C'est quoi un homo au cinéma ?

Salut à toi Krinaute ! Tu en as marre d'entendre parler du mariage pour tous, du coming-out d'Ellen Page et des palmées 2013 de Cannes ? Et bien ce n'est pas fini et cet article n'est pas pour toi. Aujourd'hui, c'est l'heure de parler de l'homosexualité au cinéma. Du cuir-moustache au cow-boy en passant par les grandes folles et les pervers... vaste sujet.

Amis cinéphiles, vous avez peut-être entendu parler de L'armée du salut, film marocain sur les écrans depuis peu et qui raconte l'histoire d'un jeune homme homosexuel. Pour certains, ce simple détail le rapproche de L'inconnu du Lac, La vie d'Adèle et autres... Avec l'homosexualité en dénominateur commun. Pourtant, cette tendance n'est pas récente.

Retournons en 1919, en Allemagne. Je suis d'accord ce n'est ni le lieu ni l'époque pour le voyage le plus exotique mais je suis chez Krinein moi, pas dans Doctor Who... passons. Le réalisateur Richard Oswald tourne Différent des autres, un manifeste de défense en faveur des homosexuels alors sous le coup d'une loi pénalisant les hommes (et oui, juste eux...) gays. Mais n'ayez crainte, les sociétés ont bien-sûr évolué et tout ça est loin derrière nous puisque la loi a été abolie dès... 1994.

L'homo invisible

Pour revenir au début du siècle, vous vous doutez bien que la question de l'homosexualité était clairement censurée, voire taboue dans nos sociétés. Pourtant, le thème a souvent fasciné les cinéastes, et pas forcément de manière négative. Cela peut s'expliquer par le fait que les artistes avaient bien souvent des mentalités plus progressistes que le reste de leurs congénères, et voyaient donc d'un œil plus tolérant les pratiques ailleurs jugées déviantes.

Toujours est-il que l'homosexualité est très suggérée, mais toujours de manière assez subtile pour éviter la censure. Aux Etats-Unis, Ruben Mamoulian réalise La reine Christine dans lequel Greta Garbo se déguise en homme pour en séduire un autre.

Greta Garbo, même en mec elle a de la gueule..

 

Egalement dans une veine plus insidieuse, le grand Hitchcock met en scène La Corde, un huis-clos oppressant tourné en un seul (faux) plan-séquence. Deux amis se délectent du meurtre d'un autre en invitant du monde à dîner tout autour du cadavre dissimulé. En première lecture, un simple thriller parmi tant d'autres dans la filmographie du maître, et pas forcément le meilleur. Mais la relation des deux amis s'inscrit dans une dynamique dominant-dominé qui suggère une homosexualité que le réalisateur n'aborde pas de front.

Ce n'est pas la seule œuvre d'Hitchcock à aborder la question et on peut retrouver ce type de relations sous-entendues dans L'inconnu du Nord-Express. Mais nous sommes encore dans les années 1950, les mœurs ne sont pas les mêmes et aborder clairement l'homosexualité c'est se frotter à la censure de l'époque.


Hitchcock a désavoué ce film, pure prouesse technique. Mais je vous le conseille quand même!.

 

D'ailleurs, quand ce n'est pas assez subtil, c'est coupé ! En tout cas ça l'a été pour le Spartacus de Kubrick en 1960. Une scène est devenue célèbre bien qu'elle ne soit apparue que dans la version restaurée de 1991 :

" – Manges-tu des huîtres ?

– Lorsque j'en ai, maître.

– Manges-tu des escargots ?

– Non, maître.

– Considères-tu que c'est moral de manger des huîtres et immoral de manger des escargots ?"

On voit là une métaphore que même Dora l'exploratrice aurait trouvée du premier coup et qui, bien-sûr, n'a pas pu franchir la censure.

Même son de cloche en regardant La maison du Diable de Robert Wise en 1963 ou Macadam Cowboys en 1969. Il ne faut pas être trop clair quand on parle d'homosexualité.

Être gay et joyeux

Lorsque des personnages ouvertement gays sont montrés, c'est à des fins comiques la plupart du temps. On peut citer le caricatural Herbert von Krolock du Bal des vampires de Polanski, ou encore les cow-boys d'Andy Warhol dans Lonesome Cowboys. À noter cependant que les Français osent plus que les américains, comme Jean Delannoy qui tourne en 1964 Les amitiés particulières où les relations homosexuelles sont beaucoup plus explicites.

