7.5/10

Hook - Ou la revanche du Capitaine Crochet

Spielberg filme Robin Williams en collants verts et Dustin Hoffman avec un grand chapeau à plume et un crochet. Quant à Julia Roberts, elle a des ailes. Vous avez reconnu ? Souvenez-vous...

Un casting pareil, chapeauté par un réalisateur pareil, à l'époque, ça faisait rêver : Dustin Hoffman contemplait sa statuette de meilleur acteur pour Rain man (1988), Robin Williams se félicitait d'être au top de sa carrière (un de ses derniers films, le Cercle des Poètes Disparus (1989), lui avait donné un Golden Globe et l'avait nominé aux oscars), et Steven Spielberg... Hé bien Spielberg venait plus ou moins d'exploser le box-office avec sa Dernière Croisade (1989), et s'apprêtait à connaître quelques temps forts de sa carrière (Jurassic Park et La Liste de Schindler, notamment, arriveront en 1993). Les voir tout trois s'engager dans une improbable suite du Peter Pan de J. M. Barrie a quelque chose de surprenant, surtout que le film, doté d'un budget de 70 millions de dollars, ne reste pas parmi les œuvres les plus plébiscitées des filmographies respectives de Hoffman, Williams, Spielberg.
Le concept est pourtant loin d'être idiot, même si dans son traitement il reste un peu infantile. L'idée est d'avoir extrait le personnage de Peter Pan de son pays imaginaire et de l'avoir placé en père de famille. Celui-ci, maintenant employé dans une très grosse compagnie, est obnubilé par son boulot et a tout oublié de son passé d'enfant volant tueur de pirates. Son retour en Angleterre pousse le Capitaine James Crochet (Hook en VO) à kidnapper les deux marmots de Peter, Maggie et Jack, afin de l'obliger à revenir au pays imaginaire et à se souvenir.

Vol au dessus d'un nid de pas cools
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Ce personnage principal, joué par Robin Williams, peut être associé d'une manière très personnelle à Steven Spielberg. Le réalisateur n'est-il pas considéré comme le grand enfant du cinéma ? Sous sa houlette, Peter Pan devient Peter Banning, adulte sans aucune considération pour l'enfance, au coeur duquel hurle un enfant perdu. Le film suit alors une évolution inverse à nombre de films : Peter l'adulte cherche à retrouver son âme d'enfant. A travers son périple, l'esprit familial est défendu : Peter cherche à sauver ses enfants mais également sa famille dans une plus large mesure, menacée par son propre comportement et son rejet de l'enfance au profit de sa situation professionnelle. Son téléphone portable est devenu son épée, et représente pendant toute la première partie du film l'élément qui éloigne le père de sa descendance.
Dustin s'accroche.
Dustin s'accroche.
Dustin Hoffman joue le Capitaine James Crochet, avec autant de bonheur que de malheur. Son interprétation, tout en surjeu, peut tour à tour irriter ou fasciner, mais demeure la grande attraction du film. Spielberg en fait une personne imbue, philosophe, absurde, coincée entre sa crainte du temps qui passe et son désir de vengeance envers Peter Pan. Le personnage de Crochet trouve un formidable tremplin humoristique en la personne de Monsieur Mouche (Mr Smee en VO), son second, joué par l'impeccable Bob Hoskins. Le duo qu'ils forment à deux, absurde et pourtant maléfique, est d'un comique incontestable doublé d'une certaine forme de tendresse.
Notons également la « performance » de Julia Roberts dans le rôle de la Fée Clochette, assez loin de l'idée que l'on a pu se faire de la lutine. L'approche sentimentale du personnage se vautre dans la mièvrerie poids lourd, que l'on écarte rapidement. L'œil vraiment super exercé, que je ne possède pas, saura repérer les quelques caméos prestigieux dont le film regorge. Si Gwyneth Paltrow est facilement identifiable, Glenn Close est quant à elle méconnaissable, et c'est limite si nous pouvons croire aux rumeurs comme quoi George Lucas, Carrie Fisher, et Steven Spielberg himself y auraient fait une apparition en pirates.

Si les décors font parfois un peu carton-pâte (une volonté de faire « imaginaire », dira-t-on), la caméra de Spielberg reste studieuse, même si l'inventivité n'est pas de mise. Quelques jolies scènes sortent du lot, et les effets spéciaux sont utilisés jusqu'à plus soif. Le contexte technologique n'est évidemment plus le même, presque dix-sept années nous séparent de ce Hook, et l'on pourra pencher la tête devant des incrustations pas top et des postures de câbles un peu trop voyantes. Qu'importe, le spectacle reste agréable et énergique.

Un bon film pour toute la famille, bien mené. Chaque acteur en fait des tonnes, à commencer par Robin Williams en Peter Pan et Dustin Hoffman en Capitaine Crochet, une caractéristique qui compte beaucoup dans la dynamique du film. Spielberg n'évite cependant pas les petites guimauves familiales, et l'on est en droit de grincer les dents devant quelques répliques un peu faciles (« j'aurais aimé avoir un père comme toi », pouaaaaah).

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Lenny

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