes bien saignantes "coupe le zizi" ^^


    Pour moi, il vaut 4. 4,5 parce que j'aime beaucoup Eli, même si sur ce coup il s'est foutu de la gueule du monde :/ 

  • Anonyme

    08/09/2008 à 18h25

    Répondre

    Plus sadique, plus gore et plus fun que le premier. Eli Roth nous montre le talent de cinéaste qu'il n' a pas tant utilisé dans le Hostel 1. ( enfin le premier se laisse regarder )

  • Anonyme

    06/01/2009 à 21h54

    Répondre

    Etant un grand amateur de film d’horreur depuis toujours,

    j’ai simplement trouvé ce film plat.

    Il y avait beaucoup de scènes gores et violentes :

    Oui et alors ?

    Le principe même du film d’horreur n’y était pas,

    A aucun moment je n’ai ressentis la moindre peur.

    En fait, ça m’a carrément ennuyé :

    A part des scènes de boucherie, je n’ai pas vraiment trouvé de sens à ce film.

    C’est mon avis… 

    Grande déception !

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