Le film ayant été tourné dans une abbaye... autant dire que l'Église n'a pas kiffé et qu'il s'est vu coller une étiquette « interdit au moins de 18 ans » et une tribune scandalisée de François Mauriac.


Les Village People à la mode Undergound.

 

Ces pressions ont peut-être poussé les cinéastes souhaitant aborder l'homosexualité à se retenir un peu. Et force est de constater que si la question est belle et bien présente, elle n'est jamais présentée de façon sérieuse. Les « Midnight Movies » s'amusent de cette « déviance » avec des œuvres restées célèbres comme Pink Flamingos ou le Rocky Horror Picture Show mais dans ces films, l'homosexualité n'est qu'un vecteur privilégié pour « choquer » le peuple bien-pensant avec un traitement décomplexé et complètement délirant. En gros, les gays sont un vecteur comique au même titre que la scatophilie de Pink Flamingos.

Un écriteau marqué « gay »

Avec les années 1970, la révolution sexuelle a fait bouger les lignes. L'homosexualité n'est plus taboue et peut être abordé librement. Se pose alors une question essentielle chez les cinéastes : « Mais c'est quoi un homo ? Comment ça parle, comment ça bouge, qu'est-ce que ça fait, qu'est-ce que ça dit ? » En France, on a compris : un homo c'est rigolo. C'est alors qu'on se retrouve avec des comédies qui montrent les gays tels qu'ils sont censés être à l'époque : des grandes folles.

La cage aux folles et ses suites, Le père Noël est une ordure... Autant de comédies où les gays parlent avec des voix suraiguës, portent des vêtements extravagants, aiment se travestir et ne peuvent pas passer deux minutes dans une pièce avec un autre homme sans commencer à lui faire du charme. Une franche rigolade autour de l'homosexualité vaut peut-être mieux qu'un dégoût mais on repère cependant certains stéréotypes qui peuvent paraître agaçants, voire insultants pour la communauté gay. 


Anecdote: petit, je ne comprenais pas pourquoi ils avaient choisi un homme pour jouer une femme.

 

Ces représentations sont le produit d'une époque où l'homosexualité est encore mal connue et sujette à de nombreux fantasmes et détournements. Pour les réalisateurs, aborder la question est difficile puisque bien que les gays soient plus visibles dans la société, on ne sait pas exactement quelles caractéristiques leur attribuer. Une chose à retenir : que ce soit dans la comédie comme cité précédemment ou dans d'autres genres, il faut que l'homosexualité soit évidente. Il faut des caractéristiques fortes (lesquelles ?), immédiatement identifiables par tous, afin de bien montrer de quoi on parle. En clair: l'homosexuel est en tout point similaire à une femme, d'où la confusion entre gays, transexuels ou travestis. C'est à dire que dans l'imaginaire de l'époque, si un homme aime un homme, c'est qu'il aimerait être une femme, se comporter et se vêtir en fonction. Et je ne parle pas d'une femme classique comme on en croise tous les jours mais bien la fofolle accro aux mecs et qui hurle dans les concerts de Bruel.

Plus tôt dans cet article, nous avons parlé de La maison du diable. Dans ce film d'horreur de 1963 resté culte, la relation de deux femmes est suggérée subtilement. Elle peut même échapper au spectateur peu attentif mais elle crée une tension et un malaise en provoquant une incertitude sur les motivations et les intentions de ces femmes. En revanche, dans le remake de 1999, Hantise, Catherine Zeta-Jones se promène avec un gros écriteau marqué « Lesbienne » partout où elle va. C'est une métaphore hein...

Suicide, crise, maladie... Le quotidien des homos de cinéma

Voilà pour les personnages homosexuels dans les films. Mais qu'en est-il des films SUR l'homosexualité ? Ceux qui traitent réellement le sujet ? Là encore, les époques changent et la question évolue avec. Patrice Chéreau est quelque peu précurseur lorsqu'il réalise L'homme blessé en 1983. Une sombre histoire de prostitution masculine. Pas très gai tout ça (jeu de mot inside). Mais puisqu'on en est à évoquer des films tristes, pourquoi pas Mala Noche de Gus Van Sant en 1985 qui suit la crise d'un homme qui se découvre homo ? Ou encore Prick up your ears de Stephen Frears où les amants sont découverts morts au début...


Une réalité certes, mais être gay peut-il être autre chose?.

 

Bon, finalement, être gay c'est pas drôle : perte de repères, crise existentielle, puis les années 1990 avec Philadelphia, le sida etc... L'homosexualité, si elle est vue avec un angle tout de même tolérant, est avant tout un problème aux yeux des cinéastes. Pas forcément pour la société dans la plupart des cas cités, mais davantage pour les gays eux-mêmes, qui ne peuvent pas se « soigner ». Les gays sont intrinsèquement malheureux et mal dans leur peau dans la plupart des films. Cela est fortement dû à une amélioration de leur image dans les années 1980-1990 qui a contribué à davantage de tolérance. Mais en parallèle, à la montée du Sida, considéré comme le "cancer gay", qui a amené à assimiler homosexualité et maladie. Si tous les films ne traitent pas du Sida, la plupart des autres s'attachent quand même à afficher les malheurs dont sont victimes les homosexuels.

Et puis cette image a duré. Etre gay c'est, au mieux, mener une vie de débauche. Au pire, être condamné à une torture permanente, au regard des autres et à un conflit interne. Merci le cinéma pour cet espoir ! En 2005, le succès surprise du Secret de Brokeback Mountain montre encore une fois qu'on ne peut être à la fois heureux et homo.

Vive le scoop: les gays sont des personnes comme les autres

Mais à travers le prisme de l'homosexualité, d'autres questions commencent à être abordées comme l'homoparentalité dans le très bon Comme les autres avec Lambert Wilson. Finalement, les gens commencent à se lasser de ne voir l'homosexualité uniquement que comme un problème. On arrive alors à la phase où l'on se trouve actuellement : la banalisation.


L'inconnu du lac n'a pas été loué que pour la présence d'homos dans le film.

 

L'inconnu du lac, La vie d'Adèle... En dehors du parfum sulfureux dégagé par la forte présence de l'homosexualité, ces films auraient tout aussi bien fonctionné en prenant des hétéros. La relation entre Adèle et Emma était tout aussi bonne si l'une d'entre elles était un homme. L'homosexualité n'est absolument pas le moteur du film. Mais alors pourquoi le faire ainsi ? Et bien tout simplement parce que le cinéma est le miroir de la société, et dans une société où la communauté gay est visible, les films tendent à la représenter.

En l'espace d'un siècle de cinéma très très trèèèèèès rapidement résumé ici, nous sommes passés de « les homos c'est tabou, on va les filmer en tout petit », à « les homos c'est marrant, on va leur mettre des robes à fleur », puis « les homos sont malheureux, ils doivent se battre » pour finir par « les homos sont là... Tu me passes le sel ? ». Une progression vers plus de tolérance qui mène jusqu'à une quasi-indifférence. Reste à savoir si les cinéastes sont vraiment en avance par rapport au reste de la société.

 

A propos de l'auteur

Je regarde plein de films et sur mon temps libre je suis journaliste. J'ai eu peur devant Paranormal Activity et je me suis endormi devant Interstellar. Mes goûts n'engagent que moi.

2 commentaires

  • riffhifi

    09/07/2014 à 18h57

    Répondre

    "La Corde, un huis-clos oppressant tourné en un seul (faux) plan-séquence"
    Légende urbaine ! Il y a 4 coupes apparentes dans le film, donc 5 plans clairement distincts (sans compter évidemment les coupes "invisibles"). Ce qui reste une performance !

  • Anonyme

    10/07/2014 à 08h17

    Répondre

    J'aimeria noter le cas des années 80 où l'on avait le "pédé" facile, folklorique homophobie de comptoir opposée implicitement à la virilité sans failles du héros, qui sied bien aux polars et films d'actions bien vulgaires de cette décennie. Quand ce n'est pas Friedkin qui fait de l'homosexualité une sorte de malédiction transmissible par poignée de main dans son tout pourri Cruising.

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